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Regardez la vidéo de la réunion organisée par Jacques Cheminade en compagnie de Johann Cadoret, sur ce sujet
Répondre de la sécurité de son pays est ce qui donne la dignité et constitue la raison d’être d’un gouvernement.
L’Armée est donc la colonne vertébrale de la nation. Elle est garante de son intérêt supérieur, c’est-à-dire de son indépendance, de ses libertés publiques et de son édification. Nul autre n’est à même de remplir cette mission. Les responsabilités du commandement et de la défense sont des responsabilités qu’un Etat-nation ne peut aliéner sans cesser d’être.
Qui plus est, l’effort militaire, pourvu qu’il soit orienté vers l’apport et l’exploitation de découvertes scientifiques, revêt dans son principe une importance fondamentale pour la recherche et l’économie. Il est à la fois socle et fil de l’épée. Tel que je le conçois, il est par sa nature même antagoniste à toute dérive bureaucratique et au contraire, levier d’un renouvellement technologique et d’une amélioration de la qualification du travail.
Ainsi, intégrée dans une vision d’ensemble, l’Armée est à la fois instigateur et catalyseur du sentiment national.
A. Une armée professionnelle entourée de conscrits
Elle ne peut aujourd’hui que revêtir la forme d’une armée professionnelle, seule en mesure de maîtriser l’application de principes physiques nouveaux suivant les nécessités de l’époque et sur des théâtres d’opérations souvent lointains. Cependant, ce n’est qu’intimement plongée dans le corps de la nation, c’est-à-dire entourée de conscrits, qu’elle pourra échapper à toute tentation d’enfermement corporatiste ou à toute velléité d’abandon par l’Etat. C’est pourquoi chaque Français et chaque Française sans exception doit se trouver systématiquement sensibilisé à ses objectifs, initié à ses règles de fonctionnement et intégré à ses tâches au cours d’une période de conscription, associée à un service civique d’une durée de six mois. En cas de péril public, chacun sera ainsi en mesure de se mobiliser rapidement. Le principal devoir du citoyen est de s’y tenir prêt. Cette exigence de disponibilité est l’un des fondements du pacte républicain et un moyen essentiel d’intégration sociale.
Le citoyen d’un pays libre, républicain et démocratique, est fort non de ses moyens physiques ou de son attirail de guerre, mais des armes de la connaissance appliquées au combat. Sa supériorité par rapport au sujet d’un empire, mercenaire de sa cause, tient à sa capacité de faire face à des défis inattendus en recourant aux moyens scientifiques et technologiques de défense les plus avancés, en innovant pour dissuader.
Telle s’impose, face à la crise mondiale en cours, la nécessité d’une politique de défense et de sécurité nationales dignes de ce nom.
Ce n’est plus le cas depuis une vingtaine d’années. Le commandement militaire, progressivement privé de moyens de mener la bataille d’ensemble et doutant à juste titre du respect que devraient lui porter les autorités gouvernementales et le peuple, perd une part de sa conscience, de son autorité et de sa responsabilité. Le pays, dépourvu d’inspiration nationale, ne perçoit plus clairement la légitimité de sa propre défense.
Mon projet vise à arrêter cette dérive.
B. Le nécessaire préalable :
une sécurité économique pour une sécurité nationale
L’Armée n’est pas une chose en soi. Elle dépend d’une volonté politique et du contexte économique façonné par cette volonté. Or nous sommes aujourd’hui dans une situation de défaillance.
Avec le passage à l’euro tel qu’il est, l’Europe s’est en effet soumise aux critères de Maastricht et au pacte de stabilité d’Amsterdam ; elle a ainsi renoncé à la possibilité de prendre des mesures susceptibles de nous protéger de la crise financière et monétaire internationale.
Le premier élément de toute politique de sécurité nationale, impératif pour éviter que le combat contre la mondialisation financière soit perdu d’avance, est donc de changer cet état de choses. Faute de s’y appliquer, toute politique militaire n’aurait plus aucun sens : ce serait comme tenter de construire une forteresse sur du sable.
En conséquence, la première mesure de défense nationale à prendre, c’est de proposer à nos partenaires européens l’abrogation des dispositions de Maastricht et d’Amsterdam qui imposent une austérité autodestructrice et de revenir à des monnaies nationales, avec un système de banques nationales regroupées autour d’un euro à référence or. Celui-ci sera financièrement protégé par cette référence et économiquement basé sur une politique européenne de grands travaux, promue par le recours à des crédits à long terme et faible taux d’intérêt de type plan Marshall.
C’est sur cette base, et sur elle seule, qu’une politique de défense et de sécurité de la France et de l’Europe peut désormais être bâtie. Si nos partenaires refusent de se rendre à la raison, nous devrions, avec les pays qui voudront bien nous suivre, retrouver notre liberté de manoeuvre, en constatant que ceux qui prétendent vouloir faire l’Europe commencent par créer les conditions de sa soumission et de son auto-destruction.
Comment en effet pourrions-nous rétablir la considération qui est due à notre institution militaire et à ses soldats si, au départ, nous avons nous-mêmes perdu toute considération pour notre indépendance et notre dignité nationales ? Comment pourrions-nous organiser notre défense, si l’hypothèse de départ repose sur notre complaisance économique et politique vis-à-vis de l’oligarchie anglo-américaine et de notre propre synarchie financière ?
C. Un état des lieux désastreux
La pusillanimité de nos gouvernements successifs se trouve brutalement reflétée dans les chiffres. Tout entière et sans exception, notre classe politique, depuis la chute du mur de Berlin, a considéré que « l’adaptation de l’outil militaire » se ferait d’abord en amputant les budgets. Adaptée elle-même à la mondialisation financière, conçue comme une fatalité et portée par le relais « européen », elle en a conclu que notre défense pourrait être progressivement amputée de ses atouts acquis au cours des années soixante et soixante-dix. Aucune réflexion en profondeur n’a été effectuée sur la nature de nouvelles menaces éventuelles. De fait, aucune des dernières lois-programmes militaires ne fut jamais exécutée totalement, les politiques quasi-unanimes considérant le budget de la défense comme une réserve au profit des nécessités ponctuelles des ministères civils.
