VI - La recherche, notre horizon



















VIII - Formation professionelle

 


























 


























 

























L’EDUCATION,
NOUVELLE FRONTIERE DE MON MOUVEMENT POLITIQUE

 
 

Mon mouvement politique est fondé sur un double engagement  : faire face dans l’immédiat aux effets désastreux de la dislocation financière et monétaire internationale, en se battant pour un nouvel ordre économique au service des pouvoirs créateurs de l’homme, et développer ces pouvoirs dans le combat, en faisant revivre par les jeunes combattants les grands moments de découverte de l’histoire universelle.

Ceux-ci, remettant leurs pas dans ceux de leurs prédécesseurs qui créèrent, découvrent, dans la démarche même de leur création, le plus grand des bonheurs, celui de connaître et de faire partager à autrui sa connaissance - de prendre « le risque d’autrui » à la frontière de soi-même. Il ne s’agit donc pas d’apprendre des formules, de répéter après lui ce que dit l’enseignant ou de se faire plaisir en travaillant ou en expérimentant ensemble pour le plaisir d’expérimenter, mais, dans des groupes de 15 à 25 personnes, de redécouvrir dans le dialogue socratique des principes physiques universels, de revivre la démarche de ceux qui, hier, sont parvenus à faire cette découverte en ayant toujours présent à l’esprit ce que cette approche partagée de la connaissance nous donne comme responsabilité pour demain.

Ainsi se constituent des responsables, des « leaders » si l’on veut, qui ne se prennent pas pour une espèce supérieure, les membres initiés d’une secte, mais pour des êtres humains se juchant sur les épaules de géants du passé, avec un sentiment de vertige, et s’efforçant à tout moment de faire partager ce qu’ils voient, à en communiquer le bonheur.

Dans notre pays, tout particulièrement, qui est si affecté par une idéologie cartésienne réduisant l’être humain à un automate fonctionnel plus ou moins bien dressé, la question qui alors se pose est d’aller au-delà de l’apprentissage des choses, jusqu’aux causes qui les engendrent. Or ces causes ne sont pas inscrites dans un univers figé et objectif, mais dans le mouvement de la pensée qui explore et découvre. Cette pensée est elle-même associée, accompagnée, par les émotions les plus intenses qu’un être humain puisse éprouver.

C’est à ce point, que ne touche généralement pas l’enseignement français, surtout depuis les « réformes » de 1963 inspirées par l’OCDE, que se situe la source même de l’éducation : la formation des facultés sensibles qui constituent l’aspect émotionnel de la connaissance, l’éducation des émotions. Car si l’intelligible reste comme une chose en soi, sans être constamment nourri par le sensible, il se fige et devient dogme, puis instrument de pouvoir.

Le défi le plus grand que doit relever notre mouvement, tout comme l’enseignant français, est donc l’éducation des émotions les plus profondes que puisse éprouver un être humain, celles qui sont associées aux grandes découvertes. Cela implique un contexte social dans lequel pour ainsi dire s’immerger, dans lequel nul n’est supérieur à l’autre - et surtout pas l’enseignant par rapport à l’enseigné - si ce n’est par sa contribution au tout, son « mérite » de se mettre au service d’autrui. Cela s’appelle, en termes simples, la compassion, la passion pour l’autre - l’autre de la connaissance à venir et l’autre physiquement (ces « frères humains qui après nous vivrez » de Villon)
- sans laquelle l’éducation perd tout sens.

 
 

Le défi est de rendre l’intime public. Car en se situant à ce niveau de découverte, dans l’émotion qui la porte, l’on révèle nécessairement le plus intime de son être, de son âme - laissant chacun lire ce qu’on pense.

L’éducation est, fondamentalement, de prendre ce risque : de faire des choses que l’on ne pensait pas faire au départ, de découvrir qu’on ne sait pas mais que la liberté est donnée à tous de savoir, par l’acte même qui inspire la découverte. L’éducation, en ce sens, est de se mettre à nu, de redécouvrir l’innocence originelle à la frontière des connaissances les plus avancées de l’esprit humain.

C’est là son paradoxe, et en quoi elle est toujours révolutionnaire.

Le préambule de la Constitution américaine de 1776 exprime que les droits inaliénables de l’homme sont «  la vie, la liberté et la recherche du bonheur ». Cette affirmation, inspirée par le philosophe allemand Leibniz, repris par Franklin, va à l’encontre de ce que le philosophe anglais Locke aurait voulu voir inscrire : « la vie, la liberté et la propriété ».

  
"La recherche
du bonheur
est l’attribut
de l’esprit qui
découvre et
fait le bien"
 

La recherche du bonheur ainsi exprimée - opposée à la « propriété » — est l’attribut de l’esprit qui découvre et fait le bien. Or cette recherche passe par le plus intime de nousmême  : la conscience. Cette conscience est celle de notre mortalité individuelle face à l’immortalité de l’âme, cette part de nous-mêmes accordée à l’autre, à l’univers, que nous découvrons en nous-mêmes en découvrant les lois et les principes de cet univers et en les donnant gratuitement en partage, sans retenue : l’éducation.

