APRES OUTREAU ET LES LYCEE D’ILE-DE-FRANCE
POUR UN POUVOIR JUDICIAIRE CITOYEN
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La justice, en France, a trop longtemps été soumise à l’exécutif. Aujourd’hui, le danger est de voir apparaître un gouvernement des juges. L’affaire des lycées de l’Ile-de-France et celle d’Outreau ont démontré que, malheureusement, ces deux maux peuvent se conjuguer.
Or les vraies revendications du citoyen sont sa protection et celle de ses proches, le respect des libertés publiques et la juste réparation de tout préjudice.
Au regard de ces exigences légitimes, notre justice est trop chère, trop lente et trop inégalitaire ; elle doit être démocratisée, accélérée et devenir plus objective.
Pour cela, il faut réformer la mentalité même de nos institutions.
Au regard de ce défi, la « profonde réforme de la justice » annoncée par le ministre Pascal Clément n’est qu’un produit cosmétique ne touchant qu’à la procédure pénale, quand c’est de chirurgie lourde que notre justice a besoin.
A) Je suis d’abord favorable à ce que la magistrature puisse devenir un réel troisième pouvoir.
Cependant, si la Constitution doit être à terme modifiée pour consacrer ce troisième pouvoir et si le chef de l’exécutif ne peut, en tant que tel, continuer à être le seul « garant de son indépendance » (article 65 actuel), il me paraît inopportun, prématuré et trop contraire à notre pratique d’asseoir la fonction du juge sur l’élection populaire, sauf en ce qui concerne les membres du Conseil supérieur de la magistrature. L’indépendance de la justice, en tant que réel pouvoir, me paraît devoir être suffisamment assurée par trois réformes fondamentales et un accroissement de ses moyens dans cinq domaines, en évitant les bouleversements trop rapides qui ne doivent pas précéder le changement nécessaire des mentalités.
Les trois réformes fondamentales pour établir son pouvoir sont :
- Couper ses cordons ombilicaux, en séparant
les magistrats en deux corps, le siège
et le parquet : le ministère public qui accuse
doit être séparé des juges qui rendent la justice.
Les allers-retours actuels entre une fonction
souveraine et une fonction subordonnée sont
un véritable scandale politique.
Il faut créer un Procureur général de la nation, indépendant et inamovible, devant veiller à la régularité de l’action publique suivant des principes politiques généraux - et sans instructions particulières, écrites ou orales - formulés par le garde des Sceaux.
Les juges seraient donc indépendants et les procureurs dépendants, mais à l’égard d’une hiérarchie elle-même indépendante de l’exécutif.
- Le Conseil supérieur de la magistrature
ne doit plus être présidé par le chef de
l’Etat, qui ne devrait pas même y siéger. De
même, son actuel vice-président, le garde des
Sceaux, ne devrait plus en être membre. Le
CSM devrait être élu au suffrage universel,
ce qui lui redonnerait une légitimité parfois
contestée, et composé à égalité de magistrats
et de non magistrats représentant les
forces vives de la nation.
Sa saisine devra être ouverte aux présidents de tribunaux et aux procureurs, mais surtout aux justiciables, à travers le filtre du médiateur de la République, lorsqu’ils s’estiment victimes d’un dysfonctionnement de la justice.
- Les juges devraient recevoir, au départ, la même formation que les avocats, et la formation dispensée à l’Ecole nationale de la magistrature, rebaptisée Ecole de la justice, devrait être remise à plat. La formation des magistrats doit être repensée pour qu’ils soient plus en phase avec la société. A cet effet, des intervenants extérieurs devraient participer à la formation des futurs magistrats, ainsi que des professionnels étrangers.
Les cinq domaines dans lesquels les moyens budgétaires devraient être immédiatement accrus sont :
1) Le recrutement des juges d’instruction
Les postes devraient être exclusivement réservés à des magistrats ou des avocats expérimentés, ayant une pratique de la justice depuis plus de 10 ans. Les jeunes juges d’instruction devraient d’abord travailler pendant une durée minimale de trois à cinq ans aux côtés de magistrats expérimentés, qui pourraient écarter ceux qui n’ont pas les qualités humaines nécessaires dans un poste si exposé.