Suivant les sources de l’OTAN et du ministère de la Défense :
depuis dix ans, notre budget militaire total, en francs ou euros constants, a fortement et constamment diminué, et plus encore nos achats d’armement. Les dépenses d’équipement des armées ont ainsi été réduites de 39 % depuis 2003 ;
la part de la richesse nationale consacrée aux armées est insuffisante et surtout répartie de façon inéquitable entre régions ;
les dépenses militaires annuelles par habitant ont fortement baissé en francs et euros constants depuis 1991 (d’environ 3000 à 2500 francs) ;
nos effectifs militaires ont diminué ; nous ne disposons plus que de 352 000 militaires ;
le nucléaire, élément avancé et fondamental de notre dispositif, a vu sa part fortement réduite : alors qu’elle représentait 31,5 % du budget d’équipement de la défense en 1991, elle n’atteint aujourd’hui qu’un peu plus de 10 %.
L’armée française manque donc non seulement d’investissements pour s’équiper en armes nouvelles, mais aussi de moyens pour assurer le fonctionnement de celles dont elle dispose. De graves problèmes de maintenance se posent dans nos forces aériennes, notre flotte de guerre et notre armée de terre. Les matériels sont anciens et usés, et quand ils ne sont ni l’un ni l’autre, ils sont fréquemment indisponibles, faute d’entretien. Cela conduit à une dégradation des équipements qui va jusqu’à menacer la sécurité des personnels dans les unités.
La suppression de la conscription et le coût plus élevé que prévu du passage à une armée purement professionnelle, l’abandon de nos essais nucléaires et le démantèlement des sites d’expérimentation, la destruction de nos missiles tactiques Hadès et les retards pris dans le déploiement du porte-avions Charles de Gaulle, sans autre projet que de gérer la crise et de réintégrer l’OTAN, ont contribué à aggraver la démoralisation de l’Armée, notamment chez les jeunes engagés dont l’ambition, au départ, était d’être au contact des technologies les plus modernes. Les meilleurs éléments sont donc tentés de « fuir vers le civil », alors que tous se plaignent - légitimement - des attaques et des amputations subies par l’institution qu’ils représentent et qu’ils servent.
Faute d’instructions politiques fermes, tant de la part des institutions internationales que de nos propres dirigeants, nos forces déployées loin de leurs bases ont dû gérer avec leurs propres moyens des situations qu’elles n’étaient pas faites pour assumer. C’est ainsi que nos officiers commandant la force d’interposition européenne l’ont laissée l’arme au pied devant Srebrenica pendant qu’on y massacrait 7 000 civils bosniaques. Ce Sabra et Chatila balkanique a laissé de profondes traces chez nos soldats, tout comme d’ailleurs chez les soldats néerlandais et britanniques, traumatisés par leur impuissance. De mauvais souvenirs se sont trouvés ravivés chez les plus anciens par le procès du général Aussaresses et par les révélations concernant le rôle joué par des militaires français dans la constitution des escadrons de la mort de nombreux régimes fascistes sud-américains, évoquant des temps où les politiques s’étaient lâchement défaussés sur les militaires des responsabilités d’une guerre coloniale ou de « sales guerres » civiles, comme aujourd’hui de celles de « projections outre-mer ».
Face à cet état des lieux déplorable, propice aux désarrois, un sursaut politique est nécessaire. Il le serait dans des circonstances normales, mais il l’est d’autant plus aujourd’hui que de graves menaces, engendrées par l’effondrement financier et monétaire international, pèsent sur l’intégrité de nos institutions républicaines.
D. Stratégie : trois principes,
un pont terrestre et deux obstacles
1. Trois principes
L’ambiguïté qui règne actuellement dans l’esprit de nos responsables politiques obscurcit un débat que le général de Gaulle eut, en son temps, le courage de rendre clair. C’est pourquoi les principes fondateurs d’une politique de défense doivent être réaffirmés. Cela va mieux en le disant.
a) Tout d’abord, la sécurité et la défense nationale ne peuvent être définies par des critères extérieurs - financiers ou militaires - à l’existence de l’Etat-nation, car cette existence est leur objet même. Ainsi, pendant la guerre froide, c’est en même temps notre dissuasion nucléaire du faible au fort et la vision d’une Europe de l’Atlantique à l’Oural, fondée sur l’alliance franco-allemande et une ouverture vis-à-vis des pays du Sud et de l’Est cherchant à échapper à la domination des deux blocs, qui ont été les facteurs essentiels de notre indépendance nationale et de la paix sur notre sous-continent. Nous devons conserver aujourd’hui l’esprit et l’élan de cet acquis fondamental, de cette conception d’une défense portée par l’application de nouveaux principes physiques.
Cela signifie, en clair, ne pas demeurer dans les structures intégrées de l’OTAN tant que celle-ci aura pour objet d’imposer l’unification du marché mondial au profit des intérêts de l’oligarchie anglo-américaine. C’est le corollaire de mon préalable (cf. partie B). Rester à l’intérieur de l’OTAN dans l’espoir d’y faire entendre sa voix est, dans les conditions actuelles, une illusion justifiant notre lâcheté.
