XV - Exécutif - Législatif - Collectivités locales
Combattre la mondialisation financière par une participation citoyenne



















XVII - Après Outreau et les lycée d’Ile-de-France :
Pour un pouvoir judiciaire citoyen

 


























 


























 

























UNE ARMEE PROFESSIONNELLE
ENTOUREE DE CONSCRITS,
INSTIGATRICE ET CATALYSEUR DU SENTIMENT NATIONAL

 
 

L’Armée est la colonne vertébrale de la nation. Elle est garante de son intérêt supérieur, c’est-àdire de son indépendance, de ses libertés publiques et de son édification. Qui plus est, l’effort militaire, pourvu qu’il soit orienté vers l’apport et l’exploitation de découvertes scientifiques, revêt dans son principe une importance fondamentale pour la recherche et l’économie. Il est à la fois socle et fil de l’épée. Tel que je le conçois, il est par sa nature même antagoniste à toute dérive bureaucratique et au contraire, levier d’un renouvellement technologique et d’une amélioration de la qualification du travail.

Ainsi, intégrée dans une vision d’ensemble, l’Armée est à la fois instigateur et catalyseur du sentiment national.

A) UNE ARMÉE PROFESSIONNELLE ENTOURÉE DE CONSCRITS

Elle ne peut aujourd’hui que revêtir la forme d’une armée professionnelle, seule en mesure de maîtriser l’application de principes physiques nouveaux suivant les nécessités de l’époque et sur des théâtres d’opérations souvent lointains. Cependant, ce n’est qu’intimement plongée dans le corps de la nation, c’est-àdire entourée de conscrits, qu’elle pourra échapper à toute tentation d’enfermement corporatiste ou à toute velléité d’abandon par l’Etat. C’est pourquoi chaque Français et chaque Française sans exception doit se trouver systématiquement sensibilisé à ses objectifs, initié à ses règles de fonctionnement et intégré à ses tâches au cours d’une période de conscription, associée à un service civique obligatoire d’une durée de six mois.

Le citoyen d’un pays libre, républicain et démocratique, est fort non de ses moyens physiques ou de son attirail de guerre, mais des armes de la connaissance appliquées au combat. Sa supériorité par rapport au sujet d’un empire, mercenaire de sa cause, tient à sa capacité de faire face à des défis inattendus en recourant aux moyens scientifiques et technologiques de défense les plus avancés, en innovant pour dissuader.

Ce n’est plus le cas depuis une vingtaine d’années. Le commandement militaire, progressivement privé de moyens de mener la bataille d’ensemble et doutant à juste titre du respect que devraient lui porter les autorités gouvernementales et le peuple, perd une part de sa conscience, de son autorité et de sa responsabilité. Le pays, dépourvu d’inspiration nationale, ne perçoit plus clairement la légitimité de sa propre défense.

Mon projet vise à arrêter cette dérive.

B) LE NÉCESSAIRE PRÉALABLE :
UNE SÉCURITÉ ÉCONOMIQUE POUR UNE SÉCURITÉ NATIONALE

L’Armée n’est pas une chose en soi. Elle dépend d’une volonté politique et du contexte économique façonné par cette volonté. Or nous sommes aujourd’hui dans une situation de défaillance.

Avec le passage à l’euro tel qu’il est, l’Europe s’est en effet soumise aux critères de Maastricht et au pacte de stabilité d’Amsterdam  ; elle a ainsi renoncé à la possibilité de prendre des mesures susceptibles de nous protéger de la crise financière et monétaire internationale.

Le premier élément de toute politique de sécurité nationale, impératif pour éviter que le combat contre la mondialisation financière soit perdu d’avance, est donc de changer cet état de choses. Faute de s’y appliquer, toute politique militaire n’aurait plus aucun sens : ce serait comme tenter de construire une forteresse sur du sable.

En conséquence, la première mesure de défense nationale à prendre, c’est de proposer à nos partenaires européens l’abrogation des dispositions de Maastricht et d’Amsterdam qui imposent une austérité autodestructrice et de revenir à des monnaies nationales, avec un système de banques nationales regroupées autour d’un euro à référence or. Celui-ci sera financièrement protégé par cette référence et économiquement basé sur une politique européenne de grands travaux, promue par le recours à des crédits à long terme et faible taux d’intérêt de type plan Marshall.

