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IV - Les instruments d’une nouvelle politique économique française :
franc polytechnique et planification indicative |
VI - La recherche, notre horizon
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PHYSIQUE NUCLEAIRE
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La reprise de l’économie mondiale, permettant d’assurer un futur à l’humanité, c’est-à-dire d’accroître sa densité démographique, exige à la fois de l’énergie et la création de ressources nouvelles pour remplacer les existantes, bientôt en voie d’épuisement. La seule réponse à ce défi se trouve dans les modes de production qui relèvent de la physique nucléaire, car la densité de flux qui les caractérise est d’un ordre de grandeur plusieurs fois plus élevé que pour toute autre forme de production d’énergie.
Le « nucléaire », en ce sens, n’est pas une chose unique, un procédé appartenant à des nucléocrates, mais de multiples technologies évolutives dérivant de principes scientifiques propres à la fission et à la fusion thermonucléaire contrôlée. Il est surtout, aux frontières de la science, une « ouverture » vers l’économie isotopique, utilisant les propriétés d’atomes qui ont des caractéristiques chimiques similaires, mais des propriétés physiques très différentes (cf. ci-dessus, III, 4). Là se trouve le fondement de l’économie du futur, avec ses multiples usages : traitement des déchets nucléaires pour en faire une source d’extraction de métaux rares, transmutation permettant de créer des minerais et des ressources nouvelles, torche à plasma... Ceci signifie que les réacteurs à fission seront de plus en plus utilisés comme des générateurs d’atomes et des machines à transmuter plutôt que comme simples sources de chaleur et d’électricité.*
Il ne s’agit pas de science-fiction, mais de types de technologies en grande partie déjà connus. Ce qui en bloque l’application est l’incapacité du système financier et monétaire international, qui se trouve au bord de la faillite, à les « prendre en charge ». C’est pourquoi une économie de la physique nucléaire - demain une économie isotopique - est bien plus qu’un choix technique ; il s’agit pour l’homme de dépasser la vision d’une terre composée de ressources en quantité finie et d’assumer sa responsabilité de créateur de ressources nouvelles nécessaires à maintenir une population mondiale en croissance, à un taux constamment supérieur de production et de consommation physiques par tête.
du futur est bien plus qu’un choix technique : il s’agit pour l’homme d’assumer sa responsabilité de créateur de ressources naturelles" | |
Ce choix, un Président de la République
française doit le faire pour deux raisons :
tout d’abord, il est le seule compatible
avec un monde en développement, servant
les générations futures. Tout autre choix, par
nature régressif et malthusien, conduirait à
un monde en contraction qui engendrerait
fatalement des conflits destructeurs, dont on
voit aujourd’hui les prémisses ;
ensuite, la France est particulièrement
bien placée, sur la lancée de sa politique
des années soixante et soixante-dix, pour
devenir l’un des principaux acteurs de cette
aventure, en Europe et dans le monde. Toutes
les ressources humaines du Commissariat à
l’énergie atomique (CEA), d’Areva et, dans
les applications, d’EDF, devront être réunies
pour constituer un ensemble recherche - applications technologiques - innovation - centrales de production d’énergie.
Dans un premier temps, par delà l’EPR
(réacteur plus sûr et à meilleur rendement
que celui à eau légère pressurisée du procédé
Westinghouse), nous devons démarrer
rapidement un programme de production
de réacteurs à haute température (HTR) de
la quatrième génération, et en particulier
du réacteur à lits de boulets (PBMR), qui
dispose d’un quadruple avantage :
sécurité : il s’autorégule. Si la chaleur
augmente de façon excessive, il s’arrête. Pas
de risque de fusion du coeur ;
usage double : il produit de l’énergie
mais aussi de la chaleur ;
densités énergétiques plus fortes que celles
des turbines à vapeur habituelles grâce
à l’hélium ;
robustesse et prix modéré : ils peuvent
être produits à la chaîne, entre 50 et 250 Mw
de puissance.
Le PBMR peut être utilisé pour le dessalement de l’eau de mer, fournissant ainsi la ressource eau potable dont le besoin se fait de plus en plus grand. Sa simplicité d’utilisation et sa sécurité intrinsèque en font également un atout majeur dans les pays en voie de développement.