Il est inconcevable que 60 millions de Français subordonnent leur défense à 380 millions d’Européens, et 380 millions d’Européens à 280 millions d’Américains, tous se trouvant soumis à un système d’oligarchie financière conduisant le monde au désastre.
b) Ensuite, et compte tenu de ce principe, notre budget de défense doit être considéré non pas comme un mal nécessaire ou une charge financière, mais comme un fer de lance. Constatons que réduire la mission prioritaire de l’Etat tout en consentant à soutenir un système de crédit qui entretient une bulle financière destructrice et sur le point d’éclater, et à éponger les énormes pertes d’une gestion financière aventureuse (GAN, Crédit lyonnais, Crédit foncier, UIC…), a relevé et relève d’une logique absurde. Ajoutons surtout que si des dépenses militaires qui répètent une technologie donnée sont bien une charge, celles qui promeuvent des découvertes, des inventions et des innovations appliquées à la défense sont au contraire vecteur de croissance économique, à condition que de constantes passerelles soient aménagées entre le militaire et le civil et que les « retombées de productivité » soient systématiquement organisées.
Aujourd’hui, le « secteur militaro-industriel » doit ainsi être associé à un grand dessein de développement infrastructurel, facteur de paix par une croissance mutuelle, tant à l’échelle nationale qu’internationale et à une politique d’exploration spatiale rassemblant une communauté internationale d’Etats souverains. C’est dire que le militaire doit être nécessairement lié à une mobilisation technologique d’ensemble et en profondeur de toute l’économie nationale et ne peut donc demeurer simple « secteur de pointe » en vue d’opérations ponctuelles.
Une intégration - répétons-le de ce point de vue - dans des alliances, hors de l’Europe ou hors mandat de l’ONU, avec pour perspective des « projections sur des théâtres de guerre extérieurs », ne peut constituer la stratégie d’un Etat-nation entendant se développer technologiquement, en accord avec d’autres Etats-nations, mais nous conduirait inéluctablement (mais n’est-ce pas déjà un peu le cas ?) à devenir un Etat croupion, mercenaire armé d’entreprises financières visant des objectifs étrangers à la France, dans un environnement d’apartheid technologique. Nous ne pouvons pas ainsi accepter, en tant qu’Etat-nation respectant les autres Etats et les autres peuples, que certaines technologies « duales » (nucléaire, biologique, chimique…) soient réservées à certains (les plus forts, et bientôt le seul fort) et interdites à d’autres.
c) Enfin, nos industries de défense ne peuvent être démantelées, sous des prétextes de mauvaise gestion et de pertes financières, même si celles-ci sont bien réelles. La politique militaire de la France ne se fait pas dans les bureaux de la Cour des comptes, sur pièces comptables. La réalité est que GIAT-Industries ou la Direction des constructions navales (DCN), respectivement manufactures des armées de terre et fleuron technique de la marine, sont en crise en raison de la réduction systématique des budgets militaires, du climat d’abandon dans lequel elles poursuivent leurs activités et de l’absence - dans ces conditions - de rénovation des effectifs. Si les entreprises d’armement se sont « sidérurgifiées », ce n’est pas en raison de défauts fondamentaux qui leur seraient propres, mais des choix politiques qu’elles ont dû subir depuis une vingtaine d’années, ou plutôt de l’absence de choix politiques. Ainsi, ce qui devrait être le fer de lance technologique d’un ensemble militaro-industriel, à long terme, a dû passer par les fourches caudines du court terme et des critères de rentabilité financière. C’est une logique absolument contraire à celle des deux principes que nous avons précédemment définis.
Il ne faut donc pas continuer une adaptation qui conduirait à une disparition, en privatisant et en sous-traitant, mais innover avec hardiesse. Les entreprises d’armement ont un formidable potentiel intellectuel sous-exploité. Il faut le mobiliser, avec des moyens de crédit public, en l’orientant vers l’application de principes physiques nouveaux, en le sortant des ornières répétitives pour le réorienter vers la création. Ainsi, ce potentiel appliqué contribuerait à obtenir de forts gains de productivité tout en mobilisant les jeunes Français dans une grande entreprise technologique, une grande aventure commune permettant de rétablir la notion de « devoir civique », avec un esprit de co-développement et sans amertume sociale.
Cette aventure découlant des trois principes ci-dessus, ne peut bien entendu être lancée sans alliés ni perspectives. Autrement elle conduirait, dans les contraintes financières actuelles, à notre ruine. Il faut donc lever ces contraintes en donnant au projet un levier national, européen et mondial. C’est le Pont terrestre eurasiatique, à construire de l’Atlantique à la mer de Chine.
2. Un pont terrestre
La paix ne naît jamais d’un équilibre. Elle ne peut reposer sur le démantèlement technologique, mais au contraire sur la croissance dans l’intérêt mutuel des partenaires. C’est pourquoi, ayant pour dénominateur commun les découvertes scientifiques et leurs applications, notre politique militaire doit à la fois équiper la défense de notre pays avec les armes les plus modernes de l’époque et organiser les retombées de productivité dans l’économie civile. Il s’agit de la politique naturelle d’un Etat-nation vis-à-vis d’autres Etats-nations : défense des intérêts légitimes et co-développement pour que les armes n’aient jamais à se faire entendre.
De ce point de vue, les Etats et les peuples de l’Union européenne ont un intérêt commun avec ceux de l’Eurasie et de l’espace euro-méditerranéen. C’est pour nous l’exportation de biens d’équipement et de technologies de pointe, et pour eux le désenclavement des espaces aujourd’hui isolés et l’acquisition de moyens permettant une urbanisation rapide.
Des pays comme la Chine, la Russie, l’Inde ou l’Iran l’ont compris ; dans cette perspective, ce sont nos alliés naturels. Il en est de même de plusieurs pays africains, mais il faut nécessairement mobiliser d’emblée l’Eurasie (en y associant bien entendu l’Afrique), car elle seule dispose de l’impact de masse permettant un changement décisif d’orientation dans l’ordre financier et monétaire international. L’Eurasie est le vecteur, l’Eurafrique, son juste complément ; l’une ne peut être jouée contre l’autre.
