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Mondialisation - Taxe Tobin
Pour un nouveau Bretton Woods

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Mon ami américain Lyndon LaRouche et moi-même dénonçons depuis plus de 25 ans la mondialisation libérale promue par une oligarchie financière, qui crée les conditions d’une désintégration économique, sociale et culturelle dans le monde. Aujourd’hui, comme nous l’avions annoncé, le système financier et monétaire international est à bout, il ne peut plus assurer les conditions d’un avenir : la bulle financière a crevé sur les marchés américains, bientôt suivie par la bulle immobilière, tandis que les « meilleurs élèves » du Fonds monétaire international - comme l’Argentine - qui ont appliqué ses « conditionnalités », c’est-à-dire ses recettes (privatisations, suppression de subventions aux produits de première nécessité, coupes claires dans les budgets d’éducation et de santé, démantèlement de services publics et libre-circulation des capitaux) s’effondrent.

Aussi, le moment n’est plus à des réformes de ce système (à sa « régulation ») ou à une taxation des fonds dont il se nourrit, mais à son remplacement par un autre système , qui remette l’argent au service du travail, de la production et des infrastructures. Il s’agit aujourd’hui, comme lors des années 30, d’une dépression globale, due au découplage entre le financier à court terme et l’investissement productif à long et moyen terme, au détriment de la majorité de la population dans le secteur avancé, des pays de l’Est et des pays en développement qui n’ont pas résisté. La solution est donc, comme alors, ou bien un basculement dans des systèmes de contrôle social de type fasciste, imposant la guerre de tous contre tous, ou bien un nouvel ordre plus juste.

La France et l’Europe ne sont pas à l’abri de cette dépression mondiale. En effet, bien que les relations commerciales entre pays européens constituent l’essentiel de nos échanges extérieurs, c’est par les flux financiers que nous sommes pleinement intégrés à la désintégration en cours. Avoir laissé, par exemple, les non-résidents (anglo-américains, dans leur grande majorité) contrôler près de 50 % des actions du CAC-40 et plus des deux tiers des opérations effectuées sur elles se paie. Nous sommes soumis à un chantage auquel nous ne pouvons échapper sans rupture.

Mais cette rupture ne peut se cantonner à une critique sans projet. Le mouvement anti-mondialisation, sans autre débouché politique explicite que la taxe Tobin (cf. plus loin) et admettant complaisamment en son sein des extrémistes anti-technologie et anti-science, se condamne de lui-même à l’impuissance ou à la provocation. Ainsi se met en place, quelles que soient les intentions des uns et des autres, un cycle qui ne mène nulle part, faute d’objectif et qui ne peut donc mobiliser l’opinion et les peuples. Pire encore, la mondialisation libérale ne peut que voir avec faveur ses opposants anti-technologie prospérer, comme les luddites ou les canuts du XIXème siècle. Le point commun de ces écolo-anarchistes et des financiers de l’oligarchie est en effet un rejet de la société industrielle et du développement scientifique. Les frères Goldsmith, par exemple, incarnent sans doute le mieux cette « division du travail ». Le financier britannique Jimmy Goldsmith fut hier le fossoyeur de l’industrie de son pays puis, par ses méthodes, inspira la mise à sac de l’industrie américaine, au sein de laquelle les fonds de pension ont repris sa démarche prédatrice. Son frère Edouard, fondateur du magazine L’Ecologiste (publié en France depuis l’automne 2000), milite, lui, soi-disant contre la mondialisation, mais pour prôner un retour à une « société tribale », car l’homme souffre « d’une inadaptation biologique à la société technique ».

Le mouvement anti-mondialisation admet ainsi en son sein ceux qui, dépourvus de tout horizon réel, jouent les faire-valoir utiles de la mondialisation. Plus encore, il accepte leur financement : tant celui d’Edouard Goldsmith que de la fondation Rockefeller ou de l’Union européenne - qui ont, évidemment, leurs bonnes raisons de le faire…

Pour mettre fin à la mondialisation libérale et empêcher, aujourd’hui, son basculement dans un nouveau type de totalitarisme (« fascisme universel », comme le désigne un Michael Ledeen ou « nouvelle histoire au-delà de l’humain », comme l’annonce un Francis Fukuyama), il faut donc un horizon politique, un dessein.

C’est le nouveau Bretton Woods que je propose.