Dans un second temps, nous devons accélérer la mise en place du réacteur expérimental - prototype - de fusion thermonucléaire contrôlée ITER et multiplier les applications du laser Mégajoule, par exemple pour la séparation isotopique. En même temps qu’ITER, basé sur le procédé de confinement magnétique, nous devons étudier les réacteurs à confinement inertiel (fusion par micro-explosions produites par de très puissants lasers dans une chambre spéciale de confinement).
Ainsi, l’on vérifiera le paradoxe qui a caractérisé toute l’histoire humaine du recours à l’énergie : des coûts de démarrage de plus en plus élevés engendrant un prix de l’énergie à l’arrivée de plus en plus bas. C’est dans le cadre du projet de Pont terrestre eurasiatique, clé d’une reprise de l’économie mondiale, que le nucléaire pourra donner sa pleine mesure. Dans cette perspective, l’on pourra concevoir des choses qui, aujourd’hui, apparaissent comme impossibles à faire et qui sont pourtant nécessaires pour un décollage de l’humanité : des centrales nucléaires mobiles sur barges, pour apporter un « input » dans les régions les moins favorisées et désenclaver ; des villes se développant autour d’une centrale nucléaire, les « nuplexes », pour lancer d’urgence de grands centres urbains, comme c’est prévu en Chine ; et enfin, le recours, nous l’avons vu, à la fusion thermonucléaire pour cette grande aventure de l’humanité que sera l’exploration spatiale (cf. l’espace - partie III).
Rêve ou utopie ? Non, c’est en fait la société actuelle du court terme financier qui va contre le mur de son égoïsme, et c’est une nouvelle priorité de la science, de la recherche, de l’éducation, des grands projets d’équipement qui peut seule nous redonner à tous le goût du futur. Les écologistes ont tort en croyant qu’il est des issues pouvant ramener au passé, et les nucléocrates se trompent en pensant que le nucléaire peut être inséré dans une économie de court terme financier. L’avenir est dans une économie physique productive, fondée sur les aspects les plus créateurs du travail humain.
Trois points doivent être ici soulignés.
La collaboration entre l’Institut Vernadski de Moscou et notre Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) est un premier pas dans la bonne direction.
Mon approche est ainsi celle d’une écologie humaine, qui traite la question des déchets et des ressources nouvelles « par le haut », c’est-à-dire en faisant appel à la création humaine, et non « par le bas », en prétendant revenir à des « processus naturels » qui, en réalité, n’ont jamais été figés à un moment donné de l’histoire de notre biosphère.
Le grand biogéochimiste russe Vladimir Vernadski exprime le mieux ma conception des rapports entre la biosphère - les processus qui ont régi le développement de la vie sur notre planète - et la noosphère - l’intervention transformatrice consciente de notre espèce :
« La grande forme nouvelle d’énergie biogéochimique que constitue le processus de travail de l’espèce humaine dans la biosphère (...) est dirigée de façon complexe par la pensée humaine - la conscience. Il est remarquable de constater que la croissance des machines - intelligence capitalisée - au cours du temps, au sein de la structure de la société humaine, suit aussi une progression géométrique, tout comme la reproduction de la matière vivante, y compris des êtres humains. (...)
« Il est clair que [cette transformation de la nature] n’est pas un fait accidentel, qu’il était préformé par toute l’évolution paléontologique. C’est un fait naturel comme les autres et nous y voyons un nouveau phénomène où la matière vivante agit en contradiction apparente avec le principe de Carnot [lois de la thermodynamique]. Où s’arrêtera ce processus, ce fait géologique nouveau ? Et s’arrêtera-t-il ? (...) L’homme augmente partout la quantité d’atomes qui sortent des cycles anciens - « cycles éternels » géochimiques. Il renforce la perturbation de ces processus, en introduit de nouveaux, dérange les anciens. Une force géologique nouvelle est certainement apparue à la surface terrestre avec l’homme. »
C’est cette « force géologique » que nous
devons maîtriser pour le bien commun
dans un processus constant de découverte
qui, seul, permet de créer les ressources
de l’avenir en évitant la fixation à un stade
donné de la pensée ou de la vie.
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