C’est sur cette base, et sur elle seule, qu’une politique de défense et de sécurité de la France et de l’Europe peut désormais être bâtie. Si nos partenaires refusent de se rendre à la raison, nous devrions, avec les pays qui voudront bien nous suivre, retrouver notre liberté de manoeuvre, en constatant que ceux qui prétendent vouloir faire l’Europe commencent par créer les conditions de sa soumission et de son auto-destruction.

Comment en effet pourrions-nous rétablir la considération qui est due à notre institution militaire et à ses soldats si, au départ, nous avons nous-mêmes perdu toute considération pour notre indépendance et notre dignité nationales  ? Comment pourrions-nous organiser notre défense, si l’hypothèse de départ repose sur notre complaisance économique et politique vis-à-vis de l’oligarchie angloaméricaine et de notre propre synarchie financière ?

C) UN ÉTAT DES LIEUX DÉSASTREUX

La pusillanimité de nos gouvernements successifs se trouve brutalement reflétée dans les chiffres. Tout entière et sans exception, notre classe politique, depuis la chute du mur de Berlin, a considéré que « l’adaptation de l’outil militaire » se ferait d’abord en amputant les budgets. Aucune réflexion en profondeur n’a été effectuée sur la nature de nouvelles menaces éventuelles. De fait, aucune des dernières lois-programmes militaires ne fut jamais exécutée totalement, les politiques quasi-unanimes considérant le budget de la défense comme une réserve au profit des nécessités ponctuelles des ministères civils.

Face à cet état des lieux déplorable, propice aux désarrois, un sursaut politique est nécessaire. Il le serait dans des circonstances normales, mais il l’est d’autant plus aujourd’hui que de graves menaces, engendrées par l’effondrement financier et monétaire international, pèsent sur l’intégrité de nos institutions républicaines.

D) STRATÉGIE : TROIS PRINCIPES, UN PONT TERRESTRE
ET DEUX OBSTACLES

1. TROIS PRINCIPES

L’ambiguïté qui règne actuellement dans l’esprit de nos responsables politiques obscurcit un débat que le général de Gaulle eut, en son temps, le courage de rendre clair. C’est pourquoi les principes fondateurs d’une politique de défense doivent être réaffirmés. Cela va mieux en le disant.

a) Tout d’abord, la sécurité et la défense nationale ne peuvent être définies par des critères extérieurs - financiers ou militaires - à l’existence de l’Etat-nation, car cette existence est leur objet même.

Cela signifie, en clair, ne pas demeurer dans les structures intégrées de l’OTAN tant que celle-ci aura pour objet d’imposer l’unification du marché mondial au profit des intérêts de l’oligarchie anglo-américaine. C’est le corollaire de mon préalable (cf. partie B). Rester à l’intérieur de l’OTAN dans l’espoir d’y faire entendre sa voix est, dans les conditions actuelles, une illusion justifiant notre lâcheté.

b) Ensuite, et compte tenu de ce principe, notre budget de défense doit être considéré non pas comme un mal nécessaire ou une charge financière, mais comme un fer de lance. Si des dépenses militaires qui répètent une technologie donnée sont bien une charge, celles qui promeuvent des découvertes, des inventions et des innovations appliquées à la défense sont au contraire vecteur de croissance économique, à condition que de constantes passerelles soient aménagées entre le militaire et le civil et que les « retombées de productivité » soient systématiquement organisées.

Aujourd’hui, le « secteur militaro-industriel  » doit ainsi être associé à un grand dessein de développement infrastructurel, facteur de paix par une croissance mutuelle, tant à l’échelle nationale qu’internationale et à une politique d’exploration spatiale rassemblant une communauté internationale d’Etats souverains. C’est dire que le militaire doit être nécessairement lié à une mobilisation technologique d’ensemble et en profondeur de toute l’économie nationale.

Une intégration - répétons-le de ce point de vue - dans des alliances, hors de l’Europe ou hors mandat de l’ONU, avec pour perspective des « projections sur des théâtres de guerre extérieurs », nous conduirait inéluctablement (mais n’est-ce pas déjà un peu le cas ?) à devenir un Etat croupion, mercenaire armé d’entreprises financières visant des objectifs étrangers à la France, dans un environnement d’apartheid technologique.

c) Enfin, nos industries de défense ne peuvent être démantelées, sous des prétextes de mauvaise gestion et de pertes financières, même si celles-ci sont bien réelles. La politique militaire de la France ne se fait pas dans les bureaux de la Cour des comptes, sur pièces comptables.