Je ne suis pas favorable à une instruction « à l’américaine », qui se ferait à l’audience, car cela supposerait un temps considérable, donc des greffiers et des salles d’audience en nombre suffisant, dont notre justice ne dispose pas. La solution la plus simple et la plus équitable serait donc d’accroître le nombre de juges d’instruction jusqu’à ce que la moyenne des dossiers traités par juge ne dépasse pas un nombre de 50 à 70. A terme, il faudra faire du juge de l’instruction une juridiction collégiale, lorsqu’un nombre suffisant de juges auront été formés. Les pôles de compétence auprès des Cours d’appel pourront, eux, être plus rapidement mis en place.
2) L’accroissement de l’aide juridictionnelle
C’est un des plus grands scandales de notre justice, et dont on parle trop peu souvent. En effet, les citoyens les plus démunis ne bénéficient que d’une aide juridique insuffisante : peu d’avocats s’inscrivent sur les listes d’aide, qui leur procure des revenus trop faibles. L’on n’y trouve donc les plus souvent que de jeunes avocats inexpérimentés en mal d’affaires, ou des avocats de réputation médiocre.
Actuellement, l’aide équivaut à moins du quart des honoraires habituellement payés par un client ordinaire, quelles que soient la durée de l’audience ou la complexité du dossier.
Cette aide devrait donc être quadruplée. Actuellement, la dépense globale effectuée à ce titre est de 300 millions d’euros par an (4,70 euros par habitant). Il en faudrait beaucoup plus, pour à la fois quadrupler l’aide et accroître les plafonds de ressources, notamment en faveur des familles. 50 % des foyers fiscaux devraient être éligibles, c’est-à-dire tous ceux qui ne paient pas l’impôt sur le revenu. Cela supposerait, pour commencer, au moins 1,2 milliards d’euros par an. Ce n’est pas cher payé pour faire respecter un juste accès au droit. En Grande-Bretagne, où l’aide légale permet de rémunérer aux frais réels les avocats plaidants, la dépense est d’environ 3 milliards d’euros par an, soit dix fois plus que chez nous.
Enfin, dans une perspective à plus long terme, le droit des citoyens de participer à la justice par l’échevinage devrait être examiné.
3) Réfléchir à la fusion dans un ordre juridictionnel unique qui concentrerait à la fois le judiciaire, l’administratif et même le financier pour garantir un peu plus l’indépendance de tous les juges. Un guichet unique devra, dans ce nouveau contexte, recevoir tous les actes judiciaires, quelle que soit la juridiction compétente à laquelle l’acte aura été directement adressé par le bureau qui l’aura enregistré.
4) Entreprendre la simplification des textes : il y en a actuellement plus de 200 000, écrits trop souvent dans un jargon incompréhensible aux non-professionnels, et dans lesquels tout le monde se perd alors que nul n’est censé les ignorer. Une partie de la population se trouve marginalisée par un droit devenu trop complexe que d’autres exploitent à leur profit.
En même temps, les parlementaires doivent suivre l’exécution des lois. Car sur 1000 lois votées par le Parlement depuis 1991, plus de 200 restent inappliquées. Principalement parce que l’exécutif n’a pas publié les décrets nécessaires à leur entrée en vigueur. Etablir le principe de ce suivi exige le vote d’une loi constitutionnelle ; le député socialiste Paul Quilès l’a proposé, je le soutiendrai.
5) Donner plus de moyens à la lutte contre la grande délinquance financière et le blanchiment d’argent.
Derrière les déclarations officielles qui continuent de minimiser l’ampleur de ces pratiques, aucune volonté politique ne s’est traduite en actes effectifs pour favoriser la répression de ce type d’infractions.
Les lois qui permettraient une répression claire de la corruption restent à écrire et à adopter, des moyens mieux proportionnés à l’importance du sujet restent à mobiliser.
Les pôles économiques et financiers, créés en 1999, présentent des bilans mitigés. Il est nécessaire de mieux former les magistrats spécialisés qui les composent. Le vedettariat des juges, encouragé par leur regroupement géographique, doit cesser.
En même temps, les brigades financières de la police judiciaire, qui enquêtent sous l’autorité des juges, doivent bénéficier de crédits plus importants et d’effectifs mieux fournis.
Il s’agit ici de rompre avec un immobilisme comptable pour mener une véritable guerre.
B) SANCTIONS CONTRE LES JUGES DÉFAILLANTS
La contrepartie d’une justice plus indépendante et devenant un réel pouvoir doit être la possibilité de sanctionner plus sévèrement les juges.
