PAR ARNAUD VIVREL
« Soyons honnêtes. Il n’y a plus aujourd’hui de République, il faut en reconstruire une. »
C’est avec l’idée de rebâtir notre République, celle du Conseil national de la Résistance, du Comité d’instruction publique de Monge et Grégoire et de l’Ecole polytechnique de Carnot que notre équipe de neuf membres du mouvement de jeunes est intervenue sur Rennes, bien déterminée à mobiliser la population locale.
Nous avons déplié nos tables devant toutes les grandes universités pour élever le débat et aller au-delà du CPE autour de deux axes :
- Rejeter la BCE (Banque centrale européenne) et redonner le pouvoir d’émission monétaire aux Etats-nations souverains.
- Retourner à des investissements sur le long terme, et notamment relancer massivement le nucléaire.
Nos panneaux montraient avec humour un hippie faisant le signe de la paix avec les doigts, en disant : « Pour bâtir la paix, rien de tel que le nucléaire ! », et en dessous « OUI au nucléaire, NON au précaire, Cheminade en 2007 ». L’autre face de nos panneaux avait pour slogan « Agissons sur les causes, pas les conséquences », montrant les caricatures de Sarkozy et de Villepin en écoliers avec, derrière eux, Michel Camdessus en costume de banquier, secouant les cendres de son cigare sur leurs deux têtes.
La plupart des personnes qui s’arrêtaient à la vue du premier panneau s’exclamaient :« Non, c’est une blague ? », complètement médusées de voir des jeunes optimistes défendre le progrès technologique. Un ancien ingénieur à la COGEMA expliqua à quatre jeunes qui passaient par là que le nucléaire était totalement maîtrisé technologiquement. Les peurs irrationnelles et les réflexes conditionnés se font explosifs lorsqu’on parle de l’énergie atomique, alors que ces personnes ignorent la plupart du temps ce qu’est un atome ou comment fonctionne une centrale.
Lors de la manifestation du 4 avril qui a rassemblé 40 000 manifestants, 6000 tracts intitulés « ni CPE, ni BCE » sont vite partis. En même temps, nous demandions aux gens d’avoir le courage de s’attaquer aux banquiers et pas uniquement aux laquais comme Sarkozy ou de Villepin. Nous avons souvent buté contre les « je suis d’accord avec vous, il faut changer le système, mais c’est trop dur » ou encore les « je vous souhaite bon courage ! ».
Au cours d’une après-midi de porte à porte, la discussion fut très vite engagée avec cinq jeunes qui, reflétant le ferment créé par nos polémiques dans tout Rennes, se demandaient qui serait le futur Président de la République. On a pu aborder avec eux, de façon pédagogique, qui sont les véritables ennemis — notre ignorance et notre propre peur — et l’importance de propager non pas des slogans mais des idées dans les esprits.
En deux semaines d’intervention, nous avons distribué 14 000 tracts et 1500 journaux, collé 400 affiches et rassemblé les coordonnées de 200 personnes qui veulent être recontactées.
Lors de la réunion de campagne du 12 avril, devant un public de plus de 60 personnes, Jacques Cheminade a commencé d’emblée par un poème de Victor Hugo
« Sonnez, sonnez toujours clairons de la pensée », nous donnant l’image d’un prophète qui s’y reprend à sept fois pour faire tomber les murailles de l’ignorance (ignorance des peuples ou des rois).
Puis, il attaqua la catastrophe politico-économique qui a lieu dans notre pays, avec d’un côté la cartellisation de l’économie française (Alcatel-Lucent, Mittal Steel-Arcelor, Suez-Gaz de France), et de l’autre, des politiciens corrompus qui jouent le rôle de laquais dévoués. Ces parasites pullulent facilement lorsque les citoyens s’endorment, ce que Jacques Cheminade a appelé « l’insieste » (la sieste sur les idées et l’inceste sur l’argent) ! Ne voulant pas que les nombreux jeunes présents dans la salle s’endorment sur les bancs des facultés, il a évoqué le nouveau programme LMD « Licence, Maîtrise, Doctorat » comme étant le LSD des Européens d’aujourd’hui.