Paradoxalement, mais logiquement, le « militaire » correspondant ainsi à nos intérêts nationaux peut et doit conduire aux conditions d’une paix durable, pourvu qu’il contribue à jeter les bases d’un nouvel ordre de développement mutuel, en Eurasie et au-delà. Au contraire, l’ordre actuel du Fonds monétaire international, de l’Organisation mondiale du commerce et de l’OTAN mène inéluctablement à un affrontement mondial, car il est devenu incapable de créer les ressources permettant ce développement mutuel. D’un côté, il y a un militaire dont les technologies de pointe jouent le rôle de levier de l’économie physique, et de l’autre, un militaire contraint par des choix financiers malthusiens, ayant recours aux technologies existantes sans effet de développement et visant à imposer la loi et les expéditions de police d’une oligarchie. Là se trouve la clé de notre choix, car elle ne peut être ailleurs.
3. Deux obstacles
Les obstacles à cette politique, conforme aux intérêts de la France et au rôle qu’elle doit jouer dans le monde, sont de deux ordres. Le premier est le principe géopolitique anglo-saxon, suivant lequel l’Europe continentale et l’Eurasie ne doivent en aucun cas s’unir économiquement. Le second est l’ordre financier et monétaire international actuel, qui impose une politique de court terme et de gain financier incompatible avec une politique de grands travaux.
Notre avantage est que cet ordre monétaire et financier se trouve en voie d’effondrement, et avec lui la crédibilité du principe géopolitique. Il faut saisir l’occasion pour construire l’alternative, c’est-à-dire le Pont terrestre eurasiatique, sur la base à la fois d’un nouveau Bretton Woods et d’une politique militaire visant, nous l’avons vu, à soutenir cette perspective.
E. L’avant-garde technologique du dispositif
Notre politique militaire, pour être militairement crédible et économiquement utile, doit donner priorité aux applications des technologies de pointe, poursuivie de manière indépendante et, lorsque cela s’avère possible sans sacrifier l’indépendance, dans le contexte européen.
Ses points saillants, que je considère absolument prioritaires, sont les suivants :
1. Nous devons d’abord nous ouvrir l’accès aux technologies des armes à énergie dirigée du futur (armes à laser, armes à faisceaux de particules…), ainsi qu’aux armes à pulsions (ou « bouffées ») électromagnétiques.
Sans cet accès, nous perdrions pied dans la course à l’indépendance.
Nos savants et nos ingénieurs qui travaillent dans ces domaines doivent être systématiquement aidés, et les meilleurs élèves de nos universités et de nos grandes écoles scientifiques sensibilisés à leur intérêt primordial. De nouvelles générations de lasers (laser Mégajoule) de très forte puissance sont actuellement expérimentées dans les Landes avec pour objectif de reproduire à échelle très réduite une détonation thermonucléaire. L’effort scientifique dans ce domaine devrait être également orienté vers la mise en oeuvre d’armes à énergie dirigée anti-missiles et développé en conséquence. Ce travail est essentiel pour nous donner les moyens de notre indépendance nationale ; nous ne devons en aucun cas nous laisser intimider par les manoeuvres d’organisations internationales d’inspiration anglo-américaine qui demandent son arrêt.
En outre, notre participation au programme européen sur les armes à pulsions électro-magnétiques doit être accélérée. Ces systèmes d’armes seront en effet essentiels dans l’éventualité d’une guerre moderne. Pas plus gros qu’une valise, ils peuvent paralyser à distance les organes de tous les moyens de transport et de communication d’une région donnée ; plus puissants, ils seraient de nature à paralyser un pays et son dispositif militaire.
2. L’accès à ces technologies nouvelles et le maintien de la crédibilité de notre force de dissuasion exigent des dépenses de Recherche et développement (R & D) militaires bien plus élevées.
Certes, les retombées civiles des technologies de pointe dans le secteur des armes dites intelligentes pourraient inciter les entreprises à investir en R & D à incidence militaire, dans la mesure où ces investissements pourraient être amortis dans de multiples applications. Ainsi, le décryptage d’image, les caméras à haute précision, les technologies de reconnaissance de forme sont utiles pour l’agriculture, la cartographie ou la météo.
Cependant, les technologies des armes à laser et à faisceaux de particules, ainsi que celles permettant la mise à jour de notre force de frappe, ne peuvent jouer ce rôle dans le court terme. Nécessaires mais seulement susceptibles de retombées « rentables » dans le moyen et long terme, les dépenses de R et D les concernant ne peuvent être prises en charge que par l’Etat.
Or aujourd’hui, si les Etats-Unis consacrent 53,2 % de leurs dépenses publiques de recherche à la défense, nous n’en consacrons qu’environ 22 % (contre 38 % pour le Royaume Uni). Depuis dix ans, nos dépenses de recherche-défense ont diminué de moitié ; l’on peut dire que cette recherche militaire se trouve réduite à des centres de tests, sans projets de recherche fondamentale. Cet état de choses est désastreux. Mon choix sera d’immédiatement inverser la tendance. Nous devrons effectuer un pari sur l’avenir, qui est le pari même de notre indépendance.
3. Aujourd’hui, l’arme atomique reste cependant notre principal atout. Elle ne doit en aucun cas être intégrée dans un dispositif, fût-il européen. C’est évident, mais cela va mieux en le disant.
Une puissance industrialisée comme la France, moyenne par la surface de son territoire et le nombre de ses habitants, n’a en effet d’autre recours que l’intimidation par l’atome si, d’aventure, une grande puissance - et, en particulier, la plus grande de toutes - en venait à faire bon marché de ses intérêts ou à tenter d’entraver sa stratégie internationale.