Ce principe d’immortalité est donc au fondement même de l’éducation, et en tant que tel, il ne peut demeurer une simple spéculation philosophique, mais devenir guide de conduite intérieure et extérieure. Sans ce « guide », la paralysie cartésienne est fatale : on est ce qu’on sent, on est ce qu’on pense, on est ce que Dieu, l’Etat ou la famille ont bien voulu régler en nous. On devient alors un automate plus ou moins policé, un singe savant habité par Dieu, l’Etat ou la famille. Le bonheur, tel que nous le concevons ici, devient alors impossible : l’automate sans référence autre que sa mécanique, son milieu, ne peut voir ce bonheur-là que comme une menace, la menace de concevoir une identité supérieure, plus belle et plus haute.

Cette peur du bonheur est ce que l’éducation permet de surmonter, en faisant du bonheur son sujet même. A travers elle, revit ainsi en nous notre part d’immortalité, ce par quoi nous participons à l’intention de ceux qui ont découvert dans le passé et ce que nous espérons pouvoir léguer aux générations à naître.

Notre mouvement de jeunes explore constamment cette éducation, par le chant choral et en faisant revivre le moment essentiel et émotionnel de la découverte de grands principes physiques universels.

  
"Le chant
choral, dans
une grande
oeuvre à
caractère
universel, offre
à des êtres
humains un
moment où ils
peuvent être
pleinement
leur part
d’humanité"
 

Le chant choral, dans une grande oeuvre à caractère universel comme le motet « Jesu mein Freüde » de Jean- Sébastien Bach, offre à des êtres humains un moment où ils peuvent être pleinement leur part d’humanité, c’està- dire le niveau de vie sociale le plus élevé qui puisse être conçu. L’esprit humain, à travers le rapport de sa voix avec les autres voix, découvre qu’il n’est pas une chose en soi, mais un enrichissement de l’ensemble, que sa voix n’est plus la même avec les autres voix, qu’elle n’est pas seule, en ellemême. Par delà tout formalisme, l’esprit humain peut entendre un contrepoint de voix qui n’est pas un contrepoint de notes : le chant choral apparaît entre les notes, dans la plénitude de son exécution même, par delà la partition en soi.

Ce qui peut paraître parfois dissonance entre deux voix, par exemple, disparaît avec l’apparition d’une troisième, car la continuité du développement musical est exprimée par l’apparition de la « voix manquante », celle qui « manquait » dans l’exécution du chant.

Ainsi, ce type d’association humaine, dans lequel l’esprit « entend des idées », exclut par sa nature même toute tricherie avec le sentiment, parce que tricher s’y exprime sous forme de laideur insupportable. Elle incite donc à l’acte juste dans le domaine du politique ; même si le passage n’est en aucun cas mécanique entre le domaine esthétique et le domaine politique, le chant choral introduit, contre toute objectivité mathématique, une exigence de beauté partagée qui, plus que tout, inspire ce passage.

 
 

Se remettre dans les pas de Kepler lorsqu’il découvrit le principe de gravitation universelle, dans une démarche associée au chant choral, permet de découvrir un autre paradoxe, rejoignant celui de sa voix dans le choeur des voix : le principe de gravitation universelle étant universel, c’est-à-dire partout présent dans l’univers, comment puis-je le découvrir ? Les formalistes et les empiristes ne peuvent répondre à cette question. Comme Claude Allègre l’admet honnêtement dans « La défaite de Platon », il ne peut comprendre pourquoi ce fut Kepler et non Galilée — malgré ses grands dons d’observation et son expertise de polisseur de lunettes - qui découvrit le principe de gravitation physique universelle... Notre mouvement de jeunes larouchistes s’est donné, lui, des moyens, dans son travail politique et intellectuel d’éducation du sentiment, de pouvoir comprendre. Car c’est dans l’infinitésimal - l’intervention d’une voix ou le mouvement non uniforme d’une planète perçu par l’homme - que s’exprime, que se révèle, par la mutation qui apparaît, la nature même de la composition harmonieuse, le principe physique universel sous-jacent.

 
 

Ici se trouve, dans toute sa splendeur, l’aspect subjectif - émotionnel — de la connaissance. C’est ce que nous nous battons pour réinsérer dans les écoles, les collèges, les lycées et les universités, c’est ce qui appartient en puissance à tout être humain et en fait l’égal de tout autre. Par delà même les divers éléments de mon projet, c’est cette exigence fondamentale qui le sous-tend.

Notre mouvement de jeunes le représente au plus haut degré, potentiellement et par l’exemple de ses efforts, non pas modèle définitif qui serait par nature mort, mais oeuvre soi-développante. Bien plus que ce que j’écris ici, il est la forme vivante, pensante et en constant progrès de mon projet pour l’éducation.

Lyndon LaRouche et moi-même y voyons l’inspiration pour l’éducation du futur et nous efforçons, avec tous nos moyens, de le donner en héritage aux générations à naître - il est, au sens où nous l’avons dit, notre part d’immortalité.

Il est cependant aussi, ici et maintenant, non seulement force politique d’influence, mais surtout inspiration pour l’enseignant, plus par sa démarche même que par ses réalisations concrètes. Notre chorale répétant en public, reprenant des airs classiques pour y insérer des paroles politiques faisant rire des réputations usurpées, est le meilleur exemple de ce processus - de cet « en cours de découverte » mis à la portée de tous.

L’éducation devrait toujours être cela : le risque pris par l’enseignant, en revivant des principes connaissables par tous et aux yeux de tous, d’être dépassé par les enseignés. Et, plus que tout, aimer ce risque.

   
C’est pour moi la définition du
politique : être dépassé par ceux
qu’on inspire, pour que demain
puisse être meilleur qu’aujourd’hui,
ce qui est une question absolument
subjective et révolutionnaire.
 

