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Jacques Cheminade avait fait une première proposition au ministre de la santé et des solidarités le 21 octobre 2005. Après plusieurs entretiens avec des épidémiologistes et spécialistes, il publie cette initiative comme partie intégrante de son programme politique.
Au cours de ce dernier quart de siècle, les experts ont dénombré 38 nouvelles maladies émergeant du règne animal pour toucher l’homme. Le virus de la peste aviaire, A H5N1 dit Z, communément appelé grippe aviaire, est l’une de ces nouvelles formes virales. Selon Sylvie van der Werf, virologue à l’Institut Pasteur de Paris, nous faisons face, non plus à une épizootie mais à une panzootie car « l’on ne connaît pas de situation comparable, avec une dissémination géographique très importante associée à une mortalité non pas seulement des volatiles domestiques mais des oiseaux sauvages ».
Il faut ajouter à cela que les scientifiques expriment un doute sur la manière dont ce virus utilise le franchissement de la « barrière des espèces ». Jusqu’à présent, il existait un schéma établi qui permettait de suivre la progression des formes virales aviaires jusqu’à leur transmissibilité vers l’homme, du volatile au porc (qui peut être contaminé par les virus aviaires et humanisés, et peut ainsi les « recombiner », provoquant la naissance d’une discontinuité virale), puis du porc à l’homme et de l’homme à l’homme. Cependant l’hypothèse de la possibilité d’un passage direct de l’oiseau à l’homme doit désormais être étudiée de très près.
Certes, comme d’autres types de virus grippaux auparavant analysés, le virus Z touche certains mammifères, tels les félins et les canidés, mais les experts vétérinaires sont perplexes car son parcours semble atypique. Le virus Z est un colonisateur. Il migre non seulement lors des déplacements des volatiles et des mammifères, mais aussi grâce à l’homme : la fiente sous les pneus automobiles, les chaussures… L’apparition d’animaux malades sans passage d’oiseaux migrateurs est une confirmation d’une migration biogénique encore mal comprise. Nous faisons face à une accélération des discontinuités virales, qui se fait non seulement par saut d’espèces mais aussi par la migration rapide des diverses formes du virus qui utilise l’homme et ses moyens de déplacement.
Le risque de transmission se trouve fortement accru non seulement du fait de la pauvreté et de la situation sanitaire précaire des populations d’Afrique ou d’Asie, mais aussi à l’apparition de poches de pauvreté en Occident. Même chez nous, les mesures de prévention et de contrôle vétérinaire sont aujourd’hui inefficaces et les chambres d’isolement prévues dans les hôpitaux (plan Biotox), tant en nombre qu’en qualité d’aseptisation, sont notoirement insuffisantes. Les conditions de production massive et rapide d’un vaccin, si le saut à l’homme est avéré, ne sont pas davantage réunies.
Aussi, un certain nombre de mesures de très grande urgence et d’urgence épidémiologique sont à prendre, compte tenu du risque élevé couru et de la situation de force majeure dans laquelle nous nous trouvons :
A) MESURES DE TRES GRANDE URGENCE CONTRE LA PANZOOTIE AVIAIRE
1) Aider sans délai et massivement les pays dépourvus qui constituent les réservoirs et donc la source de la propagation de la maladie. Etendre rapidement notre coopération avec ces pays dans tous les domaines de santé publique, conformément à la tradition de générosité de notre service public de santé, par-delà une vue comptable à court terme. L’aide à la veille sanitaire doit être étayée par le soutien financier et humain à la mise en place de services vétérinaires qualifiés et efficaces. La démarche de la médecine pasteurienne doit être la référence à prendre. Une aide alimentaire digne de ce nom doit être offerte en contrepartie de l’abattage nécessaire des volailles et animaux, la répartition de cette aide devant se trouver assurée aux niveaux local et régional. A terme, la séparation des élevages de porcs et de volailles et l’éloignement de toute présence humaine de ces élevages doit être promue. Les autorités des pays concernés savent que cette séparation et cet éloignement sont nécessaires ; cependant les conditions économiques et humaines ne les permettent pas dans l’immédiat. Pour entamer l’effort, une collaboration et une assistance financière internationale doit être fournie aux responsables locaux et aux associations de producteurs.
2) Donner plus de densité au système de veille sanitaire aux frontières, à l’échelle française et européenne.
3) Chez nous, l’Etat doit dégager des crédits conséquents pour l’abattage éventuel d’oiseaux afin que les éleveurs et les vétérinaires n’hésitent pas à signaler les cas suspects aux autorités.