C’est une raison majeure de maintenir notre dispositif au niveau nécessaire et en état de mobilisation rapide, d’améliorer ses outils de déploiement pour rendre notre dissuasion crédible et de lui fournir les moyens d’observation spatiale et de guidage les plus modernes.
En ce qui concerne le maintien à niveau, les essais sur ordinateur et à échelle réduite dans notre centre des Landes ont tout leur intérêt. Cependant, l’on peut regretter que notre site d’expérimentation du Pacifique ait été démantelé, alors que les Américains, les Russes et les Chinois ont conservé les leurs. Nous ne pouvons retourner en arrière pour aller de l’avant ; eux, si. Ce qui est fait étant (mal) fait, il reste à parvenir au mieux avec ce dont on dispose.
4. Moyens de déploiement de notre force de dissuasion
Nous disposons de deux composantes, aérienne et sous-marine. Elle reste dissuasive, mais souffre de problèmes de maintenance et, surtout, n’intégrera que très progressivement et trop tard les missiles de croisière, désormais composante de base d’une intervention extérieure. Avec des moyens relativement modestes, ils constituent un potentiel de menace d’autant plus redoutable qu’on ne sait pas encore s’en défendre (soit l’adversaire ignore l’origine des tirs, soit la mobilité de la plate-forme de lancement n’en permet pas la localisation au moment approprié), qu’ils ne nécessitent aucun soutien logistique particulier et qu’ils peuvent atteindre avec précision des cibles lointaines sans que leurs servants aient à combattre.
Aujourd’hui, il faut tout faire pour accélérer notre équipement avec cette arme, équipée soit d’explosifs classiques, soit d’ogives nucléaires à faible énergie destinées à des objectifs « durs » ; ou relativement étendus (aérodromes…).
Actuellement, seuls 14 Rafales sont prévus par la loi de programme 2006-2009 pour la marine et l’armée de l’air, ce qui est notoirement insuffisant. La Marine devrait en être totalement équipée, ce qui suppose l’introduction de 10 Rafales par an.
Notre Marine, elle, tout à son obsession de financer le Charles de Gaulle, a refusé jusqu’en 2000 d’adapter ce missile à ses navires de surface ou à ses sous-marins. Nos premières frégates multi-missiles, qui n’entreront en service qu’en 2008, n’en seront dotées qu’en 2009 et nos futurs sous-marins d’attaque nucléaire (SNA), de classe Barracuda, n’en disposeront qu’en 2012.
Heureusement, ces sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (au nombre de cinq) sont équipés de missiles mer-sol MSI, à longue portée, susceptibles - par exemple - d’atteindre l’Asie depuis l’Atlantique.
Le problème, ici, est que l’on a voulu appliquer plusieurs stratégies à la fois, alors qu’il aurait fallu s’en tenir à une seule.
Ainsi, en 1994, le ministère de la Défense a envisagé à la fois la projection à distance (jusqu’à 5 000 à 7 000 kilomètres) de quelque 130 000 hommes et le maintien de notre dissuasion. Résultat de cette extravagance : aujourd’hui, nos effectifs « projetables » ne peuvent certainement pas dépasser 15 000 hommes sur un théâtre (30 000 prévus en 2015, sur deux sites) et la « mise à jour » de notre dissuasion a pris du retard.
La politique que je préconise est d’abandonner définitivement l’illusion d’une « projection » massive. Elle est au-delà des moyens de la France, qui ne peut disposer des cargos aériens et maritimes nécessaires, ni maîtriser l’espace aérien au lieu d’application terrestre d’une telle entreprise. Elle s’insère donc fatalement dans des opérations de grande envergure où nous jouons un rôle mineur en servant des objectifs étrangers. Que nous ont apporté notre intervention en Afghanistan et notre contribution à la destruction de l’Irak, lors de la première guerre du Golfe, notre intervention sous contrôle anglo-américain en Bosnie ou la part que nous avons prise à la guerre du Kosovo ? Entendons-nous réellement servir la loi de la jungle de l’oligarchie financière en participant, en associé mineur, à ses opérations de police ?
Ma réponse est « non ». C’est pourquoi, tout en reconnaissant qu’en bonne logique militaire de « projection massive », deux porte-avions seraient nécessaires à nos opérations (puisqu’un seul, comme le Charles de Gaulle, n’est apte au service que sept ans sur une période de dix), je suis, en l’état actuel des choses, opposé à la construction d’un second, a fortiori si c’est en coopération étroite avec des intérêts britanniques. Il faut l’écarter sans hésitation de la prochaine loi de finances, pour réorienter les dépenses dans les secteurs que je prévois. C’est en effet le fondement même de cette logique qui me paraît contestable. Equipons les Rafales du Charles de Gaulle de leurs Scalps de croisière, en accroissant leur portée, le plus tôt possible et restons-en là. C’est seulement s’il pouvait m’être démontré qu’un second porte-avion servirait une stratégie d’intérêt national, et non d’intégration dans un ensemble supranational contraire à cet intérêt, que je suis prêt, sur ce point, à changer d’avis.
Ce que je propose est de pousser les feux des sous-marins nucléaires d’attaque disposant de missiles de croisière et des frégates multimissiles (douze de premier rang, dont on vient de lancer le programme en juillet 2006 et qui sont prévues pour 2015, c’est trop tard !). Des navires de surface très rapides, à tirs multiples, opérant à proximité du littoral, plus difficiles à repérer, me paraissent bien plus intéressants pour notre dissuasion que des porte-avions, plus difficilement défendables. Les sous-marins d’attaque modernes, qui peuvent exécuter leur mission indépendamment de tout support logistique - et ce, durant des mois - seraient, eux, le fer de lance de cette puissance de feu relativement modeste mais très mobile et suffisamment redoutable pour causer des dommages dissuasifs à des objectifs militaires importants. L’on pourrait envisager dans une période relativement courte de parvenir à des portées de 2 500 km avec des missiles munis d’une ogive nucléaire.