Ce système serait utopique s’il venait d’un nulle part arbitraire. Ce n’est pas le cas. Il se fonde sur les principes du Bretton Woods de l’après-guerre qui, malgré tous ses défauts et le privilège-dollar, permit la reconstruction et la reprise. Il se base surtout sur la logique du plan Marshall (remboursement des crédits consentis par le produit des investissements réalisés), que Roosevelt, avant de mourir, tenta de mettre en place à l’échelle du monde, avec son « Global New Deal » (nouvelle donne mondiale).

La catastrophe actuelle, celle des institutions originelles de Bretton Woods, s’est produite en quatre grandes étapes de « dérégulation », jusqu’à imposer la loi de la jungle actuelle :

  • instauration des eurodollars à Londres, en 1957 : le contrôle de l’émission de dollars échappe alors à l’Etat américain et, avec la complicité de ceux qui le dirigent, passe entre les mains d’une oligarchie financière sans contrôle ;
  • décision unilatérale du président Nixon, le 15 août 1971, mettant fin à la convertibilité du dollar en or, créant ainsi un monopole absolu pour la « monnaie de l’oligarchie » ;
  • utilisation massive par le secrétaire d’Etat au Trésor, Paul Volcker, en 1979, de l’arme des taux d’intérêt, transformant le commerce de l’argent-dollar - jusqu’ici marginal - en une source de profit supérieure à toutes les autres ;
  • thatchérisme et reaganomics : la fin du contrôle des changes et des flux de capitaux livrant le monde à la loi de la jungle et permettant à tout un chacun d’emprunter ou de prêter là où il l’entend. Les Etats ont ainsi signé leur reddition, en devenant eux-mêmes spéculateurs sur les marchés (le Trésor français, par exemple, a reçu l’autorisation de jouer sur les produits financiers dérivés, comme un vulgaire Georges Soros !) Pire encore, ils ont, comme la France, « dénationalisé » leur dette publique, livrant ainsi leurs ressources à une spéculation effrénée, celui de marchés de gré à gré (hors de tout contrôle public) proliférant autour des marchés à terme, des monnaies, des matières premières ou de tout ce qui peut offrir la moindre prise au « pari », jusqu’aux prix de l’électricité et aux droits à la pollution.

C’est sur ces errements qu’un nouveau Bretton Woods doit revenir, en rétablissant les disciplines qui permettent aux Etats de maîtriser leurs politiques monétaires et budgétaires :

1er but : rétablir la priorité de l’économie physique, des investissements à long terme et à faible taux d’intérêt en faveur des infrastructures, du travail et de la production, engendrant les conditions pour construire ou reconstruire à 25 ou 50 ans, non pour prendre un profit le plus rapidement possible. La reprise mondiale - véritable, en profondeur - ne peut avoir lieu que par un programme de grands travaux Ouest-Est et Nord-Sud.

2ème but : éliminer tout ce qui empêche cette politique, c’est-à-dire les possibilités de spéculer à court terme. Pour cela, il faut empêcher les dérives vers les paris, en rétablissant des disciplines :

  • parités stables des monnaies, grâce à un instrument de référence (pas un étalon) commun : or-référence, comme le concevait Jacques Rueff, ou devise-marchandise, comme le proposait Mendès-France, afin de régler les soldes du commerce et donner un fondement physique aux monnaies elles-mêmes, sous contrôle des Etats émetteurs ;
  • en tant que de besoin, rétablissement des contrôles de changes, des flux de capitaux et de la protection des industries naissantes. La Malaisie, qui a instauré le contrôle des changes après la crise asiatique de 1997 - instauration de visas d’entrée et de sortie de capitaux étrangers - est le pays petit ou moyen qui a le mieux surmonté la crise mondiale alors que l’Argentine, meilleur élève dérégulateur du FMI, n’a pu résister ;
  • prohibition des spéculations à terme, notamment sur les produits financiers dérivés.

3ème but : remettre les compteurs à zéro : en effet, dans la situation actuelle, les actifs financiers constitués dans le monde (y compris la part prépondérante des produits financiers dérivés) atteignent une somme d’environ 2 000 000 milliards de dollars en mouvements annuels, par rapport aux 45 000 milliards de dollars constituant l’addition des produits intérieurs bruts annuels de l’ensemble des pays du monde (montants à peu près équivalents en euros). Autant dire que les dettes contractées ne sont pas remboursables, sauf au détriment de la substance même des économies et des hommes qui les composent.