C’est aussi pour moi la définition du politique : être dépassé par ceux qu’on inspire, pour que demain puisse être meilleur qu’aujourd’hui, ce qui est une question absolument subjective.

C’est de cette approche, subjectivement révolutionnaire, non pour le plaisir de changer mais pour la joie de bâtir, que découlent les mesures plus spécifiques suivantes, chacune d’entre elles devant être comprise à partir de mon exigence générale dont elle est porteuse d’une part vivante - tout comme les créatures sont une partie du créateur, sans que chacune puisse être le créateur lui-même.

A) CONTENU

Le débat actuel sur l’enseignement ne s’attache que très rarement à son contenu ; or si l’on veut réellement parvenir à l’égalité des chances, il faut partir du contenu en offrant à chaque être humain ce par quoi il est potentiellement égal à tout autre, en éveillant en lui sa disposition à créer, à connaître et à comprendre les lois de l’univers où il vit, et à agir pour le bien commun en fonction de ce qu’il a créé, connu et compris.

Les points suivants sont essentiels :

- l’enseignement étant fondé sur l’idée même que le progrès de l’esprit humain est possible, il faut donc d’abord enseigner les grands moments de l’histoire où ce progrès s’est manifesté ;

- le but est de permettre à 100 % d’une classe d’âge d’accéder à la fois à cette culture générale de la découverte telle que nous l’avons définie et de disposer d’un passeport pour l’emploi ;

- l’école maternelle doit être le tremplin de notre réforme. Y apprendre le chant choral dès le départ, accompagnant l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, permettra de rompre avec le dogme plat de l’apprentissage de l’écrit, de la grammaire et de l’arithmétique, en introduisant le sensible à la source de l’intelligible. Plus généralement, au moins 20 % des crédits réservés à la culture, qui doivent être fortement accrus, seront consacrés à l’enseignement du chant, de la musique et des arts plastiques à l’école ;

- l’astrophysique permettra de regarder au-delà de la « banlieue terre » et de comprendre pourquoi et comment ont été conçues les formules de la trigonométrie, notamment en étudiant Kepler. En même temps, l’histoire des sciences et des techniques doit être intégrée dans la formation de tous les élèves ;

- la préhistoire et l’histoire ancienne, enquête élargissant la mémoire et allant aux sources, donnera dans le temps ce que l’astrophysique apporte dans l’espace, la combinaison des deux insérant d’emblée les jeunes enfants comme éléments actifs dans l’espace-temps physique du monde qu’ils habitent ;

- ce tronc commun de culture générale doit être préservé et privilégié jusqu’en classe de troisième, avec l’appui de parcours scolaires différents : l’idéal est celui de l’unité dans la diversité ;

- pour soutenir cette orientation sociale et sensible de la connaissance, le débat philosophique doit être enseigné dès les petites classes (9 à 15 ans), avec des sujets simples : « Qui suis-je ? quelles sont les différences et qu’y a-t-il de commun entre garçons et filles ? qu’est-ce que vieillir, qu’est-ce que connaître ? », etc. Cela apprend aux enfants, renforçant les effets du chant choral, à s’écouter mutuellement et à développer leur sensibilité « en trouvant des mots pour dire » ;

- deux heures d’instruction civique hebdomadaire doivent être introduites dans ce contexte, obligatoires du CM2 à la seconde, pour communiquer les bases, associées à la philosophie, d’une véritable culture républicaine. Aujourd’hui, la plupart des enseignants se cachent ou se taisent lorsqu’on menace d’évoquer le problème du sens de la vie et de l’action publique, et trop souvent ils dissimulent aux élèves ce qu’ils pensent ou ce qu’ils croient. Il s’agit ici de « libérer la parole des maîtres », non pour se livrer à une ennuyeuse description des institutions, mais pour témoigner sans complexes des principes moraux qui constituent notre bien commun ;

- dans ce contexte, notre principe républicain de laïcité pourra devenir « positif ». Il sera renforcé et étendu en l’enrichissant dès l’école par la confrontation sans prosélytisme des traditions religieuses et humanistes. Non par affrontement de dogmes stériles, mais pour que chaque élève découvre en elles ce qu’elles ont de commun en vue du bien : dialogue des cultures, des civilisations, des religions et des humanismes permettant l’essor de nouvelles formes de respect mutuel, comme dans le dialogue philosophique, sans clôture identitaire ni juxtaposition de communautés ;

- l’enseignement de l’économie physique montrera aux élèves que dans la réalité, l’économie ne consiste pas à faire de l’argent, mais à accroître les pouvoirs de l’homme sur la nature grâce à la découverte, à la maîtrise et à l’application de principes physiques nouveaux, à lui permettre de connaître et de « faire connaître » au-delà du connu. Cette approche, opposée à celle de l’ultralibéralisme et de l’écologisme « vert » — c’est-à-dire opposant la nature à l’homme - ne pourra être suivie et comprise que si elle s’insère dans le dispositif d’ensemble ci-dessus. Prise en elle-même, elle se réduirait à un « truc » à apprendre, à une technique sans l’animation du sentiment ;

- l’enseignement d’une langue étrangère dans le primaire doit s’inscrire dans le projet d’ensemble de connaissance de l’autre et de découverte de soi - à commencer par celle de sa propre langue ;

  
"Mon projet
est de faire
parler croquant
en remettant
la langue de
Rabelais et de
Villon au poste
de commande"
 

- justement, le français est devenu une langue anémiée, émasculée par l’esprit de Cour, la cartésianisme et la désolante machine de répression politico-scolaire qui les anime. C’est pourquoi, enfin, mon projet est de faire « parler croquant » (cf. Claude Duneton), en remettant la langue de Rabelais et de Villon au poste de commande contre la bourgeoisie langagière et académique. Nous ne devons plus jamais laisser des Céline marauder et braconner aux frontières de notre langue. Nous devons nous-mêmes lui redonner une vie parlée, la couleur et la tonalité d’une langue musicale vivante.