1) Les fautes disciplinaires
Le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) propose des sanctions pour ce type de faute. Si dans les années 1960-1970, les sanctions contre les juges étaient rares et en tous cas peu sévères, désormais le CSM épingle chaque année 10 à 12 magistrats qui ont failli à leur mission ou manqué à leur devoir de probité. Cela va de la réprimande à la révocation en passant par le déplacement d’office ou la rétrogradation.
Avec la composition nouvelle du CSM que je préconise, et la sélection plus ouverte de ses membres, plus indépendante et moins corporatiste, la sévérité de ces sanctions serait accrue.
Le texte de la réforme Clément propose une sanction nouvelle : l’interdiction d’exercer des fonctions de juge unique (juge d’instruction, par exemple) pendant cinq ans.
Il redéfinit la faute disciplinaire des magistrats pour sanctionner « la violation grave et intentionnelle par un magistrat d’une ou plusieurs règles de procédure constituant des garanties essentielles du droit des parties. » En réalité, cela ne fait que préciser ce que le CSM était déjà en droit de faire.
Il faudrait aller plus loin. Le CSM devrait pouvoir saisir l’inspection des services judiciaires et sanctionner les magistrats du parquet, deux prérogatives aujourd’hui réservées au Garde des Sceaux.
Il faudrait en outre procéder à un audit disciplinaire de toutes les juridictions de France, y compris les tribunaux de commerce et les prud’hommes.
2) La responsabilité personnelle du juge La retenir revient à aller au-delà du domaine disciplinaire. Il me paraît souhaitable de le faire, mais avec prudence.
Il ne faudrait pas que, comme en Italie (loi de 1988), un magistrat doive lourdement indemniser une victime sur ses deniers personnels en cas de faute grave ou de déni de justice. En effet, les juges devraient alors souscrire des contrats d’assurance, avec des primes élevées pour les juges les plus exposés (juges d’instruction ou des tutelles). De plus, les juges seraient-ils alors insensibles aux argumentations de ces compagnies d’assurance s’ils devaient poursuivre des investigations criminelles ? Poser la question, c’est y répondre…
La responsabilité personnelle du magistrat ne devrait donc être engagée que lorsqu’il y a manquement évident à une obligation de prudence ou de diligence : détention provisoire abusive ou perpétuation d’un contrôle judiciaire devenu notoirement sans objet.
Dans ce cas, le juge devrait être pénalisé en participant de manière symbolique à l’indemnisation de l’Etat. La « vraie » peine dissuasive ne serait pas le montant de la somme versée, mais le fait déshonorant d’être condamné.
C) DANS LA PROCÉDURE PÉNALE,
chirurgie lourde que notre justice à besoin et non de réformes cosmétiques de la procédure pénale" | |
trois mesures plus radicales que celles prévues par la « réformette » Clément doivent être adoptées :
La présence d’un avocat pendant la
durée complète de la garde à vue. En matière
de terrorisme, il devrait être commis
d’office parmi les douze secrétaires de la
conférence de stage du barreau de Paris. Cet
avocat devra avoir accès au dossier de son
client pour connaître la réalité et le sérieux
des charges. Ne pas disposer du dossier,
comme c’est actuellement le cas, ne permet
pas à l’avocat de remplir avec compétence
son rôle de conseil.
C’est faire rentrer dans le droit des gens une mauvaise habitude française, celle de l’aveu forcé par un prévenu épuisé et livré à luimême. Cette « culture de l’aveu » a prouvé à maintes reprises son caractère nocif.
La suppression du secret de l’instruction.
De fait, celui-ci n’existe pratiquement
plus et les juges eux-mêmes s’appuient sur
les médias pour poursuivre leur enquête. Il
faut donc faire cesser l’hypocrisie et espérer
que sous l’oeil du public (avec un débat
public loyal, dossier sur la table), les juges
d’instruction seront davantage inspirés d’instruire
à charge et à décharge, en respectant
la présomption d’innocence même lorsque
des préjugés sociaux peuvent biaiser leur
jugement.
Dans un même esprit, la transparence des débats judiciaires doit être systématiquement assurée, en ouvrant largement les portes de salles d’audience et en levant le huis clos trop souvent ordonné ou prévu par la loi.
La garantie de l’accès
au dossier pour toute personne
mise en examen, et la
limitation de la détention
provisoire à 6 mois en matière
correctionnelle et un an en matière
criminelle, sauf pour les
cas de terrorisme et trafic de
stupéfiants. De plus, des critères objectifs
qui justifient l’emprisonnement doivent
être établis et respectés.