Il ne faut donc pas continuer une adaptation qui conduirait à une disparition, en privatisant et en sous-traitant, mais innover avec hardiesse. Les entreprises d’armement ont un formidable potentiel intellectuel sous-exploité. Il faut le mobiliser, avec des moyens de crédit public, en l’orientant vers l’application de principes physiques nouveaux, en le sortant des ornières répétitives pour le réorienter vers la création. Ainsi, ce potentiel appliqué contribuerait à obtenir de forts gains de productivité tout en mobilisant les jeunes Français dans une grande entreprise technologique, une grande aventure commune permettant de rétablir la notion de « devoir civique », avec un esprit de co-développement et sans amertume sociale.

Cette aventure découlant des trois principes ci-dessus, ne peut bien entendu être lancée sans alliés ni perspectives. Autrement elle conduirait, dans les contraintes financières actuelles, à notre ruine. Il faut donc lever ces contraintes en donnant au projet un levier national, européen et mondial. C’est le Pont terrestre eurasiatique, à construire de l’Atlantique à la mer de Chine.

2. UN PONT TERRESTRE

La paix ne naît jamais d’un équilibre. Elle ne peut reposer sur le démantèlement technologique, mais au contraire sur la croissance dans l’intérêt mutuel des partenaires. C’est pourquoi, ayant pour dénominateur commun les découvertes scientifiques et leurs applications, notre politique militaire doit à la fois équiper la défense de notre pays avec les armes les plus modernes de l’époque et organiser les retombées de productivité dans l’économie civile. Il s’agit de la politique naturelle d’un Etat-nation vis-à-vis d’autres Etats-nations : défense des intérêts légitimes et co-développement pour que les armes n’aient jamais à se faire entendre.

De ce point de vue, les Etats et les peuples de l’Union européenne ont un intérêt commun avec ceux de l’Eurasie et de l’espace euroméditerranéen. C’est pour nous l’exportation de biens d’équipement et de technologies de pointe, et pour eux le désenclavement des espaces aujourd’hui isolés et l’acquisition de moyens permettant une urbanisation rapide.

Paradoxalement, mais logiquement, le « militaire » correspondant ainsi à nos intérêts nationaux peut et doit conduire aux conditions d’une paix durable, pourvu qu’il contribue à jeter les bases d’un nouvel ordre de développement mutuel, en Eurasie et au-delà. Au contraire, l’ordre actuel du Fonds monétaire international, de l’Organisation mondiale du commerce et de l’OTAN mène inéluctablement à un affrontement mondial, car il est devenu incapable de créer les ressources permettant ce développement mutuel.

3. DEUX OBSTACLES

Les obstacles à cette politique, conforme aux intérêts de la France et au rôle qu’elle doit jouer dans le monde, sont de deux ordres. Le premier est le principe géopolitique anglosaxon, suivant lequel l’Europe continentale et l’Eurasie ne doivent en aucun cas s’unir économiquement. Le second est l’ordre financier et monétaire international actuel, qui impose une politique de court terme et de gain financier incompatible avec une politique de grands travaux.

Notre avantage est que cet ordre monétaire et financier se trouve en voie d’effondrement, et avec lui la crédibilité du principe géopolitique. Il faut saisir l’occasion pour construire l’alternative, c’est-à-dire le Pont terrestre eurasiatique, sur la base à la fois d’un nouveau Bretton Woods et d’une politique militaire visant, nous l’avons vu, à soutenir cette perspective.

E) L’AVANT-GARDE TECHNOLOGIQUE DU DISPOSITIF

1. Nous devons d’abord nous ouvrir l’accès aux technologies des armes à énergie dirigée du futur (armes à laser, armes à faisceaux de particules...), ainsi qu’aux armes à pulsions (ou « bouffées ») électromagnétiques.

Sans cet accès, nous perdrions pied dans la course à l’indépendance.

Nos savants et nos ingénieurs qui travaillent dans ces domaines doivent être systématiquement aidés, et les meilleurs élèves de nos universités et de nos grandes écoles scientifiques sensibilisés à leur intérêt primordial. De nouvelles générations de lasers (laser Mégajoule) de très forte puissance sont actuellement expérimentées dans les Landes avec pour objectif de reproduire à échelle très réduite une détonation thermonucléaire. L’effort scientifique dans ce domaine devrait être également orienté vers la mise en oeuvre d’armes à énergie dirigée anti-missiles et développé en conséquence.