C’est la combinaison de ces matières qui pourra engager un changement de perspective dans notre enseignement. Bien entendu, tout ne pourra être fait en une fois, mais les principes ainsi établis deviendront source d’ardeurs nouvelles, même si c’est au départ de manière un peu confuse.

B) L’ACTION À ENTREPRENDRE

  • Le collège unique doit être maintenu, mais avec une diversification et une meilleure articulation de l’enseignement.
  • Les parcours pédagogiques doivent être diversifiés, et les élèves doivent pouvoir opter, après discussion avec leurs parents et les équipes enseignantes, en faveur du renforcement de certaines disciplines de leur choix correspondant mieux à leurs talents et à l’idée qu’ils se font de leur futur travail ;
  • la liaison primaire-collège (CM2- collège) doit être mieux assurée ;
  • l’articulation entre le collège et l’enseignement professionnel doit être mieux organisée et plus précoce. L’un des problèmes ici est que les professeurs des lycées professionnels n’ont aucune connaissance du futur métier de leurs élèves. Une formation spéciale doit de toute urgence leur être donnée sur ce point. L’idéal serait bien entendu de développer un vrai baccalauréat professionnel, préparé au sein d’un lycée unique et aussi exigeant et reconnu que les autres ;
  • une réelle assistance doit être donnée aux élèves en difficulté. Même si notre point de départ est la conviction que toute assistance doit devenir inutile avec une réelle réforme de l’enseignement et dans une société plus juste, l’on doit constater que l’on en est très loin et qu’il faut donc organiser cette assistance en profondeur ;
  • l’on doit au départ renforcer la socialisation des jeunes enfants : multiplication par trois des places dans les crèches et développement beaucoup plus rapide des jardins d’enfants éducatifs ;
  • les enfants en difficulté doivent être repérés dès la maternelle et le primaire, « au pied des tours » ou à l’école. Non avec une quelconque intention de détecter une « prédestination criminelle », comme le veulent MM. Blair et Sarkozy, mais en vue d’une attention humaine à donner. Il faut pour cela généraliser dans les collèges et les lycées la présence d’infirmières, d’assistantes sociales, de psychologues et de médecins scolaires. Un enfant dont on détecte les problèmes de vision ou de dentisterie, et qu’on soigne, est un enfant qui se valorisera à ses propres yeux et respectera le service public ;
  • un arsenal de dispositifs de soutien doit être prévu, au cours des scolarités, pour les cas qui se présentent : enseignement en effectifs de classe réduits, travaux en petits groupes, tutorat. L’idée qui doit prévaloir est de faire avant tout du « cousu main » ;
  • pour réussir cette démarche, il faut plus de moyens humains et financiers. Il faut en donner aux établissements difficiles, qui en ont le plus besoin. Plus encore que la diminution du nombre d’élèves par classe (maximum de 25), les collèges doivent être limités à un nombre d’élèves ne dépassant pas 600 à 700 - ce qui permet de constituer un encadrement social permettant un rattrapage ;
  • C’est dans ce contexte que s’inscrit la question de la carte scolaire. Il faut la conserver, non pour elle-même, mais pour ce qu’elle peut être si l’on se donne les moyens d’agir. Elle représente l’impératif même de service public, qui doit être partout et avec les mêmes qualités. Mais pour qu’il soit réel, il faut lui donner les moyens d’être, chair et vie.

    La question dépasse le contexte scolaire et implique notre choix de société. La carte scolaire n’a de sens que si toute la société se donne pour objectif l’égalité des chances, sans tricher. Sans ce principe, la carte scolaire n’est qu’une feuille de vigne. Donner plus de moyens à ceux qui ont des projets et veulent parvenir à l’objectif est donc un impératif catégorique :
    - en offrant des conditions de vie meilleures à un jeune enseignant qui débute dans un quartier difficile, en coordination avec l’ensemble des acteurs sociaux du quartier, pas seulement ceux du milieu scolaire ;
    - en donnant des moyens aux établissements scolaires dotés de plus d’autonomie et évalués par la collectivité, non en fonction de critères comptables, par le budget, mais en fonction des résultats humains. Il faut aider bien davantage ceux qui « font bien », en s’efforçant de créer des êtres vouant leur liberté de connaître et de comprendre au bien commun. Le coeur doit être là où se trouve la carte, pour en faire son affaire.
  • Les sections d’enseignement général et professionnel adapté (SEGPA), rattachées aux collèges, qui scolarisent environ 120 000 élèves « en très grande difficulté scolaire », doivent être en particulier pourvues de moyens. Les instituteurs spécialisés qui enseignent dans ces structures et jouent avec un grand dévouement le rôle de « pompiers de l’éducation nationale », doivent être mieux aidés et mieux payés. Les moyens des SEGPA eux-mêmes doivent être accrus pour que chaque élève puisse y bénéficier d’une attention personnelle, psychologique et médicale bien plus grande. Les 50 000 à 60 000 élèves sortant sans qualification devraient pouvoir être réduits à quelques centaines ou milliers : là est le but.
  • Des emplois-jeunes chargés de la sécurité doivent être disponibles suivant les besoins exprimés par les directeurs d’établissement, et les cas extrêmes de mineurs perturbant les autres et sombrant dans la délinquance doivent être orientés vers des centres d’éducation renforcée et des centres d’éducation fermée plus nombreux et mieux pourvus. Avant d’en arriver là, des internats pédagogiques doivent être ouverts pour recueillir les jeunes très tôt (avant 13 ans) lorsqu’ils subissent une dislocation familiale. Ces internats doivent être des lieux d’assistance, de socialisation alternative et pas des dortoirs à surveiller.
  • Je suis peu partisan de confier à des militaires l’encadrement des jeunes en difficulté, car ils ne sont pas faits pour redresser les torts de la société. Cependant, dans certains cas, l’intégration peut être utile : l’opération « un permis pour l’emploi », lancée par le général Emmanuel de Richoufftz, a été un succès, ainsi que les expériences de participation de jeunes délinquants à des opérations de pompiers.

