PAR JACQUES CHEMINADE
A la frontière de la politique, de l’histoire, de la philologie et des urgences du présent, Pierre Vidal-Naquet laisse parmi nous les traces du coeur, du courage et du caractère. « Je suis un homme passionné qui s’engage, doublé d’un historien qui le surveille de près, enfin, qui devrait le surveiller de près », disait-il de lui-même, avec cette lucidité ironique dans laquelle s’épousaient le destin juif et l’engagement de la France républicaine.
Pierre Vidal-Naquet fut de tous les combats de ma jeunesse : pour la justice et contre la raison d’Etat, dans la tradition dreyfusarde de son père, ami de l’indianiste Charles Malamoud, combattant pour Maurice Audin contre la honte de la torture et le meurtre bestial, contre les guerres coloniales, pour la pensée grecque, affirmant sans relâche sa vocation nouée entre Jaurès et Platon.
Inflexible artisan d’un rapprochement israélo-palestinien, intermédiaire comme Flavius Josèphe entre les arabes et les juifs, criant « assez de cette course effrénée vers l’abîme », sa parole nous parvient dans toute sa force et plénitude mesurée.
Aujourd’hui, Pierre Vidal-Naquet est mort et les temps sont devenus sombres. Il nous reste sa passion historique tendue vers une vérité dont il traçait constamment l’horizon, son amitié vigilante et son jugement sûr de passeur. En lisant sa thèse sur l’Atlantide, où il voit la condamnation métaphorique par Platon d’une Athènes livrée à l’empire de la rame, je mesure combien sa parole sur le passé demeure présente, sève pour combattre le mal de notre temps et bâtir des lendemains enfin justes.