En outre, notre participation au programme européen sur les armes à pulsions électromagnétiques doit être accélérée. Ces systèmes d’armes seront en effet essentiels dans l’éventualité d’une guerre moderne. Pas plus gros qu’une valise, ils peuvent paralyser à distance les organes de tous les moyens de transport et de communication d’une région donnée ; plus puissants, ils sont de nature à paralyser un pays, son dispositif militaire, et tout particulièrement son réseau de satellitesespions.

2. L’accès à ces technologies nouvelles et le maintien de la crédibilité de notre force de dissuasion exigent des dépenses de Recherche et développement (R & D) militaires bien plus élevées.

Depuis dix ans, nos dépenses de recherchedéfense ont diminué de moitié ; l’on peut dire que cette recherche militaire se trouve réduite à des centres de tests, sans projets de recherche fondamentale. Cet état de choses est désastreux. Mon choix sera d’immédiatement inverser la tendance. Nous devrons effectuer un pari sur l’avenir, qui est le pari même de notre indépendance.

3. Aujourd’hui, l’arme atomique reste cependant notre principal atout. Elle ne doit en aucun cas être intégrée dans un dispositif, fût-il européen.

4. Moyens de déploiement de notre force de dissuasion

Nous disposons de deux composantes, aérienne et sous-marine. Elle reste dissuasive, mais souffre de problèmes de maintenance et, surtout, n’intégrera que très progressivement et trop tard les missiles de croisière, désormais composante de base d’une intervention extérieure. Avec des moyens relativement modestes, ils constituent un potentiel de menace d’autant plus redoutable qu’on ne sait pas encore s’en défendre (soit l’adversaire ignore l’origine des tirs, soit la mobilité de la plate-forme de lancement n’en permet pas la localisation au moment approprié), qu’ils ne nécessitent aucun soutien logistique particulier et qu’ils peuvent atteindre avec précision des cibles lointaines sans que leurs servants aient à combattre.

Aujourd’hui, il faut tout faire pour accélérer notre équipement avec cette arme, équipée soit d’explosifs classiques, soit d’ogives nucléaires à faible énergie destinées à des objectifs « durs » ou relativement étendus (aérodromes...).

En même temps, seuls 14 Rafales sont prévus par la loi de programme 2006-2009 pour la marine et l’armée de l’air, ce qui est notoirement insuffisant. La Marine devrait en être totalement équipée, ce qui suppose d’aller plus loin, avec l’introduction de 10 Rafales par an.

  
"La politique que je préconise est d’abandonner définitivement l’illusion d’une « projection massive hors zone » "
 

La politique que je préconise est d’abandonner définitivement l’illusion d’une « projection massive hors zone ». Elle est au-delà des moyens de la France, qui ne peut disposer des cargos aériens et maritimes nécessaires, ni maîtriser l’espace aérien au lieu d’application terrestre d’une telle entreprise. Elle s’insère donc fatalement dans des opérations de grande envergure où nous jouons un rôle mineur en servant des objectifs étrangers. Que nous ont apporté notre intervention en Afghanistan et notre contribution à la destruction de l’Irak, lors de la première guerre du Golfe, notre intervention sous contrôle anglo-américain en Bosnie ou la part que nous avons prise à la guerre du Kosovo ? Entendons-nous réellement servir la loi de la jungle de l’oligarchie financière en participant, en associé mineur, à ses opérations de police ?

Ma réponse est « non ». C’est pourquoi, tout en reconnaissant qu’en bonne logique militaire de « projection massive », deux porte-avions seraient nécessaires à nos opérations (puisqu’un seul, comme le Charles de Gaulle, n’est apte au service que sept ans sur une période de dix), je suis, en l’état actuel des choses, opposé à la construction d’un second, a fortiori si c’est en coopération étroite avec des intérêts britanniques. Il faut l’écarter sans hésitation de la prochaine loi de finances, pour réorienter les dépenses dans les secteurs que je prévois. C’est en effet le fondement même de cette logique qui me paraît contestable. Equipons les Rafales du Charles de Gaulle de leurs Scalps de croisière, en accroissant leur portée, le plus tôt possible et restons-en là.