En conclusion, outre l’effort à consentir en faveurs des crèches, des jardins d’enfants éducatifs, des SEGPA et de l’encadrement des jeunes en difficulté, et l’organisation systématique de cours de rattrapage intensifs et de tutorats, il faudrait recruter très vite environ 5000 éducateurs. Le gros problème est de former du personnel expérimenté et motivé. Il faut donc entreprendre tout de suite un effort exceptionnel de formation dans ce domaine. Ce point me tient particulièrement à coeur, car il est déterminant pour la cohésion sociale de notre pays.

C) MUTATION DE L’ORGANISATION DES LYCÉES, DES COLLÈGES
ET ÉTABLISSEMENTS D’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE :
UNE RÉPUBLIQUE EN PETIT

Certains éléments de l’éducation en Finlande doivent ici servir de référence :

- les chefs d’établissement doivent disposer d’une très grande autonomie d’initiative et d’innovation, à condition que ce ne soit pas dans le cadre d’une politique de contrainte financière, mais d’épanouissement des moyens ;

- ils doivent être le point d’ancrage d’une équipe responsable associant professeurs, parents et quelques grands élèves. C’est cette équipe qui dialoguera avec l’autorité académique pour établir le profil personnel des nouveaux professeurs en fonction du projet de l’établissement ;

- les équipes pédagogiques doivent, elles, échapper au contrôle des chefs d’établissement, bien que se constituant avec son accord, et être connues au moins un mois avant la rentrée. Elles devraient dès lors pouvoir organiser leurs horaires, avec un temps de concertation d’au moins trois à quatre heures dans la semaine, chaque élève en difficulté ou difficile pouvant ainsi être suivi individuellement, avec l’assistance des médecins scolaires, infirmières et assistantes sociales ;

- C’est à ces équipes enseignantes qu’il appartiendra de tracer les itinéraires pédagogiques les mieux adaptés à chaque milieu et à chaque classe, en examinant le cas de chaque enfant, cependant que l’Etat fixera les normes de compétence nationale.

L’établissement pourra ainsi devenir une République en petit, avec un enseignement plus ludique et moins formel, qui s’interrogerait constamment sur les résultats de sa pratique, au lieu d’appliquer des instructions ou des formules :

- le « parlement » de l’école sera constitué par les enseignants au sein du conseil d’administration et les équipes parents-enseignants-élèves. Le chef d’établissement, l’exécutif responsabilisé par l’autonomie, devra prendre obligatoirement son avis et dialoguer constamment avec lui ;

- les élèves devraient être intégrés dans une prise de responsabilité collective et leurs parents sensibilisés aux enjeux de l’éducation ;

- il faudra créer une véritable école des parents qui permette d’assurer pleinement avec eux, surtout s’ils sont peu intégrés dans la société ou intégrés de fraîche date, une mission de co-éducation. L’académie de Lille, où des écoles ont monté des programmes offrant aux parents une alphabétisation dans la même école que leurs enfants, est, dans ce domaine, exemplaire ;

- l’architecture des lieux scolaires doit être discutée au sein d’une concertation réunissant chefs d’établissement, représentants d’élèves, parents, élus et enseignants. Le but est de disposer d’un établissement digne, dont on puisse être fier. Au sein de cet établissement, les élèves devront pouvoir occuper une classe unique sans se déplacer, dont ils seront responsables. Des bureaux d’accueil (individuels) devront être prévus pour que les enseignants puissent y recevoir (et non dans la salle de classe ou le café) les élèves et les familles. Dans ces conditions nouvelles, les enseignants ne rechigneront pas à assurer une présence horaire plus longue dans chaque lycée ou collège, pour recevoir les familles ou les élèves en difficulté, ou travailler dans un milieu professionnel rendu agréable, (pourquoi pas des centres de documentation sur la vie scolaire, des cafés-bars et des salles de repos, comme en Finlande ?)

- enfin, dans cette approche, chaque lycée doit pouvoir disposer de « sa » chorale, de « sa » troupe de théâtre, de « son » petit musée, de « sa » rédaction et de « son » imprimerie. Ainsi, à un lieu anonyme, ennuyeux et interchangeable se substituera un véritable « cadre de vie » ouvert sur l’extérieur.

