Economie
L’enjeu d’un franc polytechnique



















Mondialisation - Taxe Tobin
Pour un nouveau Bretton Woods

 


























 


























 

























Europe
Vers une reconquête de la République contre l’oligarchie financière
Refaire l’Europe et la Politique étrangère de la France

ce sujet est disponible au format pdf

« On ne fera pas l’Europe si on ne la fait pas avec les peuples et en les y associant. »
Charles de Gaulle, dans une allocution prononcée à Saint-Maur le 6 juillet 1952.

L’Europe est à la fois un espace humain, économique, moral et culturel qui correspond à l’intérêt des Français.

C’est pourquoi je suis par principe pro-européen, et c’est aussi pourquoi je suis absolument opposé à la marchandise frelatée que les traités de Maastricht, d’Amsterdam et de Nice nous ont vendue sous le nom d’Europe !

Une série d’arrangements, de dosages et de compromis mesquins n’est pas l’Europe, une absurde « Sainte alliance » des grands contre les petits n’est pas l’Europe. C’est au contraire la soumission à la loi des marchés et du court terme, sans cet horizon qui devrait être le propre d’un concert des patries et des peuples européens.

Je dis non à une Union européenne qui impose de plus en plus impérativement des normes technocratiques aux pays membres, sans autre projet que le démantèlement du service public, la multiplication des privatisations et la « flexibilité du travail », en empiétant sur les pouvoirs démocratiques et les parlements élus. Je dis non à une Europe qui s’est faite et se fait de plus en plus contre les peuples. L’Europe ne peut être la somme d’un guichet de banque sans contrôle démocratique et d’une fabrique de circulaires plus ou moins inquisitoriales et plus ou moins bien écrites. Je dis non à une Europe devenue le relais d’une loi de la jungle conçue en faveur de l’oligarchie financière dominante.

Je dis non à une Europe élargie à l’aveuglette, sans solidarité ni vision, dans laquelle les pays d’Europe centrale ayant accédé à l’OTAN ont subi de plein fouet - en raison de notre absence d’alternative - l’influence des officines du néo-libéralisme anglo-américain. Je dis non à une Europe dans laquelle les Britanniques, en plaçant leurs hommes à Bruxelles, et faute d’entente franco-allemande, c’est-à-dire grâce à notre mollesse, parviennent à engager le travail de démantèlement de la politique agricole commune, dernier programme volontariste de l’Union, à bloquer les processus d’harmonisation fiscale et à limiter le champ des « coopérations renforcées ». Je dis non à une Europe du blanchiment, avec ses paradis fiscaux intérieurs (à Jersey, à Guernesey, sur l’île de Man ou au Luxembourg) tolérés par tous et promus par l’oligarchie anglo-américaine.

I. Les principes de notre politique étrangère et européenne

Le vote du 29 mai 2005 a dit clairement, comme moi, « non » à cette Europe-relais de mondialisation financière, non à un « Traité constitutionnel » qui aurait définitivement mis les pays membres, leurs peuples et leurs gouvernements sous la coupe d’une Banque centrale européenne composée d’anciens banquiers, d’experts financiers et de fonctionnaires du Trésor. Reste à donner aujourd’hui un contenu positif à ce « non », sans chauvinisme suicidaire.

A) Pour cela, il faut partir des principes que nous devons défendre, ceux des droits positifs de 1789, du programme du Conseil national de la Résistance du 15 mars 1944, du Préambule du 27 octobre 1946 - repris en 1958 - de notre Constitution et de la Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen de 1948 à laquelle nous avons souscrit.

Ces principes républicains sont ceux de la souveraineté nationale, du développement mutuel, du service public, du droit au travail et à un Code du travail, à des statuts et à des conventions collectives justes, du droit à la santé, à un logement et à la recherche, et à des institutions représentatives de la volonté populaire, chacune à son niveau, de la commune jusqu’à la nation. Bref, le droit à une vie sociale permettant l’épanouissement des facultés créatrices de tous les individus humains, fondement même, sous forme de découvertes scientifiques et d’applications technologiques, du développement économique et du service des générations futures dans un ordre républicain.

B) Or, au regard de ces principes, la situation qui s’installe aujourd’hui partout dans le monde est terrifiante. Au nom d’un libéralisme économique et d’une idéologie de la « concurrence libre et non faussée » qui masque - mal - la loi du plus fort, ces principes sont bafoués, en Europe et dans le monde. Une oligarchie financière a pris les commandes de l’économie, avec sa rente et ses spéculations, détruisant les droits à vivre et à produire. Dans un monde et dans une Europe-relais livrée à sa loi, dans laquelle elle contrôle la monnaie, les taux d’intérêt et les taux de change, il ne reste que la « variable d’ajustement » des salaires, conduisant à un écrasement du travail humain. C’est ainsi que l’emploi a fui d’abord de l’Europe industrielle vers la Grèce, l’Espagne, le Portugal et l’Irlande, puis de ces pays vers l’Europe de l’Est et la Chine. A l’intérieur de nos propres frontières, la liberté de circulation des travailleurs a conduit jusqu’à l’ouverture de véritables camps de travail en Italie, dans les Pouilles, et chez nous à une concurrence toujours par le bas.