Ce que je propose est de pousser les feux des sous-marins nucléaires d’attaque disposant de missiles de croisière et des frégates multi-missiles (douze de premier rang, dont on vient de lancer le programme en juillet 2006 et qui sont prévues pour 2015, c’est trop tard !). Des navires de surface très rapides, à tirs multiples, opérant à proximité du littoral, plus difficiles à repérer, me paraissent bien plus intéressants pour notre dissuasion que des porte-avions, plus difficilement défendables. Les sous-marins d’attaque modernes, qui peuvent exécuter leur mission indépendamment de tout support logistique - et ce, durant des mois - seraient, eux, le fer de lance de cette puissance de feu relativement modeste mais très mobile et suffisamment redoutable pour causer des dommages dissuasifs à des objectifs militaires importants. L’on pourrait envisager dans une période relativement courte de parvenir à des portées de 2 500 km avec des missiles munis d’une ogive nucléaire.

5. Moyens de renseignements spatiaux et de guidage

Il s’agit des yeux et de la main de notre force de dissuasion. Or, dans ce domaine, nous avons fait le choix européen. Le résultat n’est guère brillant.

Dans ces conditions, nous devrions mettre nos partenaires au pied du mur, et si l’unanimité ne se dessine pas à bref délai, entamer le projet « à la carte », avec ceux qui le veulent bien. Le coût serait certainement élevé, mais là, le jeu en vaut certainement la chandelle - bien plus que pour la construction d’un second porte-avions.

F) PROJECTION OUTRE-MER

Ma préférence va à un ensemble léger, rapide, capable de porter des coups douloureux à l’ennemi, impliquant des projections suivant les intérêts de la France, donc forcément modestes, plutôt qu’à une projection relativement « lourde » s’insérant nécessairement dans le dispositif anglo-américain. Cela nous amène, nous l’avons vu, à privilégier le lancement de frégates multi-missiles et de sous-marins d’attaque nucléaire (SNA).

Par ailleurs, nous disposons en mer de trois avions radars Hawkeye, pour la surveillance de l’environnement et la protection de notre dispositif. C’est suffisant.

Il faudrait ajouter, par delà la reconnaissance aérienne par drones dont nous disposons, la production de machines volantes proches de l’avion, mais sans équipage et cependant capables de se défendre, de localiser l’objectif, de le détruire à distance par les engins qu’elles transportent et de regagner leur base une fois leur mission accomplie. A terre, une équipe de spécialistes les pilote. Un tel outil entre dans la logique de ma stratégie. Le projet Félin, de communication de l’armée de terre, doit être dans ce contexte enfin mis en oeuvre.

Pour transporter les troupes, nous disposerons de l’Airbus militaire A400, qui remplacera nos vieux Transalls et nos Hercules-C130, dont la production a été décidée par huit pays européens le 13 novembre 2001. C’est un pas important militairement et industriellement, car le programme va mettre la compagnie

européenne sur un pied d’égalité avec Boeing en matière de financement de sa R & D par le biais de commandes militaires. Cependant, la lenteur de la prise de décision par nos partenaires européens ne plaide pas en faveur d’une défense européenne intégrée. La gestation a commencé dès 1984 et c’est seulement dix ans après, en 1993, que cinq pays ont signé un premier protocole pour prévoir un projet commun. Nous avons abouti en 2001 : il aura fallu près de dix-sept ans d’hésitations !

Enfin, nous avons besoin de forces spéciales et de professionnels du renseignement : nous en avons d’excellents, qu’il s’agit de mieux équiper. Leurs interventions soudaines, mobiles et ponctuelles, susceptibles de porter un coup rapide à l’ennemi sans besoin de déploiement important comme c’est le cas pour une projection de type néo-colonial, rentrent dans le cadre de l’approche que je propose.

Les intérêts spécifiquement français sont, dans la mesure de nos moyens, d’intervenir brièvement sur un secteur donné et de nous retirer aussitôt. Je propose qu’au lieu des 460 millions d’euros prévus pour accroître l’efficacité de nos forces spéciales, on y consacre le triple, pour assurer notre indépendance par rapport aux commandos « lourds » angloaméricains.