La solution est de mettre les agents du système en règlement judiciaire, comme on le fait lorsqu’une entreprise privée se trouve virtuellement en faillite. Les créances spéculatives, liées au paris à terme, doivent être annulées ou faire l’objet d’un moratoire, alors que celles contractées en vue d’opérations productives doivent être protégées et se voir assurer un remboursement dans les meilleures conditions. C’est la condition pour « dégager » les fonds en faveur des grands travaux internationaux et ce c’est pas une première dans l’histoire ; simplement, cette fois, il nous faut accomplir pour la paix par le développement mutuel ce qui, autrefois, a été fait pour préparer des guerres ou reconstruire dans les après-guerre.

4ème but : rassembler les principales banques nationales des différents pays pour rétablir une politique d’ensemble d’investissement productif, à l’échelle mondiale : une mondialisation anti-financière, fondée sur le développement physique, par l’entente entre Etats-nations agissant avec leurs banques nationales dans l’intérêt de leurs peuples (cf. rubriques Grands travaux).

Utopie ? Encore une fois, non, puisque des précédents existent, bien qu’imparfaits, avec la politique de Roosevelt ou la direction fixée par notre propre planification indicative française d’après-guerre.

Proposer cette approche aux autres chefs d’Etat serait ma première initiative si j’étais élu président de la République, car c’est là le principal verrou à faire sauter dans le monde.

Mais qui suivra ? Il est vrai que si l’on s’en tient aux hommes politiques actuellement au pouvoir et à leurs experts, il n’y aurait pas grand-monde.

Cependant, la crise elle-même est en train de devenir le facteur déterminant qui va changer l’ordre des choses. Il reste, par la volonté politique, à éveiller des réponses subjectives :

Dans le monde, en réunissant des hommes d’expérience ayant une vision autre que celle de ceux qui ont subi et entretenu le système en place depuis plus de trente ans. Déjà, dans des pays comme le Mexique, la Russie et la Chine, mais aussi partout ailleurs, il se forme des groupes de réflexion autour des idées que j’expose ici, à la suite du travail que Lyndon LaRouche, ses conseillers et moi-même avons depuis longtemps engagé. Ne serait-il pas temps que des Français, qui y ont tout intérêt, viennent y regarder de plus près, sans préjugés, sans complaisance et sans complexes ?

Chez nous, l’initiative ne peut venir des hommes politiques et des administrations en place, trop attachés à leurs habitudes, à leurs mœurs et à leur carrière. Ce qu’il s’agit de constituer « hors pistes », est ce qu’un Jean Monnet rassembla pour mettre en place les premiers plans d’après-guerre : un groupe d’hommes décidés, déterminés, faibles en nombre mais forts de leur volonté, capables de redonner vie à une réflexion pluridisciplinaire et trans-administrations. C’est ma tâche, dans l’immédiat, d’inspirer ce mouvement par l’exemple.

Reste maintenant à traiter la question de la « Tobin tax » ou taxe Tobin, soulevée par Attac comme instrument de mobilisation contre la mondialisation.

Il s’agit d’une taxe imaginée dans les années 1970 par un prix Nobel d’économie américain, James Tobin - de conviction néo-libérale avérée - pour lutter contre les mouvements spéculatifs de capitaux. Concrètement, elle consisterait à percevoir un pour mille (0,1 %) sur le marché des changes. Elle ne porterait donc, selon ses instigateurs, que sur un seul compartiment de l’activité spéculative, les transactions sur les marchés des devises, et pas sur l’ensemble des mouvements de capitaux. Le « péage » ne s’appliquerait qu’à l’occasion du passage d’une monnaie à une autre.

Ses défenseurs évoquent en sa faveur trois séries d’arguments :

  • Certes, son taux est très faible, mais elle frapperait les spéculateurs « instantanés » faisant circuler l’argent en permanence, à l’aller comme au retour de leurs opérations. C’est l’effet cumulatif de la taxe qui lui conférerait un rôle dissuasif, décourageant les immenses capitaux empruntés au jour le jour, heure par heure, qui s’en prennent aux marchés nationaux et aux monnaies.
  • Elle serait ainsi une bonne mesure de « prophylaxie » contre les « métastases » de la mondialisation, amorçant une « réhabilitation des nations » comme seules à même d’imposer une « régulation dans la durée » et des « limites ».
  • Son produit irait à un fonds international dégageant des sommes importantes comprises entre plusieurs dizaines et quelques centaines de milliards d’euros en faveur des pays en développement ou de l’économie solidaire dans les pays en développement (affectation à l’extinction de la dette, à l’accès à l’eau, au logement, à la lutte contre les pandémies, etc.).