C) A l’échelle mondiale, il s’est ainsi créé un univers contrôlé par les banques, les compagnies d’assurance et les fonds spéculatifs qu’elles parrainent contre les Etats-nations. Ceux-ci investissent de plus en plus avec un effet de levier considérable (de 10 à 50 fois leur mise, ou parfois sans aucune mise, en empruntant à tout va). Ils risquent ainsi plus de 1000 milliards de dollars chaque jour, ce qui représente par an environ dix fois le produit intérieur brut de tous les pays du monde ! Ces spéculations de casino ont conduit tout le système financier et monétaire occidental au bord du gouffre, et leur logique de court terme a fait que tous les investissements à long terme et les investissement sociaux soient sacrifiés.

D) Il faut comprendre cette situation si l’on veut sérieusement défendre nos principes en constituant un rassemblement de forces qui se donne les moyens de remporter la victoire. En nous demandant d’abord comment a pu se faire cette mainmise destructrice, qui donne bien plus de pouvoir aux grandes familles de l’oligarchie financière, à leurs fondations (American Enterprise Institute, Hudson Institute, Olin Foundation, Lynde and Harry Bradley Foundation…) et aux patrons de leurs multinationales, qu’aux chefs d’Etat de pays rendus dépendants. Ceux-ci, à leur tour, transmettent au sein de leurs propres pays et jusqu’à nos communes - en y détruisant le tissu social et politique - l’ordre injuste du descenseur économique et social qui prévaut au-dessus d’eux.

La réponse à notre question, en France, est simple. Nous avons successivement procédé à une série d’abandons :

  • soumission à la mondialisation financière, à l’austérité sociale et à une Europe de banques centrales à partir de 1983-1984 ;
  • libre-circulation des capitaux en Europe, imposée par François Mitterrand à Pierre Beregovoy, et dans le monde ;
  • politique ultra-libérale sous les gouvernements Chirac (1986-1988) et Balladur (1993-1995) ;
  • capitulation face au sida financier que Jacques Chirac avait pourtant dénoncé à la conférence du G-7 à Halifax, en 1995.

Nous payons aujourd’hui les conséquences de ces abandons. Cependant, le moment d’un sursaut est venu, en considérant comme autant d’occasions de réagir la désintégration du système financier et monétaire international qui se profile et la fuite en avant vers la guerre pratiquée par les tenants de ce système d’abord en Irak et sans doute bientôt en Iran, où l’administration Bush envisage de briser le tabou nucléaire en ayant recours à des bombes miniaturisées.

II. Le sursaut de la France en Europe et dans le monde

Il y a urgence pour transformer le basculement vers le pire en reconquête d’un ordre juste. Nous devons non seulement changer d’institutions, mais de manière de penser.

A) Une situation tragique

Nous devons d’abord clairement mesurer et dénoncer les conséquences économiques et sociales de cette politique d’abandon du pouvoir aux puissances financières en France et dans toute l’Europe.

1°/ Dans l’Europe actuelle, l’euro a été dès le départ créé pour servir les forces de cette oligarchie financière qui n’est pas attachée à la production réelle de biens, mais au pouvoir d’acheter et de vendre des services et de réaliser des profits à court terme sur les marchés.

L’euro n’est pas une monnaie créée dans l’intérêt des peuples européens, mais une devise conçue par des banquiers centraux pour servir la valeur à l’actionnaire, le gain à court terme contre le financement d’infrastructures à long terme. A travers la Banque centrale européenne (BCE) et les diverses banques centrales des pays européens, il est sans contrôle des citoyens, entre les mains d’anciens banquiers ou de fonctionnaires du Trésor qui répercutent les tendances des marchés, elles-mêmes sous influence de plus en plus grande des réseaux de capital financier.

J’ai personnellement proposé, il y a quelques années, que soit adopté un euro à référence-or adossé à une politique de grands travaux eurasiatiques, élargissant le concept de grands travaux européens avancé en son temps par Jacques Delors. Ni les grands travaux eurasiatiques, ni les grands travaux européens n’ont cependant été entrepris, car l’euro, de par sa substance même et la volonté de ceux qui le contrôlent, s’est avéré un instrument totalement opposé à cette perspective à long terme. L’euro a ainsi scellé son propre sort.

Les faits sont incontestables. Selon la Commission, seuls cinq projets ferroviaires trans-européens, sur les trente qui avaient été sélectionnés, pourront être co-financés à hauteur des ambitions européennes initiales. Les autres « chantiers » ne seront certainement pas achevés avant une date autour de 2020, et sans doute jamais si l’on continue comme on va. La réalisation de la liaison Lyon-Turin et la construction du tunnel austro-italien du Brenner sont menacées. Même le canal Seine-Escaut, essentiel pour le lien Europe du Sud-Europe de l’Est et du Nord, pourtant longtemps donné gagnant, se trouve aujourd’hui contesté. Les programmes éducatifs, dont l’Europe « officielle » se rengorge et qui sont pourtant notoirement insuffisants, se trouvent également frappés par des « mesures d’économie » : des 170 000 étudiants bénéficiant d’Erasmus en 2006, on passerait en moyenne à 140 000 en 2007-2013, et les programmes Leonardo ne concerneront que 36 000 étudiants dans sept ans, contre 50 000 aujourd’hui. Les programmes d’aide à l’innovation pour les PME sont également visés.