Les expériences de Jean-Luc Muracciole (Reims) et du collège Pierrelée (Ronceray, académie du Mans) montrent qu’avec des enseignants volontaires, prêts à jouer un rôle pionnier et libres de le faire, expérimentant un retour à « l’esprit d’hypothèse et de découverte » dans la philosophie et dans les sciences, et une attention personnelle à chaque cas d’élève, le problème du prolongement du temps de travail des enseignants à l’école ne se pose plus. Conscients de leur mérite et de leur liberté, aimés de leurs élèves, ils restent à l’école par plaisir.

Autrement, en général, l’on pourrait prévoir qu’au lieu des 36 heures actuellement exigées, sous forme de 18 heures de cours dans l’établissement et 18 heures de travail chez soi tenant compte des préparations et des corrections, l’on divise ces 36 heures en 15 heures de cours, 15 heures de préparation et de correction, ce qui laisse 6 heures de présence dans l’établissement pour travailler en équipe pédagogique et recevoir élèves et parents. Le problème n’est d’ailleurs pas le temps, mais l’estime et la liberté à accorder aux enseignants, fondement de tout attachement à un lieu de travail.

Ce que nous venons d’exprimer suppose bien entendu un droit d’expérimentation reconnu à plus de projets que ce n’est actuellement le cas (une quinzaine).

D) UNIVERSITÉ

- La priorité absolue est de remettre les universités à niveau. La collectivité nationale, qui consacre annuellement 13 700 euros à l’élève des classes préparatoires aux grandes écoles, ne verse que 6700 euros par étudiant à l’université. Ce scandale doit cesser. L’on doit arriver à une parité absolue de traitement en moins de dix ans. A cet effet, avec mon ministre de l’Education nationale, j’organiserai un vrai Grenelle de l’enseignement supérieur.

- Il est ensuite impératif de donner aux étudiants des premiers cycles universitaires un encadrement comparable à celui qui existe dans les classes préparatoires ou les IUT. Un semestre de transition doit être ainsi prévu entre le lycée et l’enseignement supérieur, avec des modules de méthodologie, de soutien et de définition du projet professionnel. Les étudiants recevront une formation, à l’aide d’exemples vivants, sur la façon de traiter une question donnée, de prendre des notes, de s’exprimer en public, d’organiser un dossier, d’exploiter les données des bibliographies et des bibliothèques. Ce tutorat universitaire devrait, avant que mes réformes des cycles du primaire et du secondaire ne portent leurs fruits, permettre de « rattraper » l’absence de maîtrise de l’expression écrite ou orale des étudiants.

- En même temps, je demanderai d’organiser une campagne systématique d’information qui indique aux étudiants les chances réelles de débouchés dans les disciplines qu’ils vont choisir. Chaque étudiant doit recevoir des informations précises sur les métiers et les perspectives d’emploi auxquels mène la formation qu’il veut suivre, et motive son choix.

- Des passerelles doivent être créées entre filières et niveaux de formation, notamment entre filières générales et professionnelles.

  
Notre mouvement de jeunes est la forme vivante, pensante et en constant progrès de mon projet pour l’éducation.
 

- Une culture de la réflexion scientifique doit être réintroduite partout (la culture « humboldtienne » de l’université allemande du XIXème siècle) et la division entre « scientifiques » et « littéraires » doit être arrêtée. L’un de mes engagements est de mener un combat contre ce dualisme cartésien, en réintroduisant l’enseignement sur l’histoire des découvertes scientifiques et les débats philosophiques qui les ont accompagnées, dans un contexte vivant et polémique.

- Enfin, les universités françaises sont aujourd’hui asservies par des règles tatillonnes de comptabilité publique. La solution est de supprimer toute tutelle a priori du ministère de l’Economie et des Finances, en renforçant les contrôles a posteriori. L’idée que je défends est de conférer aux universités, par un texte législatif, une autonomie inspirée par le modèle de la loi de 1982 sur les collectivités territoriales. Les grades seront conférés par les universités, tout comme aujourd’hui, dans le cadre de normes nationales fixées par l’Etat, la régulation du dispositif étant assurée par les pouvoirs de contrôle a posteriori du recteur.

La responsabilisation découlant de l’autonomie permettra un mode de fonctionnement plus satisfaisant du mode de gouvernement interne des universités (stabilité d’un exécutif, le « président », entouré d’une communauté professorale et étudiante, le « parlement »). Cette responsabilisation permettra d’associer tout le tissu des universités à la réflexion sur leur avenir autrement que formellement, comme c’est le cas actuellement, où la politique universitaire reste largement le fruit des cogitations de cabinets ministériels ou bureaucratiques.

E) GRANDES ÉCOLES

Le problème le plus fondamental n’est pas ici le concours mandarinal, mais le contenu des concours et la conception du diplôme-rente acceptée avec la complicité quasi unanime de nos élites... issues des grandes écoles !

Que faire ? Mettre fin à la rente d’une caste. Comment ? En combattant une noblesse de robe qui s’est platement résignée devant « les lois du marché », pratiquant le respect religieux de l’argent sous toutes ses formes et méprisant le social, mais restant organisée dans le but de défendre ses privilèges. Avec quelles armes ? La propagation d’une méthode créatrice à chaque niveau des enseignements. Car supprimer d’un trait les grandes écoles ou les intégrer immédiatement au sein de l’université satisferait certes le ressentiment qui nous pouvons avoir contre elles, mais aggraverait le problème de notre enseignement en y introduisant un chaos contre-productif.

Il faut former un autre type d’homme, qui ne soit ni un grand prêtre de la science ni une star du traitement de dossiers, mais un être humain sensible aux solidarités sociales et aimant créer, contre l’injustice ou l’ennui du système dominant.