Il prit l’auditoire à revers en citant notre Premier ministre Dominique de Villepin : « La France est comme une femme qui n’attend que quelqu’un l’honore », ce à quoi Cheminade ajouta : « Si j’étais Mme De Villepin, je demanderais le divorce ! ». Cette boutade permit au public de rigoler pour mieux digérer ce qu’il venait de dire.
Le débat s’ouvrit autour de l’impossibilité d’aller contre le système en place et la paranoïa du nucléaire. En répondant, Jacques Cheminade provoqua un festival de rires et de grimaces mal dissimulées.
Un étudiant en première année de Sciences Politiques demanda s’il ne valait pas mieux essayer de changer de l’intérieur un système vieux de cinquante ans. Au risque de choquer, Jacques Cheminade répliqua : « Pensez-vous qu’on puisse faire une femme de vertu d’une fille de joie en restant dans un bordel ? ». A une étudiante en biologie ayant réclamé « un programme détaillé complet », il répondit du tac au tac « mon programme est de vous réveiller ! »
A la question « si vous êtes élus, êtes-vous prêts à travailler avec les gens corrompus que vous dénoncez aujourd’hui ? », il répondit « je ne crois pas à l’approche kantienne des choses, ni à la flagellation, je crois à la rédemption… », insistant sur une conception de la politique comme moyen d’éduquer la population et non basée sur un rapport de force.
« Si vous étiez élu Président, lui demanda-t-on encore, demanderiez-vous un référendum sur la question du HTR (Réacteur nucléaire à haute température) ? ». « Si je suis élu, cela voudra dire que le mouvement de jeunes aura éduqué la population sur ces idées (avec notamment la transmission de bases scientifiques). Ce ne sera donc pas un problème. »
Un professeur de technologie dans un collège l’interpella alors en ces termes : « Seuls 5 % des Français peuvent comprendre votre journal, comment voulez-vous réussir en ne touchant qu’un si faible pourcentage de la population ? — C’est précisément le rôle des gens qui comprennent nos idées, de les transmettre, lui expliqua Cheminade. — Mais alors, dites-moi ce que vous voulez vraiment faire, c’est clair que tout le monde voit que ça va péter !? — C’est une révolution, mais pas une révolution jacobine ni une révolution à la Napoléon, avec un Etat fort au service de banques privées… Une révolution dont Lazare Carnot et l’Abbé Grégoire avaient posé les bases en France… Une révolution dans la manière de penser, pour que chaque homme se considère comme un citoyen du monde. »
On pouvait lire l’émotion sur le visage des gens présents, après près de trois heures de discours et de discussion, émaillées de blagues rabelaisiennes. Deux étudiantes, bouleversées par la réalité du monde et la densité des concepts abordés, demandèrent à être recontactées pour de plus amples discussions. Un étudiant de Science Po., qui avait donné un faux numéro de téléphone à l’entrée de la réunion, conclut « hum, finalement, j’l’aime bien Cheminade ! » et donna son vrai numéro pour être tenu informé de la campagne. Un autre étudiant, qui travaille dur pour s’insérer « dans le système », prit un abonnement de trois mois au journal, posant des tas de questions qui montraient sa difficulté à faire face à la réalité, bloqué à l’idée de remettre en question tout son programme d’étude.
Une étudiante qui avait déjà participé à nos deux précédentes réunions de jeunes, était très remuée et prit des tracts et des journaux pour les diffuser autour d’elle.
Notre intervention nous a montré le potentiel qui sommeille en chaque Français à l’idée plus ou moins consciente de raviver la puissance des grandes idées universelles, et le plaisir que cela provoque. Saurons-nous nous rendre dignes de l’héritage républicain de ceux qui se sont battus pour nos libertés, alors que pèse sur nous la menace d’un nouveau fascisme mondial ?
La réponse est dans ce que vous ferez après avoir lu cet article, à savoir : « Etes-vous prêts à sauver la République ? »