Bref, le financier et le monétaire ont tué le physique et l’humain dans une Europe vouée au pillage de sa production physique.

2°/ En France, le même phénomène prédateur se produit, transmis par la logique mondiale et européenne.

C’est ainsi que s’expliquent :

  • La destruction des services publics. Depuis 1993, 1100 entreprises qui étaient publiques ne le sont plus, en comptant les filiales. GDF va être contrôlé par Suez, EDF va se trouver dans un environnement tel qu’il devra « solliciter » un partenaire privé (Total ?), le réseau ferré et la Poste ont été ouverts à la concurrence. Environ 6000 bureaux de poste sur les 13 000 existants sont menacés de fermeture ou de transformation en points-poste privés. Dans les centres importants, une fonction de « Banque postale » se substitue à celle de centre de services postaux.
  • L’hôpital public, avec la tarification à l’acte, l’obligation de voir 100 % des lits occupés, la loi Douste-Blazy qui instaure une franchise de 18 euros sur les actes d’un coût supérieur à 91 euros, remet en cause la prise en charge à 100 % pour 7,5 millions de grands malades. Les malades âgés n’ont plus de place dans les hôpitaux asphyxiés. Certains services disparaissent des sites hospitaliers, notamment en chirurgie, en maternité et aux urgences, déjà en proie à un engorgement sans précédent. Cela, auquel s’ajoute l’euro de forfait à payer par le malade pour chaque consultation, est fait au nom de la lutte contre le prétendu déficit de la sécurité sociale, alors que tous les gouvernements ont accordé plus de 150 milliards d’exonérations de cotisations aux patrons depuis 1991, au nom des « contraintes de la concurrence libre et non faussée ».
  • Pour l’école, la loi d’août 2003 expérimente les « réseaux », dont le but est la fermeture de 26 000 écoles de moins de quatre classes sur les 57 000 que compte le pays. Depuis la directive européenne transposée par le gouvernement Jospin en février 2001, le retour au travail des enfants est autorisé, ce qui permet de sortir les jeunes du système scolaire !
  • L’abaissement du niveau des emplois. Plus de 80 % des emplois de jeunes sont des CDD, des intérims ou des « petits boulots ». Le contrat nouvelles embauches (CNE) permet aux patrons de se séparer d’un salarié sans aucun motif, sous prétexte de favoriser la « flexibilité du travail », et l’on a commencé à priver de leurs indemnités un nombre de plus en plus grand de chômeurs.
  • La dégradation de la qualité du travail. Le travail de nuit, interdit depuis 1882, a été rétabli en application de la directive européenne n° 76-207, alors que le nombre de crèches et de places en maternelle diminue.
  • La perte par la France des instruments de sa stratégie financière et industrielle. L’on voit ainsi Mittal Steel prendre le contrôle d’Arcelor, Lucent celui d’Alcatel et la bourse de New York, le New York Stock Exchange, s’apprêter à contrôler l’association des bourses européennes Euronext, au sein de laquelle se trouve la bourse de Paris. Les moyens de la Caisse des dépôts et consignations, notre dernier instrument d’intervention publique, se trouvent systématiquement rognés.
  • La destruction de l’agriculture. Si le système européen actuellement prévu fonctionnait en tant que tel, seuls 150 000 exploitations agricoles pourraient survivre en France, avec une surface de 500 à 1000 hectares par unité de production. Un exemple récent de cette « désertification contrôlée » est la « réforme drastique du vin » proposée par Bruxelles : arrachage de 400 000 hectares de vigne en cinq ans en Europe, dont 200 000 en France après les 120 000 déjà arrachés. Demandez-vous pourquoi le pouvoir d’achat des salaires a baissé de 4 à 8 % depuis 1978 et pourquoi l’endettement de la France est passé, depuis 1980, de 20 % à plus de 65 % de notre production intérieure brute (18 000 euros par Français) sans création de richesse physique mais avec une explosion du chômage !

3°/ Les fondements de la défense du service public, de l’emploi, de la qualité du travail et de l’outil économique - les syndicats d’ouvriers et d’employés et les communes - sont eux-mêmes sapés. Privatiser les services publics, c’est détruire l’égalité des droits des citoyens, il est donc « logique » que les deux piliers qui défendent ces droits soient remis en cause.

Ainsi, en utilisant vicieusement les thèmes de la rationalisation, de la modernisation et de la lutte contre le déclin de la France, l’Europe de Bruxelles et la France de M. Sarkozy s’efforcent de détruire à la base les lieux de résistance au démantèlement financier.