A l’ENA, par exemple, le coeur de notre système administratif, il faudra s’inspirer du projet d’école spéciale des services publics qu’Hippolyte Carnot élabora en 1848, lorsqu’il était ministre de l’Education publique. Son Ecole d’administration devait avoir des bases « analogues à celle de l’Ecole polytechnique » des origines, celle de Carnot, Monge, Fourcroy et Prieur de la Côte d’Or. Le programme de cette école prévoyait bien entendu des cours sur les techniques de gestion de l’Etat dans tous les domaines mais étayés par une « méthode générale », l’épistémologie des sciences dans leurs conceptions les plus avancées de l’époque. A cet effet, une décision ministérielle mentionnait l’enseignement de la physique, de la géométrie descriptive et du calcul infinitésimal pour tous les élèves de l’école.

C’est au niveau de ces contenus, dans ce qu’ils ont de plus créateur, de plus proche de l’esprit de découverte, contre tout esprit bureaucratique, que l’intégration des grandes écoles dans les universités doit se faire progressivement, dans un esprit de « nouvelle frontière » qui est celui de l’ensemble de notre projet éducatif - et qui était aussi celui qui inspira après guerre le plan Langevin-Wallon.

Le point fondamental ici est qu’il ne peut y avoir de règles, administratives ou mathématiques, valables en tous temps et tous lieux, pour tout phénomène physique ou humain donné, mais qu’au contraire, une mathématique nouvelle doit être toujours créée pour rendre compte d’un phénomène d’un ordre qualitatif supérieur. La capacité créatrice de l’esprit humain est de produire ses mathématiques nouvelles, de « connaître au-delà du connu » en créant des instruments de mesure nouveaux.

L’on ne peut fonder la sélection d’hommes de science créateurs sur la simple base de mathématiques existantes, finies - le premier qui voit poindre le grand prêtre polytechnicien reçoit une prime. En effet, pour aussi intéressantes que soient leurs constructions, il s’agit toujours du mode fini d’Augustin Cauchy. De même, on ne peut recruter des administrateurs-créateurs sur la base de techniques de gestion elles-mêmes existantes et finies.

Là est le problème des « castes » issues des grandes écoles et des « prépas ». Je m’engage au contraire à ce que la méthode créatrice elle-même - la capacité d’engendrer des idées et des technologies nouvelles, la capacité de rupture créatrice - devienne l’objet de l’enseignant pour produire des hommes psychologiquement et moralement relativement invulnérables dans la défense de l’intérêt général.

L’obsession du rang de sortie et l’écart entre carrières futures correspondant à ce rang est une aberration supplémentaire de notre système. En accord avec la méthode créatrice, qui par essence est sociale, elle suppose, pour connaître, un savoir partagé ; un ordre d’éducation mutuelle doit être substitué à l’obsession constante du classement.

Le principe à introduire, en outre, dans tout l’enseignement français, est celui d’une seconde et d’une troisième ou quatrième chance, découlant de la formation et de l’échange social continu, contre les « paroles gelées » d’un système de castes.

F) OUVERTURE SUR LES ENTREPRISES ET LES ADMINISTRATIONS

L’éducation nationale doit s’ouvrir davantage, à tous les degrés, à la pratique de stages professionnels, organisés à partir d’un véritable statut du stagiaire. Il est en effet souhaitable que tous les étudiants d’université effectuent un stage long dans une entreprise ou une administration. Non pas seulement parce que ces stages accroissent les chances d’embauche pour les stagiaires, mais aussi parce que la pratique, même provisoire, d’un métier recèle une valeur formatrice que l’école et l’université ne peuvent apporter de la même manière. Le stagiaire apprend à gérer des relations de travail avec une équipe, des collègues, un chef et avec son propre temps : une autre forme de socialisation nécessaire à un âge qui ne soit pas trop avancé.

Je suis aussi favorable à ce qu’on aille plus loin dans le partenariat universitéentreprise  :
- l’offre de moyens aux professeurs du secondaire et d’université pour passer un an dans une entreprise tous les sept à dix ans. La priorité absolue est de leur faire connaître les PME-PMI créatrices d’emplois : familiarisés avec leur vie quotidienne, ils pourront mieux y préparer leurs élèves et étudiants ;
- la création d’un vrai statut d’élève stagiaire ou apprenti, assurant dans tous les cas une rémunération.

G) OUVERTURE SUR LA FORMATION

L’école doit assumer une nouvelle mission de formation, qui porte sur tout le cours d’une existence. De toutes nos institutions, elle est la mieux placée pour y parvenir parce que par sa nature même, elle doit « voir long ».

Cette mission suppose un renouvellement des méthodes pédagogiques (cf. ci-dessus) et une présence d’adultes-enseignés à l’école : je suis convaincu que c’est une révolution indispensable, qui remettra en cause les divisions formelles par âge et leur substituera un critère de connaissances à acquérir.

La concurrence mondiale qui se développe autour de l’accès aux connaissances impose aujourd’hui de faire vite, mais ce n’est pas la raison principale de l’urgence. Il faut s’orienter vers les savoirs « à la frontière », avec les moyens financiers et humains pour les promouvoir, car c’est de leur compréhension et de leur partage que dépend le futur d’une humanité devenue un seul équipage sur un même bateau.