5. Moyens de renseignements spatiaux et de guidage
Il s’agit des yeux et de la main de notre force de dissuasion. Or, dans ce domaine, nous avons fait le choix européen. Le résultat n’est guère brillant :
pour les satellites de télécommunications militaires et d’observation, l’Hélios 2 français est en concurrence avec le Sar Lupe allemand ;
le projet Galileo de satellites de navigation et de positionnement concurrent du GPS américain (un système de trente satellites qui serait capable, en 2008, de situer un émetteur sur terre avec une précision de quatre mètres) se heurte au refus de financement exprimé par six pays, dont l’Allemagne et la Grande-Bretagne. Ainsi, l’Europe refuse de se donner les moyens de son indépendance, militaire d’abord mais aussi commerciale, dans un domaine en très forte expansion.
Dans ces conditions, nous devrions mettre nos partenaires au pied du mur, et si l’unanimité ne se dessine pas à bref délai, entamer le projet « à la carte », avec ceux qui le veulent bien. Le coût serait certainement élevé, mais là, le jeu en vaut certainement la chandelle - bien plus que pour la construction d’un second porte-avions.
F. Projection outre-mer
Ma préférence va à un ensemble léger, rapide, capable de porter des coups douloureux à l’ennemi, impliquant des projections suivant les intérêts de la France, donc forcément modestes, plutôt qu’à une projection relativement « lourde » s’insérant nécessairement dans le dispositif anglo-américain. Cela nous amène, nous l’avons vu, à privilégier le lancement de frégates multi-missiles et de sous-marins d’attaque nucléaire (SNA).
Par ailleurs, nous disposons en mer de trois avions radars Hawkeye, pour la surveillance de l’environnement et la protection de notre dispositif. C’est suffisant.
Il faudrait ajouter, par delà la reconnaissance aérienne par drones dont nous disposons, la production de machines volantes proches de l’avion, mais sans équipage et cependant capables de se défendre, de localiser l’objectif, de le détruire à distance par les engins qu’elles transportent et de regagner leur base une fois leur mission accomplie. A terre, une équipe de spécialistes les pilotent. Un tel outil entre dans la logique de ma stratégie. Le projet Félin, de communication de l’armée de terre, doit être dans ce contexte enfin mis en oeuvre.
Pour transporter les troupes, nous disposerons de l’Airbus militaire A400, qui remplacera nos vieux Transalls et nos Hercules-C130, dont la production a été décidée par huit pays européens le 13 novembre 2001. C’est un pas important militairement et industriellement, car le programme va mettre la compagnie européenne sur un pied d’égalité avec Boeing en matière de financement de sa R & D par le biais de commandes militaires. Cependant, la lenteur de la prise de décision par nos partenaires européens ne plaide pas en faveur d’une défense européenne intégrée. La gestation a commencé dès 1984 et c’est seulement dix ans après, en 1993, que cinq pays ont signé un premier protocole pour prévoir un projet commun. Nous avons abouti en 2001 : il aura fallu près de dix-sept ans d’hésitations ! Les Anglais, pour leur part, qui prévoient d’acheter vingt-cinq appareils, ont, en attendant, commandé une première vague d’avions américains Lockeed… On peut toujours espérer que la construction durera moins longtemps que la gestation.
Enfin, nous avons besoin de forces spéciales et de professionnels du renseignement : nous en avons d’excellents, qu’il s’agit de mieux équiper. Leurs interventions soudaines, mobiles et ponctuelles, susceptibles de porter un coup rapide à l’ennemi sans besoin de déploiement important comme c’est le cas pour une projection type néo-colonial, rentrent dans le cadre de l’approche que je propose.
La France a prévu de consacrer 460 millions d’euros pour accroître l’efficacité de ses forces spéciales, alors que les armées en avaient demandé le triple (environ 1200 millions d’euros). Le commandant des forces spéciales (COS) a été chargé de les « muscler » (adaptation de moyens humains et matériels en termes de projection, d’organisation du commandement et de logistique). Cependant, cet effort est effectué dans le contexte d’une coopération avec les détachements alliés, c’est-à-dire américains et britanniques, de même nature. Or ces derniers agissent par commandos « lourds » (quelques centaines d’hommes) visant plus à une occupation de fait, comme en Afghanistan, plutôt qu’en petites équipes autonomes (entre dix et vingt hommes) qui ne sont pas vouées à rester sur le terrain, une fois leur mission accomplie, comme nous étions entraînés à le faire. Je pense qu’il faut, en ce domaine, éviter toute dérive. Les intérêts spécifiquement français sont, dans la mesure de nos moyens, d’intervenir brièvement sur un secteur donné et de nous retirer aussitôt. Même si nous adoptions d’autres options par ailleurs - que je juge contestables dans leur esprit - il faut coûte que coûte préserver celle-ci.
En matière de déplacements rapides (transports de troupes d’élite) et de missions de service public, la flotte d’hélicoptères du COS n’est actuellement constituée que de Pumas ou Super-Pumas, au rayon d’action de 200 à 300 km, ce qui est tout à fait insuffisant. Le programme du NH98, au rayon d’action bien supérieur de 800 kilomètres, doit être immédiatement mis en oeuvre. Validé et décidé dans la précédente loi de programmation militaire, on n’en a toujours pas vu la couleur.
Il est également urgent d’accélérer la modernisation des capacités en matière de renseignement de guerre électronique, informatique ou optique, c’est-à-dire l’interception et le brouillage des émissions adverses et la meilleure propagation sans interférence des nôtres.