Déjà, une circulaire du ministre de l’Intérieur (n’est-ce pas, M. Sarkozy ?), en date du 15 septembre, veut contraindre les petites communautés de communes à fusionner, les communautés d’agglomération à se regrouper et les 5000 communes qui ont conservé leur libre-administration à se regrouper elles aussi en communautés de communes. L’on veut ainsi éradiquer une résistance à la base, au niveau des services publics de proximité, en faisant miroiter aux plus riches les avantages d’un regroupement au détriment des plus faibles. C’est exactement la logique, appliquée aux communes, d’une « concurrence libre et non faussée » qui a pour conséquence la monopolisation - le renard l’emportant toujours sur les poules lorsque la concurrence règne dans le poulailler…

L’Union européenne d’ailleurs prépare un texte allant bien plus loin que notre ministre de l’Intérieur : il s’agirait de former des ensembles de 500 000 personnes au sein desquels les principes de service public de proximité et de subsidiarité perdraient tout sens.

C’est donc un basculement de société que nous subissons, détruisant les ressources économiques et humaines pour le plus grand nombre et les générations à naître. C’est l’ordre destructeur d’une société de services « post-industrielle » qui engendre une « économie de bazar », par nature même dépourvue de service public.

Il faut bien voir que cet « ordre » se définit au niveau mondial - c’est la « globalisation financière » au profit d’un nombre de plus en plus restreint d’accapareurs - pour être transmis de relais en relais au niveau européen, national, régional et communal. Notre politique pour le combattre doit donc se situer à chacun de ces niveaux, les deux premiers — international et européen — définissant quelle doit être une politique étrangère qui soit cohérente avec nos principes républicains.

B) La voie d’un sursaut : économie physique et Etat républicain

Notre politique étrangère et celle de l’Europe doit consister à faire aujourd’hui le contraire de ce qui a été fait depuis trente-cinq ans - c’est-à-dire depuis le découplage or-dollar du 15 août 1971, décidé par Richard Nixon et George Shultz, et l’entrée de la Grande-Bretagne dans le Marché commun, en 1974.

Il s’agit de créer les conditions d’un redécollage économique. Notre première mission, face à la réalité que je viens de décrire, est de relever le défi de l’effondrement du système financier, monétaire, social et culturel international existant, et d’opposer - ici et maintenant - un contre-projet, un contre-modèle à la destruction de la mondialisation financière. Le reste revient à fuir devant nos responsabilités. Car sans faire sauter le verrou financier au niveau européen et international, la logique d’austérité et de démantèlement continuera à prévaloir dans les Etats, les régions, les départements et les communes.

L’Europe se fera en marchant, en entreprenant, en osant. Historiquement, c’est par des avancées économiques dans des domaines ayant changé la vie de ses habitants que le meilleur de l’Europe s’est exprimé : Communauté européenne du charbon et de l’acier, Airbus, Ariane, Politique agricole commune, stratégie industrielle des origines. Aujourd’hui, le défi est à la mesure d’un développement intercontinental européen et eurasiatique et en même temps eurafricain, créant un vaste domaine de développement mutuel, de transfert de technologies, d’hommes et d’idées, et intégrant l’Asie centrale et l’Asie du Sud-Ouest. C’est ce que j’appelle le Pont terrestre eurasiatique, espace de développement mutuel et d’application d’un vecteur scientifique et technologique à grande échelle.

Utopie ? Non, moteur nécessaire à un changement.

Cela suppose un certain nombre de choix politiques :

1°/ Que l’Europe ne se fasse plus par l’argent, autour d’un projet monétariste, mais par référence à de grands projets mobilisant les hommes et redonnant priorité au travail, à la production et aux infrastructures.

L’occasion est doublement à saisir :

  • Tout d’abord, diverses initiatives apparaissent aujourd’hui en Eurasie, dont nous pourrions devenir l’un des pilotes si nous avions une politique étrangère digne de ce nom. Ces initiatives impliquent principalement la Russie, l’Inde et la Chine, mais également les principaux pays d’Asie centrale et les deux Corées : là s’ébauche, se développe et s’étend une « perspective eurasiatique », de l’Atlantique à la mer de Chine.

    La France et l’Allemagne se voient offrir l’occasion d’en tracer le lien stratégique avec l’Europe occidentale, par des « corridors de communication et de développement » Ouest-Est créant une communauté de dessein en même temps qu’un moyen de désenclavement.

    De nombreuses réunions sur les transports eurasiatiques se sont déjà tenues en Russie, au Kazakhstan et en Chine. L’Organisation de coopération de Shanghai réunit d’ores et déjà la Russie, la Chine et quatre pays d’Asie centrale, auxquels s’ajoutent l’Inde, le Pakistan, l’Iran et la Mongolie avec un statut d’observateurs. Les autorités chinoises ont appelé à plusieurs reprises à la création d’une « nouvelle route de la soie entre l’Asie et l’Europe pour relancer activement les échanges entre ces deux civilisations au cours de ce nouveau siècle ». Nous n’avons donc pas d’excuses pour demeurer pusillanimes face à cette immense occasion à saisir pour renverser l’ordre des choses.
  • Ensuite, l’Allemagne qui jusqu’à présent manifestait une grande prudence dans le domaine budgétaire et monétaire, réclame aujourd’hui une politique européenne plus audacieuse sur le plan budgétaire. La Commission européenne et la banque centrale européenne s’y opposent. Nous avons donc l’occasion de prendre le parti des autorités allemandes, en les orientant vers le grand projet ci-dessous défini : un triangle productif Paris-Berlin-Vienne, cimentant une alliance pour le développement eurasiatique.