Il est évident que les programmes européens d’échanges d’étudiants et d’élèves devront, dans ce contexte, passer à une phase sans précédent : au moins un million dans les programmes Erasmus (contre 170 000 à présent), 200 000 dans les programmes Leonardo (contre à peine plus de 50 000 à présent).

H) NÉCESSITÉ D’UNE BONNE ÉVALUATION

Le changement radical de « culture » et le changement des priorités que je propose pour l’Education exige, pour réussir, la mise en place d’une bonne évaluation, au départ et en cours de route.

Dans les établissements, il conviendra de revigorer et de réorienter l’Inspection générale de l’Education nationale. Un changement total d’esprit est ici nécessaire. A un contrôle défensif trop souvent exercé à partir de préjugés doit se substituer une immersion dans le milieu enseignant pour évaluer les pratiques au plus près et en même temps détecter et diffuser les innovations (droit d’expérimentation) dignes d’être généralisées.

Dans l’université, la notion même d’évaluation interne est rejetée. Ici aussi, un changement d’attitude est nécessaire :

- évaluation des activités au sein de l’université même, en particulier des formations de deuxième et de troisième cycles, afin qu’elles soient en mesure de devenir partenaires actives d’universités étrangères et d’entreprises, faisant ainsi passer un souffle d’air frais sur un corps un peu anémié ;

- évaluation des universitaires et chercheurs en fonction de leur enseignement et de ses résultats, non de l’opinion des « grands patrons » de l’institution (pour les avancements de carrière) et de celle des impératifs immédiats des entreprises (pour les contrats externes permettant d’obtenir des rémunérations annexes).

I) REVALORISATION DE LA FONCTION ENSEIGNANTE

A la société actuelle, dans laquelle les figures dominantes sont le banquier, le publicitaire et l’homme médiatique, mon projet veut substituer, face au défi humain à relever, une société inspirée par l’éducateur, le chercheur et l’entrepreneur.

  
"Je souhaite
une société
inspirée par
l’éducateur,
le chercheur et
l’entrepreneur"
 

La revalorisation de la fonction enseignante est, dans ce contexte, doublement indispensable : d’abord pour la dynamique de notre société, ensuite pour la mobilisation des enseignants en faveur de la réforme. Il ne faut pas mendier auprès d’eux leur soutien, mais il ne faut en aucun cas les rejeter ; il faut évoquer en eux le meilleur de ce qui les a portés à enseigner, hors de tout corporatisme, et les responsabiliser pour inspirer l’esprit de changement.

La priorité est aussi de redonner confiance en accompagnant les enseignants et les établissements qui prennent des initiatives et en faisant connaître leurs efforts aux gens. L’on utilisera à cet effet, pour soutenir ces efforts, la chaîne de télévision publique indépendante de recettes publicitaires que je préconise.

A l’image du professeur « en difficulté », parfois déprimé, aigri ou mal-aimé, se substituera alors celle du bâtisseur de futur, c’est-à-dire de celui qui garantit la qualité des générations à venir. La progression du pouvoir d’achat de ces enseignants doit être assurée dignement (au moins 2000 euros par mois pour tout instituteur dès sa titularisation) et en contrepartie de cette progression et du normal enthousiasme qu’engendrera la réforme, leur présence à l’école (accroissement des heures de tutorat, d’aide aux élèves en difficulté, d’entretien avec les parents, de fonctionnement des équipes pédagogiques) pourra être plus longue et plus constante.

J) CONCLUSION

Actuellement, 160 000 élèves quittent chaque année l’école sans aucun diplôme du second cycle (BEP, CAP ou baccalauréat), 100 000 quittent l’enseignement supérieur sans diplôme et 100 000 autres avec un diplôme ne correspondant pas à « des qualifications reconnues par le marché du travail ». Enfin, au sommet de la pyramide surtout, les élèves disposant d’un diplôme deviennent administrateurs ou financiers dans un système de castes, ayant perdu tout esprit réellement créateur dès leur obtention, un peu avant ou un peu après.

Je ne peux pas supporter que la majorité des jeunes soit devenue la variable d’ajustement du marché du travail et que l’élite de l’élite soit socialement privilégiée et mentalement émasculée.

C’est dans ce contexte que le gouvernement rabote les crédits pédagogiques, supprime les travaux personnels encadrés en classe terminale, veut organiser un tri de jeunes délinquants et adapter nos grandes écoles et nos universités encore davantage à l’esprit des marchés financiers et aux exigences de l’oligarchie rentière.

Mon projet est donc, par rapport à ce désastre qu’on a peu à peu laissé s’installer, un projet de rupture. La croyance en l’éducation, c’est-à-dire en la perfectibilité de l’esprit humain, en ce que demain pourra être meilleur qu’aujourd’hui, est le plus bel héritage que nous ont laissé, pendant la Révolution française, ceux qui savaient avoir perdu la bataille politique mais entendaient gagner celle des idées. Donnons-leur raison, donnons raison à Gaspard Monge lorsqu’il entraînait ses élèves dans des promenadesdécouvertes au cours desquelles, pris par l’attention à ce que leur ami leur faisait connaître, ils en oubliaient jusqu’à la présence d’un ruisseau dans lequel ils entraient sans l’avoir perçu. Donnons donc raison à cet esprit d’enthousiasme, à ce que les Grecs nommaient le « dieu intérieur », et nous gagnerons une fois de plus la bataille des générations à naître.




















VI - La recherche, notre horizon



















VIII - Formation professionelle

 
Suivre la vie du site RSS 2.0
  |    |  
SPIP  |   Hébergement professionnel Celeonet