PARIER SUR LES PMI-PME
CREER UN ENVIRONNEMENT REACTIF, CIBLER FIN
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Les grandes entreprises « fordiennes » du CAC-40, dans la réforme profonde des mécanismes monétaires et financiers que je préconise, se réorganiseront elles-mêmes en fonction du nouvel environnement anti-spéculatif à l’échelle française, européenne et internationale, en donnant priorité à la rationalisation et au développement technologiques à moyen et long terme au détriment du gain financier à court terme. Certains plans de suivi et d’accompagnement seront nécessaires pour organiser la mutation des appareils de production. Ainsi, le secteur automobile, aujourd’hui producteur quasi exclusif de véhicules privés, devra progressivement réorienter sa capacité de machine-outil vers les transports urbains ou inter-urbains de masse et l’espace. L’Etat devra aider financièrement et insérer dans le Plan ces réorientations, afin qu’elles se fassent dans les meilleures conditions possibles.
Cependant, par leur nature, les grandes entreprises pourront répondre d’elles-mêmes à la nouvelle priorité économique, française, européenne et mondiale, car elles en ont les moyens si elles le veulent.
Il n’en est pas de même des PME-PMI. Celles-ci sont le moteur de l’économie française : 69 % des emplois et 62 % de contribution au produit intérieur brut. Elles n’ont rien à voir avec les grandes entreprises du CAC-40, dont près de la moitié du capital est possédé par des investisseurs étrangers et qui réalisent 75 % de leur chiffre d’affaires et 80 % de leurs bénéfices à l’étranger. Les PME-PMI, elles, ont besoin de moyens pour soutenir les projets.
Certes, elles ne constituent pas une catégorie homogène. En France, la plupart de celles qui créent effectivement de l’emploi et se développent sont en réalité insérées dans des relations étroites et complexes avec de grands groupes, soit comme filiale, soit comme soustraitant, soit comme fournisseur.
Ces entreprises « en réseau » profiteront donc directement des effets de la nouvelle priorité économique transmise par les grandes entreprises.
machine-outil - un homme promouvant une idée avec une équipe pour la réaliser - doit être soutenu par la puissance publique" | |
Cependant, des mesures spécifiques doivent être prises en leur faveur pour stimuler leur environnement économique et social, et leur assurer une relation qui ne soit pas de dominant à dominé avec les grandes entreprises. C’est en elles le principe de machine-outil — un homme promouvant une idée avec une équipe pour la réaliser - qui doit être soutenu par la puissance publique, de manière à offrir à l’entrepreneur les meilleures conditions pour opérer librement, assuré d’avoir équitablement accès à certains marchés et d’être protégé des prédateurs financiers.
A) Les PME doivent bénéficier de plein droit d’un accès de 25 % à tout contrat confié à une instance gouvernementale. C’est ce type de formule qui, suivant le Small Business Act, a permis aux PME américaines de décoller et de devenir leaders dans certains secteurs.
Cependant, il est aujourd’hui impossible de le décider en France. Dans l’accord sur les marchés publics (AMC) de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), l’Europe s’est engagée à interdire cette possibilité, alors que les entreprises américaines ont obtenu une exception. De plus, des directives européennes s’opposent à la mise en place de clauses donnant un « avantage concernant une catégorie d’entreprises ». Résultat : aujourd’hui, l’Europe des grands projets est au régime sec, il n’y a pas d’argent pour y participer. C’est pourquoi, dans le contexte global de crédit productif public et d’investissement à long terme que je définis, la Commission doit recevoir l’ordre de renoncer à ses directives et de renégocier l’accord de l’OMC interdisant à l’Union européenne toute démarche analogue à celle menée par les Américains en faveur de leurs PME. Cela signifiera un « accès équitable » des PME européennes aux 1500 milliards d’euros d’achats publics européens.
Beaucoup d’autres candidats ou partis politiques français l’exigent, mais leur exigence n’a pas de valeur car ils ne se situent pas dans le contexte d’ensemble de la politique que je préconise, qui vise à changer la règle du jeu.
B) Les PME doivent être directement associées au grand projet pour la recherche que je propose et qui doit porter sur 200 milliards d’euros. De même, des fonds d’innovation doivent relayer cet effort au niveau européen (je préconise à cet effet un emprunt de 150 milliards d’euros de la Banque européenne d’investissement) et au niveau national.