2°/ Que l’on abandonne sans compromission les critères de Maastricht et du Pacte de stabilité, combinaison de politiques monétaires et budgétaires restrictives, servant de relais à un système monétaire et financier international injuste et empêchant de le combattre. Pour cela, il faut également faire sauter le verrou des doctrines de l’impuissance publique, de l’approche comptable et des statuts de la Banque centrale européenne.

Bref, il faut qu’une logique d’économie physique remplace une logique d’impuissance. Le grand public, aujourd’hui, ne sait pas que les Etats européens - la France ou n’importe quel autre - n’ont plus le droit de faire émettre des crédits à long terme et à faible taux d’intérêt qui seraient remboursés par les paiements qu’engendreraient la réalisation des projets : les Etats européens ne peuvent plus définir la règle du jeu car il serait « inflationniste » d’émettre de l’argent ex nihilo, même engagé sur un projet de développement physique ! Au contraire, les banques peuvent, elles, émettre du crédit suivant leur volonté, dans certaines limites mais avec un effet multiplicateur par rapport à leurs dépôts : nous vivons dans un système d’argent de banque et de compagnies d’assurance, et non d’argent d’Etat ! Et au dessus de ces Etats, la Banque centrale européenne - avec ses experts issus de la banque et du Trésor, et sans aucun compte à rendre aux institutions démocratiquement élues - impose ses critères monétaristes, fondés sur le niveau des taux d’intérêt, à un moment de l’histoire où le système s’est enrayé !

Quelle hypocrisie ! Il y a aujourd’hui autant d’argent qu’on veut pour gonfler la bulle financière, jusqu’à provoquer le krach, mais pas pour entreprendre une politique de développement physique, en faveur des peuples et des patries !

3°/ Que, le verrou ayant sauté, l’on jette les bases d’une politique de grands travaux, en sauvant de l’effondrement financier les infrastructures, la production, l’emploi, la recherche, la santé publique, l’éducation et l’épargne populaire. En effet, c’est seulement si l’on crée une base pour soutenir la substance de nos économies qu’on pourra la sauver en avançant.

Aujourd’hui, nous fonctionnons en dessous de notre seuil de reproduction réel ; le défi est de repasser au-dessus.

Pour cela, il faut que l’Europe investisse annuellement l’équivalant de 1000 milliards d’euros dans des infrastructures allant de Lisbonne à Pékin, avec un programme de recherche commun démarrant sur la base de 200 milliards d’euros et un financement de l’innovation par la Banque européenne d’investissements de l’ordre de 150 milliards d’euros. Notre contribution, à nous autres Français, doit être de 200 milliards d’euros par an pour les infrastructures (ports, ponts, trains à grande vitesse, canaux, énergie) et de 20 milliards d’euros pour la recherche. C’est beaucoup ? Oui. Mais il y a aujourd’hui des sommes bien plus importantes gaspillées sur les marchés financiers, dans des opérations qui engendrent de l’argent sans créer de richesse.

200 milliards d’euros pour les infrastructures et 20 milliards pour la recherche : l’emprunt et l’impôt ne peuvent y faire face. Il faut donc autre chose ; l’émission de crédit public productif, à terme de quinze à cinquante ans, et à faible taux d’intérêt, par une banque nationale, une véritable « Banque de la France », associée à une véritable Bundesbank de l’Etat allemand. Seule la mise en place de banques nationales, associées à des monnaies nationales, permettra en effet à l’Europe de sortir de la prison monétaire où elle s’est enfermée. C’est ce qui est nécessaire pour rebâtir l’Europe en retrouvant la volonté politique qui nous manque depuis plus de trente ans. C’est ce qui est nécessaire pour mettre en place une politique de bien commun, exemplaire vis-à-vis du monde, que ni la droite ni la gauche n’ont été capables d’entreprendre en raison de leur soumission aux pouvoirs financiers du moment. C’est ce qui est nécessaire pour que l’Europe soit une référence de paix dans le monde, car il ne peut y avoir de paix sans développement partagé.

Au moment même où les faucons américains, groupés autour du vice-président Cheney, menacent de bombarder l’Iran, cette politique européenne est le meilleur soutien que nous puissions fournir à ceux qui, aux Etats-Unis, s’efforcent de les écarter du pouvoir et de faire prévaloir, avec Lyndon LaRouche, le retour à une politique américaine libérée de ce qu’Eisenhower appelait en 1961 le « complexe militaro-industriel ».

III. Nouveau Bretton Woods et franc polytechnique

Ce sursaut est un impératif catégorique.

Cependant, trois conditions - internationale, européenne et française - doivent être remplies pour qu’un succès devienne possible.