D) EN FINIR AVEC LE SCANDALE FRANÇAIS DES PRISONS
La prison ne doit pas être un lieu de vengeance sociale, mais un lieu où le détenu, en purgeant sa peine, trouve l’opportunité de revenir à la société, de s’y réintégrer, d’en devenir un élément positif et surtout, de ne pas retomber dans la récidive.
Or aujourd’hui, en France, la prison est toujours une usine à récidive. La majeure partie des détenus est d’ailleurs composée de récidivistes. Le droit n’est pas rentré dans notre univers carcéral, où l’arbitraire règne presque partout en maître absolu. Enfin, les détenus souffrant de troubles psychotiques graves (sans prendre en compte les névroses et les simples troubles psychiatriques) représentent 23 % du total, selon une étude dirigée par l’Institut national de santé et de recherche médicale, et ils sont 55 % dans ce cas en maison centrale. Environ 7 % présentent des symptômes de schizophrénie et 7 % des troubles hallucinatoires. C’est dire que la prison est aussi devenue l’annexe ou le dépotoir des hôpitaux psychiatriques, dans lesquels le nombre de places en hospitalisation à temps complet a été réduit de 170 000 à 69 000 entre 1970 et 1995. Globalement, il y a en France environ 57 000 détenus pour 49 000 places, ce qui aggrave le problème psychiatrique, notamment dans les maisons d’arrêt où la surpopulation est endémique.
Il faut donc mettre un terme à cette honte de la République.
1) En aval, il faut remettre des éducateurs dans la rue. Avec des locaux pour les jeunes dans les cités et une véritable politique de logement. Pas de commerce, pas de centre social, des ascenseurs en panne pendant des mois qui obligent des femmes enceintes et des vieux à grimper onze étages ou même plus, le succès financier du trafic de drogue et l’absence de perspectives d’emploi : le milieu criminogène existe dès le départ pour environ 20 % de la population.
Nicolas Sarkozy, en proposant que les mineurs de plus de 16 ans soient pénalement traités comme des majeurs, alors que l’âge de la majorité ne peut pas humainement varier en fonction de ce qu’on fait, en multipliant les contrôles systématiques qui sont vécus comme des agressions et en proposant de suspendre les allocations familiales, alors que ce n’est une sanction efficace que pour les 10 % de parents qui délaissent leurs enfants par choix et non par incapacité, ne fait qu’aggraver le problème.
Il faut annuler toutes ces mesures aberrantes et leur substituer un maillage des territoires par une collaboration entre tous les acteurs de la vie publique, éducateurs dont le nombre doit être fortement accru, police de proximité à rétablir, école dont les enseignants connaissent les familles à reformer. Surtout, l’école ne doit pas être vécue comme un lieu de passage obligatoire sans perspectives, dans une langue plus ou moins étrangère, mais comme un accès à l’emploi. Cela pose tout le problème du lien entre sécurité économique et sociale et sécurité publique, qui est au coeur de mon projet.
2) La limitation que je propose des détentions provisoires permettra de résoudre en partie le problème de la surpopulation des maisons d’arrêt. Aujourd’hui, les personnes en détention provisoire représentent en France entre 35 et 40 % de la population carcérale. Il faut progressivement passer à un chiffre proche de la moyenne européenne, qui est de 20 %.
De plus, il faut créer de toute urgence, dans toutes les maisons d’arrêt, un quartier pour les courtes peines avec des mesures de sécurité allégées. Les petits délinquants ne doivent plus être mélangés avec les autres pour qu’on puisse en finir avec l’« école du crime ».
3) Au sein de la prison, il faut prendre en compte ce que Gil Robles, commissaire aux Droits de l’homme du Conseil de l’Europe, a dénoncé en février 2006, et surtout ce qu’expriment les 15 500 prisonniers qui ont répondu dans le cadre de la consultation nationale lancée en mai 2006 par l’Observatoire international des prisons en vue de ses Etats généraux de la condition pénitentiaire.
En termes simples, il faut humaniser la prison :
il ne faut d’abord plus incarcérer les
mineurs, les sans-papiers et les grands
malades, ce qui est absurde ;
il faut vider les prisons de tous ceux
qui n’ont rien à y faire : cas psychiatriques
graves (nous l’avons vu, c’est un quart des
détenus), tantôt considérés comme coupables,
tantôt comme malades, et petits délinquants,
en favorisant l’incarcération en milieu
ouvert, grâce au recours à un bracelet électronique
de suivi. Actuellement, environ 800
personnes sont « écrouées et non hébergées »,
dont 600 placées sous bracelet électronique.