C) Il est nécessaire de protéger les nouveaux entrants des entreprises établies, jusqu’au moment où ils atteignent une taille critique. Un protectionnisme intelligent doit être mis en place, suivant les perspectives tracées par l’école de l’économiste allemand Friedrich List.
D) Il faut créer, avec le soutien public, de grands fonds d’investissement dans les PME pour avoir une vraie politique de capital-risque. Pourquoi ne pas considérer l’exemple québécois d’un fonds syndical d’investissement dans les PME ?
E) Système bonus-malus ou d’imposition différenciée. Les exonérations de cotisations sociales, salariales et patronales, dans lesquelles aujourd’hui on ne se reconnaît plus, doivent être systématiquement liées à la création effective d’emplois ou au réinvestissement productif (bonus). Les profits distribués sous forme de dividendes, sans réinvestissement productif ni création d’emplois, devraient, eux, être pénalisés (malus).
F) La formation professionnelle digne de ce nom que j’entends faire mettre en place (cf. Formation professionnelle - VIII) sera bénéfique pour la qualification du travail et donc pour les entreprises « gazelles » les plus performantes.
G) Tout le réseau départemental et régional d’aides aux PME doit être coordonné et rationalisé, en évitant double emploi et paperasse.
H) Le fonds européen contre les délocalisations ne doit pas se limiter à 500 millions d’euros par an, mais être quatre fois plus élevé si l’on veut être un tant soit peu sérieux avant que l’organisation des marchés rende, peut-on espérer, l’existence de ce fonds inutile.
I) Pour les PME-PMI en dessous de 50 personnes, l’obligation des 35 heures doit être levée. Fruit amer d’une alliance entre socialistes et « grands » du CAC-40, qui y ont trouvé leur compte et qui délocalisent aux dépens des entreprises de taille moyenne et petite ayant moins de mobilité et produisant en France, les 35 heures ne doivent pas peser sur la gestion des chefs d’entreprises petites et moyennes. C’est ici que la notion de « temps choisi » (cf. Droit du travail - IX) prend tout son intérêt.
J) Il est clair que ma politique générale d’accroissement, à l’échelle européenne et française, des dépenses de recherche et de développement devra être organisée en faveur des PME-PMI, pour que celles exploitant une découverte ou un procédé technique nouveau soient en mesure de grandir et de réussir plus rapidement.
K) En matière d’emploi, on peut considérer le système autrichien d’aide à l’embauche (l’Etat aide et en contrepartie, l’entreprise forme) et le système danois d’aide à la réinsertion (le licenciement est pratiquement sans obstacles, mais la contrepartie en est un réel suivi des chômeurs, avec une formation « cousue main » pour retrouver un emploi).
Une introduction trop brutale de ces systèmes ne peut cependant être envisagée en France, mais des expérimentations seraient opportunes dans certains secteurs ou certaines régions en quête de travailleurs ayant une qualification supérieure ou de type nouveau dans l’environnement considéré.
Une politique qui ne soit ni paternaliste ni socialement cynique doit ainsi « cibler fin » les PME-PMI ayant le plus de potentiel dans le nouvel environnement réactif et anti-spéculatif créé par les mesures économique de portée générale que je préconise.
L’on parle dans les médias du succès des entreprises allemandes : l’Allemagne a un excédent commercial de 158 milliards et la France un déficit de 30 milliards. Cependant, les entreprises allemandes ont beaucoup plus délocalisé que les françaises. Leur « succès » tient à ce qu’elles ont abaissé leurs coûts en redéployant une partie de leur système productif dans les pays d’Europe centrale et orientale. L’industrie allemande est ainsi devenue de plus en plus une industrie de montage et d’intégration de composants fabriqués ailleurs. L’Allemagne n’a gardé que les segments à forte valeur financière ajoutée et les services de proximité.
Je pense que ce « succès » ne constitue en
rien un modèle. Le développement que je
préconise est, lui, harmonieux, mutuellement
avantageux et intégré. Il ne se base pas sur
la « maîtrise des coûts salariaux » devenue
variable quasi unique d’ajustement.