En matière de déplacements rapides (transports de troupes d’élite) et de missions de service public, la flotte d’hélicoptères du COS n’est actuellement constituée que de Pumas ou Super-Pumas, au rayon d’action de 200 à 300 km, ce qui est tout à fait insuffisant. Le programme du NH98, au rayon d’action bien supérieur de 800 kilomètres, doit être immédiatement mis en oeuvre. Validé et décidé dans la précédente loi de programmation militaire, on n’en a toujours pas vu la couleur.

Il est également urgent d’accélérer la modernisation des capacités en matière de renseignement de guerre électronique, informatique ou optique, c’est-à-dire l’interception et le brouillage des émissions adverses et la meilleure propagation sans interférence des nôtres.

Dans ce domaine, une coordination entre les deux régiments de la brigade de renseignement du COS et les 900 professionnels du renseignement humain (13ème régiment de dragons parachutiste) devrait être constamment assurée.

Nous disposerions ainsi du meilleur ensemble, utilisé pour des opérations nationales, européennes ou sous mandat de l’ONU, mais toujours de manière flexible et conforme à nos intérêts.

G. FAIRE FACE AU MANQUE GÉNÉRALISÉ DE MOYENS

Le taux de disponibilité des bâtiments dans la marine se situe actuellement aux alentours de 65 % alors qu’il devait atteindre 80 %. Quant aux forces aériennes, près de 40 % du parc militaire français se trouve hors d’état de voler.

La situation ne peut désormais continuer à se dégrader, au risque de faire éclater une crise grave qui, d’ores et déjà, couve.

Pour l’éviter, les orientations à adopter d’urgence sont les suivantes :

- un accroissement raisonnable des moyens, tant dans les dépenses de recherche et d’équipement - nous l’avons vu - que dans celles de fonctionnement (entretien, soldes...). L’étranglement budgétaire ne peut continuer. Sans cet effort financier, l’armée britannique (où un général d’armée cinq étoiles gagne deux fois et demie plus que son équivalent français) raflera la mise de la défense européenne ;

- la réduction en nombre de nos opérations de projection et leur allègement, tout en accroissant leur impact qualitatif (missiles de croisière, renseignement, forces spéciales...) de manière cohérente avec notre force de dissuasion, en fonction de nos intérêts propres. Actuellement, nos forces sont trop dispersées dans des opérations de « maintien de la paix »qui visent en fait à établir d’interminables protectorats. Notre présence au sein de la FINUL, au Liban, est au contraire un exemple de la défense bien comprise de nos intérêts et de ceux d’un Etat-nation bafoué par ses voisins, avec la complicité de l’administration Bush/Cheney.

- une remotivation des soldats en rétablissant le lien arméenation  ;

- la coordination des efforts européens sur projet, là où concrètement apparaît une convergence, et non de manière globale car nos intérêts sont encore beaucoup trop divergents.

Le plus démoralisant, pour nos soldats, nos marins ou nos aviateurs, est en effet de percevoir dans leur manque de moyens, quotidiennement éprouvé, le défaussement progressif et inavoué de notre défense sur une Europe et une OTAN qui « forgent du consensus politique euro-américain » et organisent des expéditions de police visant des objectifs étrangers à la France.

H. RÉTABLIR LE LIEN ARMÉE-NATION : NOUVELLE CONSCRIPTION,
RÉSERVE, DÉFENSE OPÉRATIONNELLE DU TERRITOIRE

La France a supprimé - suspendu, dit-on officiellement au terme de la loi - son service national le 30 novembre 2001.

Il était prévu au départ de mettre en place un rendez-vous citoyen obligatoire d’une durée de cinq jours, avec trois volets : scolaire et médical, éducation civique et présentation de tous les aspects possibles du volontariat prévu dans le cadre du service national nouvelle formule.

Ce volontariat, prolongement du rendezvous citoyen obligatoire et durant de 9 à 24 mois, pouvait être prévu dans trois domaines : défense-sécurité-prévention, cohésion sociale et solidarité, coopération internationale et humanitaire.

Quant à la réserve, prévue dans le cadre de la professionnalisation des armées, elle devrait atteindre 100 000 hommes en 2008, pour la plupart d’anciens militaires.

Le manque de perspectives offertes, l’impréparation de la réforme et surtout le climat de contraction de la défense nationale dans lequel elle a été mise en oeuvre a abouti à ce qui fatalement devait arriver.