A) Un nouveau Bretton Woods

La France et l’Europe ne peuvent à elles seules mettre en place la politique ci-dessus de grands travaux, de recherche et d’innovation. En effet, elles seraient, si elles n’étendaient pas le champ de leur action, victimes d’un chantage des puissances financières. Car avec le système de Banque centrale européenne et le fait que nous ayons toléré la mainmise des plus de 45 % de non-résidents (fonds d’investissement, de pension et de spéculation essentiellement anglo-américains) sur les sociétés du CAC-40, nous ne sommes plus en mesure de faire respecter notre indépendance au sein du système existant.

C’est la raison pour en sortir, en montrant que c’est de l’intérêt des pays et des peuples du monde. La France et l’Europe doivent donc, à cet effet, poser sur la table la perspective d’un nouveau Bretton Woods, un nouvel ordre économique et monétaire international faisant à nouveau prévaloir la priorité des infrastructures, de la production et des besoins humains.

Le système actuel est un système de monnaie privée de la Réserve fédérale américaine (FED) et de l’oligarchie financière internationale. En effet, depuis qu’en 1971, le président Nixon a supprimé l’obligation de convertir le dollar en or et, en même temps, la responsabilité de l’Etat vis-à-vis du cours du dollar, la devise américaine n’est plus couverte ni par l’or ni par la garantie de l’Etat, mais est devenue la monnaie privée de la FED, contrôlée par un conglomérat mondial d’intérêts financiers, de banques et de compagnies d’assurance. C’est dans ce contexte que la masse des biens et services mondiaux n’a que quadruplé pendant ces trente dernières années, alors que la masse monétaire a été multipliée par quarante - dix fois plus !

Un nouveau Bretton Woods consiste à rétablir la loi des Etats-nations sur les monnaies.

Une dévaluation du dollar n’arrangerait rien pour personne et ruinerait tout le monde. En effet, les banques centrales des autres pays ont accepté des dollars comme réserves monétaires dans des proportions croissantes (plus de 90 % dans le cas de la Banque centrale européenne). Les non-Américains détiennent aujourd’hui 80 % des dollars émis et, en conséquence, une dévaluation du dollar ferait subir les trois quarts des dommages aux opérateurs hors des Etats-Unis.

La seule solution « physique », cohérente avec une politique d’investissements dans de grands travaux à long terme, est donc de revenir à un ordre de monnaies publiques, attachées à la production réelle de biens et à l’équipement à moyen et long terme des économies.

C’est le nouveau Bretton Woods auquel devrait adhérer l’Europe, en accord avec l’intérêt de l’Etat-nation Etats-Unis et du peuple américain. Car eux aussi seraient les victimes d’une dévaluation au sein du système existant, dont seule bénéficierait une oligarchie financière ayant pris auparavant le contrôle des actifs physiques mondiaux avec des dollars « pourris » — ce qui se passe dans la phase actuelle.

Mettre en oeuvre un système de monnaies et de banques nationales consiste en fait à revenir à une logique de plan Marshall, ce que Roosevelt appelait le « Global New Deal », ce qui fut entamé en France et en Allemagne avec le Fonds national de modernisation et d’équipement de Jean Monnet et le Kreditanstalt für Wiederaufbau, et ce à quoi réfléchirent tant Mendès-France ou Louis Armand pour donner ensuite une perspective au Bretton Woods de l’après-guerre. La démarche impose de passer du levier frauduleux du financier à court terme au levier vertueux du physique à long et moyen terme.

C’est ce système de « levier vertueux » qui fera prévaloir à nouveau la priorité des infrastructures et du travail productif.

Le nouveau Bretton Woods s’établirait sur les principes suivants :

  • stabilité des taux de change entre monnaies se substituant aux taux de change flottants ;
  • mesures de contrôle des changes et des mouvements de capitaux en tant que de besoin ;
  • pénalisation de l’usure et des instruments financiers spéculatifs ;
  • mise en règlement judiciaire du système existant ;
  • annulation des dettes illégitimes (spéculations sur produits financiers dérivés) et moratoire sur les dettes légitimes, à l’exception de celles dont le remboursement suivant les échéanciers établis est nécessaire au fonctionnement des économies physiques ;
  • création des conditions pour que les Etats-Unis retrouvent un système d’investissements productifs et de production nationale pour pouvoir rembourser leurs dettes ;
  • émission, grâce au soulagement procuré par l’annulation de certaines dettes et au moratoire sur d’autres, de crédits à long terme et faible taux d’intérêt pour de grands travaux jetant les bases de l’avenir.

Pont terrestre eurasiatique et nouveau Bretton Woods devraient ainsi être les deux fondements de notre politique étrangère et de celle dont nous devons convaincre nos partenaires européens, pour sortir de l’ornière dans laquelle nos gouvernements nous ont mis depuis plus de trente ans.

B) Une Europe des patries et des projets

L’Europe, en vue de ce dessein, doit changer d’institutions et de manière de penser.

A la Banque centrale européenne doit se substituer un système de banques nationales, ayant pour mission de servir l’intérêt général à long terme, par et pour les peuples. Ces banques nationales, sous contrôle citoyen, seront basées sur des monnaies nationales, car si un Etat perd, comme c’est le cas vis-à-vis de l’euro, sa souveraineté vis-à-vis de la monnaie, il perd toute sa souveraineté, non en faveur d’une banque indépendante, mais de la bureaucratie bancaire et financière de Bruxelles.