Disons-le ici clairement : un seul de ces arguments est convaincant, c’est de signaler, par une mobilisation en faveur d’une mesure concrète, que « le politique » - c’est-à-dire chacun d’entre nous - entend reprendre le contrôle de la finance internationale. Le contenu même de la mesure, lui, vient trop tard, comme un sparadrap appliqué à un cancer ou comme une prophylaxie appliquée aux métastases mais non à la source de la maladie.

  • La taxe Tobin ne frapperait qu’un symptôme de la maladie, sans toucher à l’essentiel : elle s’intégrerait donc dans le système, quelles que soient les intentions de ses partisans. Ce n’est pas une mesure de rupture ou de reconstruction, comme nous les proposons, à une heure de la crise qui exige de telles initiatives.

Elle repose sur une fausse analyse de la crise : les « coupables » seraient des capitaux abstraits, spéculateurs, dont il s’agirait de limiter les ravages.

En réalité, Georges Soros - par ailleurs partisan de la taxe Tobin, pour faire durer la fête - ou les autres spéculateurs, ne sont eux-mêmes que des symptômes. La cause n’est pas « objective » mais politiquement subjective ; elle se trouve dans ceux qui écrivent le scénario, non dans la somme des rôles joués par chacun de ses acteurs : une oligarchie financière internationale organisée, imposant aux autres la loi de la jungle et ayant bel et bien un projet de contrôle social dépassant de loin « les marchés ». Là est l’ennemi, c’est à lui que les peuples et les Etats-nations, retrouvant la volonté et l’initiative politique, doivent reprendre le pouvoir. La taxe Tobin, par rapport à l’ampleur du défi, n’est au mieux qu’un grain de sable dans la machine. Elle ne changerait en rien la nature du système.

La classe politique française exprime, hypocritement, une « sensibilité proche de cette préoccupation », tout en « bottant en touche » devant des instances internationales hostiles. En effet, à l’heure actuelle, il n’existe aucun consensus ni au sein de l’Union européenne (l’Allemagne et la Grande-Bretagne sont contre), ni au sein du G8, ni au sein de l’OCDE (les Etats-Unis de George Bush y sont absolument opposés).

Or, un seul pays ne peut mettre en œuvre une telle mesure : les capitaux fuiraient dans les pays qui ne l’ont pas adoptée, et tout particulièrement - encore davantage que ce n’est aujourd’hui le cas - vers les « paradis fiscaux » que par ailleurs l’Europe continue à admettre en son propre sein !

Les sommes qui seraient recueillies, pour importantes qu’elles paraissent, seraient insuffisantes pour organiser un véritable redécollage de l’économie mondiale productive. C’est, pour cela, plusieurs milliers de milliards d’euros par an qu’il faut, avec un horizon commun à 25 ou 50 ans, reposant sur un engagement politique commun, et non l’espérance de restaurer la vertu publique en taxant les vices privés.

Curieusement, donc, le mouvement anti-mondialisation, ou qui se déclare officiellement tel, est actuellement la somme d’une tolérance de rites violents et de ferments anti-technologiques irrationnels (provocations anti-policières, destruction de biens privés, actions anti-OGM, ouvrant le piège de la répression policière voulue par le projet de contrôle social de l’oligarchie malthusienne) et d’une mesure technocratique d’inspiration néo-libérale, la taxe Tobin.

Mon projet vise à donner à ce mouvement un horizon et une réelle perspective de combat, sans complaisance pour ses dérives. Il serait en effet temps qu’en l’Europe, on saisisse mieux le projet de l’oligarchie anglo-américaine, et ce qui se passe en Inde, en Chine, en Russie ou en Iran. Certes rien de parfait, aucun « modèle », mais la prise de conscience par un nombre croissant de responsables de ces pays, d’une situation sans issue dans le système actuel. Ce que je propose ici est une réponse, non des discours de Sciences-Po. agrémentés de gesticulations provocatrices faisant le jeu du pire.

L’alternative est de continuer comme on va, avec l’austérité sociale et la destruction de la substance des états-nations, qui mène à la guerre, et un projet de développement économique mutuel, de Lisbonne à Pékin. La France dispose de tous les atouts pour un être inspirateur, initiateur et participant actif. A nous de les jouer.




















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