Dans ce domaine, une coordination entre les deux régiments de la brigade de renseignement du COS et les 900 professionnels du renseignement humain (13ème régiment de dragons parachutiste) devrait être constamment assurée.
Nous disposerions ainsi du meilleur ensemble, utilisé pour des opérations nationales, européennes ou sous mandat de l’ONU, mais toujours de manière flexible et conforme à nos intérêts.
G. Faire face au manque généralisé de moyens
« Nous sommes en 1930 », s’enflamme un officier général, cité par Le Point le 16 novembre 2001. « Nous n’aurons plus en 2002 que 84 milliards (en fait, 81,42 milliards pour l’équipement, la recherche et le développement de nouvelles armes…) pour équiper les armées, et personne ne veut admettre qu’il manque 40 milliards. Il faut pourtant que nos armées partagent leurs vieux équipements, se dotent de matériels modernes et des outils que commande la situation actuelle ».
Cette déclaration, faite en 2001, reste hélas toujours valable. Nous disposons d’un excédent de matériel périmé non entretenu, et les matériels modernes pour mener les combats d’aujourd’hui sont dramatiquement insuffisants.
Trop souvent, les jeunes cadres engagés en souffrent, tout particulièrement cinq ans après leur sortie d’école, quand, après avoir accompli un certain nombre d’opérations extérieures, ils font l’expérience d’une vie de garnison peu exaltante. Les meilleurs éléments fuient vers le civil, et la démoralisation se généralise.
Le taux de disponibilité des bâtiments dans la marine se situe actuellement aux alentours de 65 % alors qu’il devait atteindre 80 %. Quant aux forces aériennes, près de 40 % du parc militaire français se trouve hors d’état de voler.
La situation ne peut désormais continuer à se dégrader, au risque de faire éclater une crise grave qui, d’ores et déjà, couve.
Pour l’éviter, les orientations à adopter d’urgence sont les suivantes :
un accroissement raisonnable des moyens, tant dans les dépenses de recherche et d’équipement - nous l’avons vu - que dans celles de fonctionnement (entretien, soldes…). L’étranglement budgétaire ne peut continuer. Sans cet effort financier, l’armée britannique (où un général d’armée cinq étoiles gagne deux fois et demie plus que son équivalent français) raflera la mise de la défense européenne ;
la réduction en nombre de nos opérations de projection et leur allègement, tout en accroissant leur impact qualitatif (missiles de croisière, renseignement, forces spéciales…) de manière cohérente avec notre force de dissuasion, en fonction de nos intérêts propres. Actuellement, nos forces sont trop dispersées dans des opérations de « maintien de la paix » qui visent en fait à établir d’interminables protectorats. Notre présence au sein de la FINUL, au Liban, est au contraire un exemple de la défense bien comprise de nos intérêts et de ceux d’un Etat-nation bafoué par ses voisins, avec la complicité de l’administration Bush/Cheney.
une remotivation des soldats en rétablissant le lien armée-nation ;
la coordination des efforts européens sur projet, là où concrètement apparaît une convergence, et non de manière globale car nos intérêts sont encore beaucoup trop divergents. Mieux vaut le dire que de parler d’une politique européenne de sécurité et de défense (PESD) sans lui donner de contenu réel. Le plus démoralisant, pour nos soldats, nos marins ou nos aviateurs, est en effet de percevoir dans leur manque de moyens, quotidiennement éprouvé, le défaussement progressif et inavoué de notre défense sur une Europe et une OTAN qui « forgent du consensus politique euro-américain » et organisent des expéditions de police visant des objectifs étrangers à la France.
H. Rétablir le lien armée-nation : nouvelle conscription,
réserve, défense opérationnelle du territoire
La France a supprimé - suspendu, dit-on officiellement au terme de la loi - son service national le 30 novembre 2001. Une aventure de près d’un siècle s’achève ainsi : la conscription moderne avait été instaurée par une loi du 21 mars 1905, même si c’est la Convention qui inventa le mot.
Il était prévu au départ de mettre en place un rendez-vous citoyen obligatoire d’une durée de cinq jours, avec trois volets : scolaire et médical, éducation civique et présentation de tous les aspects possibles du volontariat prévu dans le cadre du service national nouvelle formule.
Ce volontariat, prolongement du rendez-vous citoyen obligatoire et durant de 9 à 24 mois, pouvait être prévu dans trois domaines : défense-sécurité-prévention, cohésion sociale et solidarité, coopération internationale et humanitaire.
Quant à la réserve, prévue dans le cadre de la professionnalisation des armées, elle devrait atteindre 100 000 hommes en 2008, pour la plupart d’anciens militaires.
Le manque de perspectives offertes, l’impréparation de la réforme et surtout le climat de contraction de la défense nationale dans lequel elle a été mise en œuvre a abouti à ce qui fatalement devait arriver.
Le rendez-vous citoyen est devenu une caricature, la journée d’appel et de préparation à la défense (JAPD), au cours de laquelle garçons et filles sont invités à subir de simples tests et à assister à des présentations pédagogiques sur la défense. C’est un lien de quelques heures, premier, unique et particulièrement peu sérieux, que les armées ont avec les jeunes citoyens.
Quant au volontariat à durée limitée, son existence ne répond à aucune réalité : c’est un leurre créé pour se donner bonne conscience, et c’est bien ainsi qu’il a été compris.
Ainsi, si l’on veut rétablir le lien armée-nation et éviter la « ghettoïsation » d’une collectivité militaire repliée sur ses professionnels, tout est à reprendre à partir de zéro.
La première chose à faire est, durant les cours d’histoire et d’instruction civique organisés à l’école, de dispenser une instruction spécifique relative au rôle que joue la défense dans notre pays. Une politique de défense n’a en effet de sens, et de force, que si les citoyens la comprennent et y adhèrent. Dans le monde où nous sommes, constamment exposés aux pressions individualistes et à la flatterie des instincts, il faut commencer tôt.