4) Etablir une coopération avec les chasseurs afin que ceux-ci signalent systématiquement les cas suspects d’oiseaux malades. Dans l’hypothèse d’une multiplication de ces cas, suspendre l’exercice du droit de chasse dans notre pays, en incitant également les autres pays européens à le faire, suivant l’exemple de la Suisse.
5) En fonction du danger prévisible et lorsque les moyens habituels de contrôle des services vétérinaires ne peuvent plus être opérants, vaccination systématique des oiseaux d’élevage dans les zones menacées de notre pays et incitation des autres pays européens à y procéder également de toute urgence. La production d’un vaccin annuel avec une souche connue peut limiter les mutations vers de nouveaux virus émergents plus agressifs.
6) Dédommagement systématique des éleveurs de volaille, notamment ceux qui auraient perdu des marchés à l’exportation du fait de la vaccination, et promotion de nos produits dont la consommation après cuisson ne présente aucun danger en cas de contamination.
7) La population française doit être responsabilisée en lui indiquant les mesures simples d’hygiène à prendre (comme ce fut le cas pour la tuberculose dans les années 50) sans affolement ni laisser aller.
B) MESURES D’URGENCE : PRÉVENTION ET PRÉPARATION CONTRE UNE PANDÉMIE HUMAINE
8) Lancer un programme de recherche sur les soins à apporter au malade. Les anti-viraux de type Tamiflu sont surtout utilisés à titre préventif ou dans les deux premiers jours de la maladie. Ils ne peuvent en aucun cas suffire à enrayer celle-ci. Aussi, il faut pousser la recherche sur de nouvelles molécules pour atténuer ou enrayer les symptômes, tels l’encombrement des voies respiratoires et les problèmes hémorragiques que provoque le virus.
9) Ne pas appliquer au système hospitalier des critères de rentabilité comptable et financière, mais dégager des crédits pour rénover les hôpitaux en prévoyant le nombre de lits nécessaires en cas de démarrage de l’épidémie. La France compte actuellement 478 000 lits d’hospitalisation ; si une pandémie survenait, il en faudrait le double. Une priorité doit être donnée à la production d’appareils pour la respiration artificielle ; les tentes et les masques à oxygène doivent être immédiatement disponibles tant dans le milieu hospitalier que pour des interventions ponctuelles sur le terrain. Tous les moyens, humains et matériels, doivent être évalués et réunis dès aujourd’hui pour faire face à cette situation, si elle venait à se produire. La prise en charge de l’aide à domicile, avec une permanence médicale à disposition, devra préparée.
10) Etablir un plan de mobilisation et de coopération entre services intéressés en cas de crise (services d’urgence médicaux, médecine de ville, pompiers, armée, police…). Ce plan doit être un modèle évolutif en fonction des difficultés rencontrées, qui ne peuvent être prévues au départ.
11) Prévoir un plan pour assurer la continuité du fonctionnement, en cas d’épidémie, de tous les secteurs nécessaires à l’existence de la population : alimentation, électricité, transports…
12) Ouvrir un service d’urgence pour offrir les soins nécessaires aux personnes précarisées, tant par souci moral le plus élémentaire que pour éviter la constitution éventuelle de réservoirs d’épidémie. Dans le cadre d’une pandémie, le plan Biotox doit être financé par l’Etat qui doit appliquer ses fonctions régaliennes dans le contexte d’un danger pour sa population.
13) La production du vaccin doit démarrer dès que le mutant sera identifié ; il faut de toute urgence préparer les conditions de ce démarrage, suivant un protocole de mobilisation. Pour cela, un centre international de recherche, animé, contrôlé et financé par les Etats, doit être dès aujourd’hui mis en place. La possibilité d’un vaccin universel contre toutes les formes de grippe doit être sérieusement évaluée. Le fait que Sanofi-Aventis soit une société française nous donne une responsabilité particulière pour imposer un effort à long terme.
14) Imposer à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) l’ouverture de sa banque de données sur les virus et rendre partout obligatoire la déclaration de la découverte de souches pathogènes afin que tous les laboratoires du monde, sans privilège ni exception, puissent suivre en temps réel l’évolution de l’ensemble des virus de type aviaire.
Le rôle de l’Etat est d’abord de prévenir, ensuite de prévoir et, enfin, de créer les conditions pour restreindre autant que possible les effets de l’épidémie, dans l’hypothèse où elle se matérialiserait. Face à une épidémie d’une telle ampleur, il serait désolant et criminel que nous ne soyons pas mieux préparés que les autorités américaines face aux cyclones qui ont sévi en Louisiane ou que nos propres autorités face au développement pourtant prévisible de l’épidémie de chikungunya à la Réunion.