Il faudra donc émettre un franc français et un mark allemand pour échapper à l’effet prédateur de l’euro, tous deux associés à ma politique de grands travaux européens. J’appelle ce franc français un « franc polytechnique », pour montrer qu’il ne s’agit pas d’un retour au passé mais d’un tremplin vers l’avenir.

Les monnaies des Etats membres pourront avoir un instrument commun de référence, un nouvel euro découplé des intérêts financiers et rattaché comme instrument commun pour de grands projets européens - et non comme substitut à des monnaies nationales.

Il est nécessaire, dans cette perspective, que les hommes politiques européens se mettent réellement à croire à l’Europe comme projet, non comme discours. Leur « coopération avancée » ne doit plus être livrée à des instances supranationales dans lesquelles les décisions sont prises sans aucune participation politique des citoyens. Il faut au contraire reconstruire les bases d’un débat dans les arènes nationales de formation des opinions et des volontés, en parlant de concret, de réel : des grands travaux en France même, entre la France et l’Italie, entre l’Europe et la Russie, entre l’Europe et l’Eurasie, entre l’Europe et l’espace méditerranéen, en discutant systématiquement des moyens de financement et en donnant à voir leurs étapes.

A ces grands travaux européens, eurasiatiques et eurafricains, catalyseur et creuset d’un développement mutuel, doit correspondre une grande ambition culturelle intra-européenne.

Aujourd’hui, on parle beaucoup de pondération des voix dans les instances européennes, du nombre des commissaires ou de tel ou tel règlement de sécurité ou de chasse, on se pavane et on expertise, alors que ce qui devrait être la base de l’Europe - les échanges entre jeunes étudiants, l’acquisition commune d’une culture - se trouve absolument négligé.

La réalité est que derrière ces synthèses plus ou moins opportunes, il n’y a pas de réflexion en profondeur sur les fondements de la culture européenne, donc pas de volonté politique. Et comment pourrait-ce être le cas, si la politique économique que pratique aujourd’hui l’Europe va à l’encontre des valeurs européennes ?

Tout se tient. C’est pourquoi la « coopération avancée » entre Etats européens, pour que l’Europe retrouve une politique économique digne d’elle-même, pourra seule être la locomotive d’une grande politique culturelle fondée sur le « patriotisme constitutionnel » et le respect de la dignité de la création humaine aujourd’hui à l’abandon. Sans locomotive économique, pas de train des valeurs.

Un signal fort doit être donné tout de suite : faire en sorte que tout jeune Européen puisse passer au moins six mois d’études supérieures dans un autre pays membre de l’Union. Cela suppose de financer au moins un million de programmes Erasmus et 200 000 programmes Leonardo, coordonnés avec des mesures d’aides à l’innovation en faveur de PME prenant l’engagement de recruter des diplômés ayant bénéficié de ces programmes.

C’est dans ce contexte d’entente et de développement mutuel que se pose de manière réelle - et non doctrinaire - la question de la souveraineté : souveraineté des Etats-nations, souveraineté de la création des individus.

Je suis un défenseur absolu des deux, car elles constituent la médiation entre l’individu humain et l’universel. Ce qui leur donne un sens est le cheminement vers l’universel, vers un vouloir-vivre en commun s’étendant au prochain de plus en plus lointain.

Il faut partir des projets, de ce que l’on fait ensemble : grands travaux en commun, études en commun, lectures en commun, lien social établi autour d’idées discutées, partagées, et d’actes accomplis pour le bien commun. C’est ainsi que se sont formés les Etats-nations, et ce n’est pas autrement que pourra se constituer l’Europe.

Au fur et à mesure de la mise en œuvre des projets, des délégations de souveraineté seront nécessaires. C’est à travers leur réalisation « physique », en s’inscrivant dans le réel, que la nécessité d’une souveraineté correspondant à leur dimension pourra trouver accès dans l’esprit et le cœur des citoyens. Comme la souveraineté des individus s’associe dans les projets des Etats-nations souverains, dans le « bien commun » à un degré socialement plus élevé, les projets des Etats-nations s’associeront au sein de l’Europe locomotive, de l’Europe actrice, au fur et à mesure de l’action. Alors apparaîtra mieux la nécessité des harmonisations sociale et fiscale, inscrites dans un vouloir-vivre en commun long, et non, comme aujourd’hui, relevant de calculs comptables courts.

Alors, mais alors seulement, l’on pourra envisager une souveraineté nationale qui, en enrichissant et non en appauvrissant l’individu et l’Etat, circulera vers les institutions européennes - sans que régions et Europe puissent, comme aujourd’hui, être invoquées contre l’Etat-nation. Les Nations unies des peuples européens, avec un système de mandat représentatif respectant les institutions républicaines existantes, seront le produit éventuel de ce travail, non de remaniements institutionnels venus de bureaux d’experts plus ou moins auto-proclamés.

C) Sens du franc polytechnique

Le franc polytechnique, soutenu par une banque nationale audacieuse, est un levier pour faire de la France et de l’Europe un laboratoire du futur.