Il faudrait rapidement multiplier ce nombre
par quatre.
la promiscuité qui règne encore dans
trop d’établissements doit cesser et les
conditions sanitaires devenir satisfaisantes.
Des protocoles d’accord doivent être
établis encore les divers intervenants pour
mettre en place des installations sanitaires
(douches, toilettes) qui préservent l’intimité
de la personne, faire en sorte que le prix de
denrées vendues aux prisonniers en cantine
(qui varient d’une prison à l’autre) ne soit pas
si élevé et que les repas soient servis à une
température normale et non refroidis au cours
des trajets. L’accès aux soins médicaux doit
être rendu plus aisé.
l’hébergement des gardés à vue et dans
les centres de rétention des étrangers est
scandaleux ; y mettre fi n est une priorité absolue.
Alors qu’on juge au Palais de justice à
Paris pour dire le droit, le dépôt des étrangers
dans les sous-sols de l’édifi ce bafoue la personne
humaine ;
il ne faut donc pas augmenter le nombre
de places en prison, mais réduire le nombre
d’emprisonnés, en particulier en détention
provisoire, et améliorer les conditions de
détention dans les prisons existantes. La
solution n’est pas la construction, mais l’humanisation.
Il faut aussi inverser la tendance qui, de 2000 à 2005, a fait que les crédits de rénovation des prisons existantes ont diminué de 25 %, leur état demeurant indigne d’un pays démocratique moderne ;
il faut respecter davantage les demandeurs
d’asile détenus dans des centres de
rétention. Ils doivent pouvoir y trouver
quelqu’un qui formule leur demande en
français et par écrit, ce qui n’est pas le cas
aujourd’hui ;
enfin, il est nécessaire d’assurer une
rémunération réelle du travail en prison
et d’établir des parcours de qualifi cation
professionnelle pour ceux qui en font la
demande ;
des unités de visite familiale doivent de
toute urgence être systématiquement mises
en place, particulièrement pour les condamnés
à de longues peines. Que seulement trois
unités de visite familiale aient été ouvertes
« à titre expérimental », c’est se moquer du
monde. En outre, les prisonniers doivent être
affectés dans le lieu de détention le plus
proche possible de leur famille.
4) A la sortie de prison, des dispositifs d’accueil et d’orientation doivent être mis en place.
D’une part, pour les prisonniers ayant acquis une formation professionnelle en prison, des offres d’emploi doivent être prévues.
D’autre part, pour ceux ayant une faible qualifi cation, il faut multiplier le nombre de conseillers d’insertion et de probation.
Tous doivent bénéfi cier d’un accès prioritaire au logement social.
5) Les malades mentaux emprisonnés voient leurs troubles s’aggraver en prison, où on les punit bien plus qu’on ne les soigne. A leur sortie, sans suivi, ils deviennent plus dangereux encore que lorsqu’ils sont rentrés.
Evidemment, dans la situation actuelle, il faut d’abord que chaque criminel sortant de prison fasse l’objet d’un suivi socio-judiciaire avec une injonction de soins réellement appliquée : c’est le prix à payer pour les erreurs commises en amont. Surtout, il faut des structures d’accueil et de logement dans la ville pour qu’ils puissent être réinsérés.
Ensuite, il faut, au sein de la prison, réorienter les malades mentaux vers des unités spécialisées :
actuellement, dans 26 établissements
pénitentiaires sur un total de 185, sont implantés
des services médico-psychologiques
régionaux (SMPR). Mais les moyens sont
disparates et ces SMPR, à l’exception de
ceux de Paris et de Marseille, ne fonctionnent
avec du personnel médical que jusqu’à
18 heures. Après, ce sont les surveillants qui
gardent les locaux !
ailleurs, seuls les hôpitaux psychiatriques
(HP) et d’autres structures spécialisées, comme
les unités pour malades diffi ciles (UMD)
sont habilités à fonctionner sous le régime de
la contrainte. Cependant, on se heurte aux réticences
des hôpitaux de secteur à accueillir
des détenus soit par peur, soit par manque de
moyens, soit par les deux en même temps.
Quant aux UMD, il n’y en a que 4 en France
pouvant accueillir 366 personnes : les délais
d’attente et les procédures sont très longs.