Le rendez-vous citoyen est devenu une caricature, la journée d’appel et de préparation à la défense (JAPD), au cours de laquelle garçons et filles sont invités à subir de simples tests et à assister à des présentations pédagogiques sur la défense. C’est un lien de quelques heures, premier, unique et particulièrement peu sérieux, que les armées ont avec les jeunes citoyens.

Quant au volontariat à durée limitée, son existence ne répond à aucune réalité : c’est un leurre créé pour se donner bonne conscience, et c’est bien ainsi qu’il a été compris.

Ainsi, si l’on veut rétablir le lien armée-nation et éviter la « ghettoïsation » d’une collectivité militaire repliée sur ses professionnels, tout est à reprendre à partir de zéro.

La première chose à faire est, durant les cours d’histoire et d’instruction civique organisés à l’école, de dispenser une instruction spécifique relative au rôle que joue la défense dans notre pays. Une politique de défense n’a en effet de sens, et de force, que si les citoyens la comprennent et y adhèrent.

La seconde chose est de rétablir la conscription, non sous ses formes passées, mais en vue de l’avenir.

L’objectif est d’offrir à nos enfants, garçons et filles, une période de pleine mixité sociale et d’encadrement pluridisciplinaire cohérent, intelligent et conscient de sa mission, à un moment de leur vie où l’intégration sociale dans un projet est nécessaire pour former une nation.

Sur une durée de six mois, les jeunes conscrits devraient recevoir une formation militaire élémentaire d’un mois. Ensuite, ils seraient affectés, au choix, soit à un service civique (dans les hôpitaux, l’aide au tiers-monde, la participation aux grands travaux...), soit à un service militaire dans les régiments de défense opérationnelle du territoire (DOT), avec, dans les deux cas, deux ou trois périodes de rappel, suivant le modèle suisse.

Il s’agit de créer un nouvel état d’esprit entre « militaire » et « civil », sans rupture : le militaire doit être totalement réinséré dans la société civile, et la société civile respecter son « fil de l’épée » militaire.

L’argument du coût, soulevé contre ce choix, ne tient que si l’on considère les données comptables à court terme. A moyen et long terme, il serait un instrument extrêmement rentable d’intégration et de développement des solidarités, conjugué avec une possibilité de remise à niveau scolaire pour les moins favorisés. Il pourrait, du moins en partie, remédier au prix à payer pour la violence, la souffrance collective ou individuelle, l’exclusion et l’illettrisme. De plus, il réintégrerait l’idée citoyenne de défense nationale dans les esprits.

I. LE DÉFI

L’on pourrait dire qu’en somme, le défi consiste, dans un pays de tradition romaine et jacobine comme le nôtre, à désenclaver la communauté de défense pour la réintégrer dans la nation, afin que celle-ci, s’appuyant sur celle-là, puisse plus efficacement combattre la « loi de la jungle » des marchés financiers.

Aucune organisation bureaucratique n’est capable de relever ce défi. N’est-ce pas aujourd’hui, à cette heure du XXIème siècle, au moment des périls, l’esprit de la France libre qu’il faudrait après tout retrouver, dans l’intérêt suprême de la nation, pour défendre le peuple avec le peuple ? N’estce pas lorsqu’une communauté de dessein se forme par la participation à un grand projet commun - pont entre citoyens, pont entre armée et nation, pont entre nations, Pont terrestre eurasiatique - que peut régner la paix ?

La loi de programme militaire 2006-2009 doit être revue dans cet esprit, faute de quoi elle sera, comme les autres, incertaine, inutile et inappliquée. Un signal de notre volonté de faire doit être dès aujourd’hui donné en relançant notre recherche fondamentale, en accélérant les programmes en cours (frégates lance-missiles, sous-marins...) et en tenant les promesses de programmes prévus mais non lancés (Mistral, Barracuda, hélicoptère de combat Tigre et hélicoptère de transport NH98). En tout état de cause, la tendance à une privatisation des fonctions militaires doit être arrêtée net, y compris celle - dangereuse et inutile - de la sécurité des bâtiments (bases militaires).

La nation doit respecter son armée, et l’armée doit respecter ses citoyens : le principe de l’avantage d’autrui, inscrit dans le traité de Westphalie pour garantir la souveraineté des Etats-nations, doit trouver son accomplissement dans le domaine militaire, faute de quoi la souveraineté elle-même se transforme en violence gratuite ou abaissement dans l’impuissance.




















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