Il représente, de par son intention offensive dans l’ordre national et international, et de par son financement de grands projets redonnant les moyens financiers d’une action juste, le meilleur instrument pour défendre « par le haut » nos conquêtes sociales et politiques :

  • Un rétablissement de nos services publics, sans confondre avec les « services d’intérêt général » (SIEG) établis à Bruxelles. « En faveur » de ceux-ci, la Commission européenne a adopté, en juillet 2005, un train de mesures qui permettent en réalité aux sociétés privées de recevoir un financement public pour couvrir l’ensemble des coûts supportés, y compris un « profit raisonnable », pour la réalisation des missions de service public telles qu’elles ont été définies par les pouvoirs publics qui les leur ont confiées. Je dis »non ». L’on ne peut, par exemple, pas admettre le principe suivant lequel des communes devraient financer des écoles privées sous prétexte que la suppression ou l’aménagement de la carte scolaire - pour promouvoir une « libre concurrence entre établissements » — ne leur laisse rien d’autre.
  • Le retour à un monopole public de la Poste, la constitution d’un pôle financier public de l’énergie GDF-EDF, le retour à une définition de l’hôpital public comme centre de soins, de chirurgie, d’urgences et de formation, et non comme un établissement rentable à court terme.
  • Le retour progressif à la Sécurité sociale, pour combler son « trou », des sommes que l’Etat lui doit au titre des exonérations de cotisations patronales dont il s’est défaussé sur elle.
  • Le rétablissement des services de proximité et des mesures de protection sociale dont l’Union européenne a exigé la remise en cause.
  • La nationalisation progressive des sociétés assurant le service de l’eau, afin de rétablir partout un système de régies municipales permettant d’abaisser les coûts pour le consommateur.
  • Des mesures d’urgence pour arrêter la fermeture d’usines et les licenciements, dans le cadre de la nouvelle politique d’investissement productif, pénaliser les délocalisations avant de les rendre sans objet dans mon système, sauver les exploitations agricoles et viticoles par une nouvelle politique agricole refondée sur un juste prix.
  • Le respect du Code du travail et, à cet effet, la multiplication par deux du nombre d’inspecteurs du travail.

La mise en application de ces mesures ne sera possible qu’en s’appuyant sur la politique étrangère et européenne que je définis.

IV. Conclusion

Face à cette politique, si certains concéderont que nous avons de bons arguments, la majorité nous dira que c’est utopique, que l’on ne peut remonter le courant de l’histoire.

Je réponds que par le passé, d’autres formules d’une Europe néfaste pour elle-même et pour autrui ont été temporairement imposées par une oligarchie financière, mais que l’on a heureusement pu repartir dans une autre direction après l’épreuve.

Rappelons-nous que nous y sommes parvenus grâce à l’intervention de l’Amérique de Roosevelt, aux combats de l’Armée soviétique et à l’épopée de notre Résistance. Aujourd’hui la Russie, avec la Chine et l’Inde, doit être intégrée de façon positive dans cet espace eurasiatique. La mention que fait Poutine de l’Amérique de Roosevelt comme modèle pour la Russie de demain est, en ce sens, prometteuse. Quant aux Etats-Unis, c’est là que se trouve l’enjeu déterminant. Alors que l’administration Bush nous mène au pire, c’est-à-dire à la guerre et à une domination financière, un retour à l’esprit de l’Amérique de Roosevelt est plus que jamais nécessaire. Nos amis sont engagés, là-bas, dans ce combat et il est de notre intérêt bien compris de Français et d’Européens de les soutenir dans cette épreuve décisive pour le monde. Car alors, une Amérique aux principes retrouvés, respectant les autres Etats-nations au sein d’une entente et d’une coopération entre Républiques souveraines, sera un élément essentiel du Pont terrestre eurasiatique. Notre politique étrangère et européenne ne doit donc pas être anti-américaine, ce qui serait confondre le peuple américain et l’oligarchie anglo-américaine qui a aujourd’hui kidnappé le pouvoir à Washington, mais encourager la destitution des Bush et Cheney et l ’élimination de tous les intérêts financiers qui les parrainent. En bref, soutenir là-bas l’esprit de Résistance. Est-ce encore plus utopique ? Non, car il ne s’agit pas d’une utopie mais d’un combat décisif. Après tout, ne portons-nous pas en nous-mêmes une part d’Amérique, celle qui a soutenu ses pères fondateurs et inspiré, au départ, West Point (sur le modèle de Polytechnique) et MIT, sur celui du Conservatoire national des arts et métiers.

L’Europe n’est pas une chose en soi, elle dépend de ce que l’on y met, et par rapport à quoi on est fidèle en l’y mettant. La France est « une certaine idée » qui peut lui redonner sens, au nom de l’intérêt général des peuples, sans arrogance mais avec une âpre fermeté.




















Economie
L’enjeu d’un franc polytechnique



















Mondialisation - Taxe Tobin
Pour un nouveau Bretton Woods

 
Suivre la vie du site RSS 2.0
  |  contacter le webmestre  |  
SPIP  |   Hébergement professionnel Celeonet