La seconde chose est de rétablir la conscription, non sous ses formes passées, mais en vue de l’avenir. On doit le faire en constatant que les circonstances exceptionnelles prévues par la loi pour son rétablissement éventuel sont réunies en raison de la crise internationale.
L’objectif est d’offrir à nos enfants, garçons et filles, une période de pleine mixité sociale et d’encadrement pluridisciplinaire cohérent, intelligent et conscient de sa mission, à un moment de leur vie où l’intégration sociale dans un projet est nécessaire pour former une nation. Le moment est venu de le faire alors que toutes les séquelles et les habitudes déplorables de notre politique coloniale, humaines et idéologiques, ont pratiquement disparu de notre armée.
Sur une durée de six mois, les jeunes conscrits devraient recevoir une formation militaire élémentaire de quinze jours. Ensuite, ils seraient affectés, au choix, soit à un service civique (dans les hôpitaux, l’aide au tiers-monde, la participation aux grands travaux…), soit à un service militaire dans les régiments de défense opérationnelle du territoire (DOT), avec, dans les deux cas, deux ou trois périodes de rappel, suivant le modèle suisse. Le moment est venu de faire ce choix alors que toutes les séquelles et habitudes déplorables de notre politique coloniale, humaines et idéologiques, ont pratiquement disparu de notre armée.
L’argument du coût, soulevé contre ce choix, ne tient que si l’on considère les données comptables à court terme. A moyen et long terme, il serait un instrument extrêmement rentable d’intégration et de développement des solidarités, conjugué avec une possibilité de remise à niveau scolaire pour les moins favorisés. Il pourrait, du moins en partie, remédier au prix à payer pour la violence, la souffrance collective ou individuelle, l’exclusion et l’illettrisme. De plus, il réintégrerait l’idée citoyenne de défense nationale dans les esprits.
En particulier, il permettrait de sensibiliser les jeunes Françaises et Français à l’organisation de la sécurité de l’Etat, et notamment aux liens entre sécurité intérieure et sécurité extérieure du pays.
La DOT, aujourd’hui complètement abandonnée, est une vraie réponse à un réel problème de subversion : des armes de guerre circulent ou risquent de circuler dans nos banlieues, généralement en provenance des régions où nos soldats ont participé à des opérations du maintien de la paix ! Elle existe, et me paraît mieux adaptée à l’état de choses français que la constitution d’une « garde nationale » sur le modèle américain. Il ne s’agirait pas d’écarter la gendarmerie au profit d’une armée de terre avec de plus gros moyens, mais d’examiner comment ceux qui en ont l’expérience peuvent former des jeunes pour les sensibiliser aux stratégies de guerre irrégulière et d’agitation urbaine en les rendant capables de les assister.
Rappelons, en passant, qu’aujourd’hui la France ne consacre que 6 à 7 millions de francs (pas d’euros) à sa politique de défense civile…
Finalement, au sein des armées elles-mêmes, l’esprit de la gestion des effectifs devra être changé. Elles devront s’acheminer vers la gestion quasi-individuelle de carrières, de durée variable ou nécessitant, comme aux Etats-Unis, des alternances ou des passerelles entre le civil et le militaire. Faute de faire cet effort, elles ne parviendront pas à attirer des jeunes dans les secteurs sensibles ou très spécialisés (nucléaire, informatique, disciplines « pointues » de l’armement). Ici encore, l’intégration entre armée et société civile est inéluctable, au moment où l’armée devient professionnelle.
I. Le défi
L’on pourrait dire qu’en somme, le défi consiste, dans un pays de tradition romaine et jacobine comme le nôtre, à désenclaver la communauté de défense pour la réintégrer dans la nation, afin que celle-ci, s’appuyant sur celle-là, puisse plus efficacement combattre la « loi de la jungle » des marchés financiers.
C’est ce combat qui permettra de susciter à nouveau l’esprit civique et le sens du dévouement à un projet commun, à un bien public. C’est ce combat qui inspirera un sursaut contre les organisations mafieuses, le trafic de drogue, les terrorismes téléguidés et la désinformation combattante.
Aucune organisation bureaucratique n’est capable de le mener. N’est-ce pas aujourd’hui, à cette heure du XXIème siècle, au moment des périls, l’esprit de la France libre qu’il faudrait après tout retrouver, dans l’intérêt suprême de la nation, pour défendre le peuple avec le peuple ? N’est-ce pas lorsqu’une communauté de dessein se forme par la participation à un grand projet commun - pont entre citoyens, pont entre armée et nation, pont entre nations, Pont terrestre eurasiatique - que peut régner la paix ?
La loi de programme militaire 2006-2009 doit être revue dans cet esprit, faute de quoi elle sera, comme les autres, incertaine, inutile et inappliquée. Un signal de notre volonté de faire doit être dès aujourd’hui donné en relançant notre recherche fondamentale, en accélérant les programmes en cours (frégates lance-missiles, sous-marins….) et en tenant les promesses de programmes prévus mais non lancés (Mistral, Barracuda, hélicoptère de combat Tigre et hélicoptère de transport NH98). En tout état de cause, la tendance à une privatisation des fonctions militaires doit être arrêtée net, y compris celle - dangereuse et inutile - de la sécurité des bâtiments (bases militaires).
La nation doit respecter son armée, et l’armée doit respecter ses citoyens : le principe de l’avantage d’autrui, inscrit dans le traité de Wesphalie pour garantir la souveraineté des Etats-nations, doit trouver son accomplissement dans le domaine militaire, faute de quoi la souveraineté elle-même se transforme en violence gratuite ou abaissement dans l’impuissance.