Ainsi, quand « le fou explose », la logique sécuritaire du monde carcéral fi nit presque toujours par reprendre ses droits. La sanction tombe, et c’est le mitard, un enfermement dans un cachot dépouillé de tout, ce qui aggrave l’état mental du détenu malade !
La solution est d’ouvrir partout des unités spécialisées pour les victimes de troubles mentaux portées à la violence, et en même temps pour ceux dont les troubles sont plus bénins, de renforcer d’urgence les moyens des hôpitaux psychiatriques. Des unités hospitalières spécialement aménagées (UHSA) doivent être prévues pour les courts et les longs séjours de malades sous responsabilité médicale, l’administration pénitentiaire assurant la surveillance périphérique des locaux.
Certes, le Garde des Sceaux prévoit l’ouverture de ces unités spécialisées, mais en petit nombre et à partir de 2008. Il faut commencer tout de suite, car la gravité de la situation, pour les malades comme pour l’ensemble de la population lorsque ces malades sortent de prison non soignés, est aujourd’hui la question majeure de sécurité publique.
6) Peines de substitution et réparation pénale
Plutôt que la prison actuelle, « usine à récidive » et dépotoir de troubles mentaux, des peines de substitution, et en particulier de réparation, doivent être prévues de façon bien plus systématique, en particulier pour les auteurs de premiers délits. Ces peines peuvent aller du bénévolat dans des maisons de retraite jusqu’à des travaux d’intérêt collectif ou l’assistance à des SDF.
Les résultats sont là : 87 % des primo-délinquants reçus par le service de réparation de l’Association départementale pour la sauvegarde de l’enfance et de l’adolescence (Adsea) se font défi nitivement oublier des services de police ou de justice et comprennent qu’il y a un intérêt personnel à participer au grand jeu de la vie collective.
Une mesure de réparation pénale, qu’elle dure un jour ou six mois, coûte 734,97 euros, un peu moins que les 800 euros auxquels revient une seule journée en centre fermé.
Il faut donc promouvoir la réparation pénale auprès des magistrats, qui y ont trop peu souvent recours, et organiser un encadrement de qualité pour l’exécution, notamment pour les mineurs. Cet effort est pour moi une grande priorité.
Enfin, de manière générale, les peines doivent être appliquées, alors qu’aujourd’hui un grand nombre ne l’est pas, notamment en matière de justice pour mineurs et dans les tribunaux correctionnels. L’effet en est désastreux et fait perdre à la justice une partie de sa crédibilité, notamment aux yeux des primodélinquants. Mieux vaut une peine apparemment plus légère, mais rapidement décidée et appliquée, qu’une peine apparemment plus lourde, mais décidée plusieurs mois ou même années après le délit, et dont on se préoccupe insuffi samment de l’application.
E) CHANGER D’ÉTAT D’ESPRIT
Le véritable renouveau judiciaire que je défends exige avant tout un changement d’état d’esprit.
Pour l’ensemble des Français, la soif du châtiment et la victimologie ne doivent plus désorienter leur désir de vraie justice.
Pour les juges, l’on voudrait rappeler cette phrase de Tocqueville : « Quand je vois, parmi nous, certains magistrats brusquer les parties, leur adresser des bons mots ou sourire avec complaisance à l’énumération des charges, je voudrais que l’on essayât de leur ôter leur robe afi n de découvrir si, se trouvant vêtus comme de simples citoyens, cela ne les rappellerait pas à la dignité naturelle de l’espèce humaine. »
Partant d’un état d’esprit nouveau, autant chez les justiciables que chez les magistrats, l’engagement pris devrait être de remettre l’humain au centre de la justice. A cet effet, des états généraux de la justice doivent être engagés dans tout le pays. Les gens seront invités à débattre devant les tribunaux et les barreaux, comme au XIXe siècle pour la rédaction du code d’instruction criminelle et du code civil. On ne peut simplement en appeler à la responsabilité d’un gouvernement, mais à celle d’une société entière.
La réforme, la vraie, pourra ensuite, enrichie par ces débats, être réalisée au Parlement, dans un climat apaisé et avec des citoyens en principe informés, alors qu’aujourd’hui, le fonctionnement du système judiciaire est inconnu des Françaises et des Français.
A cette justice-là, il faudra donner les
moyens nécessaires à l’exercice de son
pouvoir enfin établi. Cela coûtera assez
cher, mais une bonne justice suscitant un esprit
de coopération citoyen et rétablissant la
confi ance dans nos institutions, le vaut bien.
A nous de la créer !


